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title: "ESPR, DPP, affichage environnemental : qui est concerné, qu'est-ce qui arrive et à quelles dates"
description: "...sept réglementations environnementales se chevauchent entre 2025 et 2030 - et un industriel sur deux ne sait pas vraiment ce qui s'applique à lui. Vraies dates, vraies obligations, bon ordre."
canonical: https://projetcelsius.com/blog/ecoconception-reglementaire-espr-dpp-calendrier/
author: "Guillaume Pakula"
datePublished: 2026-04-07
dateModified: 2026-07-21
language: fr
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# ESPR, DPP, affichage : qui est concerné et qu'est-ce qui arrive ?

**Auteur** : Guillaume Pakula
**Publié le** : 2026-04-07
**Rubrique** : Réglementation
**Temps de lecture** : 13 min
**URL canonique** : https://projetcelsius.com/blog/ecoconception-reglementaire-espr-dpp-calendrier/
**Source** : Projet Celsius (https://projetcelsius.com) - cabinet de conseil en stratégie carbone, bureau d'études d'ingénieurs-docteurs basé à Paris et Marseille.

> **ESPR**, **DPP**, **CSRD**, BEGES, MACF, [règlement batteries](/blog/reglement-batterie-europe-2023-1542-guide/), [**affichage environnemental**](/blog/affichage-environnemental-guide/) : sept réglementations se chevauchent entre 2025 et 2030. Pour un industriel, la difficulté n'est pas de savoir que ça existe - c'est de comprendre ce qui s'applique vraiment, et dans quel ordre. Ce guide pose les définitions claires, les vraies dates, les **mutualisations possibles** et ce qu'on peut commencer dès cette semaine.

Quand un directeur industriel français ouvre sa boîte mail en avril 2026, il y trouve presque toujours la même chose : trois alertes de cabinets juridiques sur des règlements environnementaux qu'il n'a pas demandés, deux demandes de données carbone d'un client donneur d'ordre, et une question intérieure du genre 'mais finalement, qu'est-ce qui s'applique vraiment à nous, et quand ?'. Le paysage réglementaire est devenu touffu au point que même les équipes juridiques expérimentées s'y perdent.

Cet article est conçu comme un parcours accompagné. Sept acronymes barbares, mais **une seule mécanique de fond** - et une fois qu'on l'a comprise sur un secteur, on comprend tous les autres. On part des définitions, on passe au calendrier secteur par secteur, on traite les pièges (il y en a), et on finit par les quatre actions concrètes qu'un industriel peut lancer dès cette semaine.

## Le glossaire avant de plonger

La première barrière à l'entrée, ce n'est pas la technique - c'est le **vocabulaire**. Sept sigles pour sept textes qui se parlent entre eux. On pose les définitions ici - elles serviront de boussole pour tout le reste de l'article.

**ESPR** (Ecodesign for Sustainable Products Regulation) : le règlement chapeau. C'est le cadre général qui dit 'voilà les règles du jeu pour rendre les produits plus durables', sans dire encore lequel ni quand. Les règles précises arrivent ensuite par **actes délégués**, secteur par secteur. C'est lui qui structure tout le reste de l'agenda.

Les six autres textes gravitent autour :

- **DPP** (Digital Product Passport) : la fiche d'identité électronique d'un produit, accessible par QR code. L'étiquette nutritionnelle du yaourt, mais pour l'empreinte environnementale. [Guide DPP industriel](/blog/passeport-numerique-produit-dpp-industriels/)
- **CSRD** (Corporate Sustainability Reporting Directive) : le rapport de durabilité obligatoire pour les grandes entreprises. Distinction clé : elle fonctionne au **niveau de l'entreprise**, pas du produit. [Guide CSRD pour les PME](/blog/csrd-pme-guide-pratique/)
- **BEGES** : le [bilan d'émissions de gaz à effet de serre](/blog/bilan-carbone-ce-quil-mesure-vraiment/), obligation française depuis 2010 pour les entreprises de plus de **500 salariés**. L'Omnibus européen ne l'a **pas modifié** - retenez bien ce point, on y reviendra. [Guide BEGES](/blog/beges-obligatoire-guide-conformite/)
- **Règlement batteries** (UE 2023/1542) : premier secteur à avoir reçu son passeport produit complet. C'est le **pilote grandeur nature** de l'ESPR : tout ce qui s'invente sur les batteries servira de modèle aux autres. [Guide complet](/blog/reglement-batterie-europe-2023-1542-guide/)
- **Affichage environnemental** : le Nutri-Score de l'impact écologique, version française. Le textile est pilote depuis 2025
- **MACF** (Mécanisme d'Ajustement Carbone aux Frontières) : la 'taxe carbone' européenne sur les importations de matériaux lourds (acier, aluminium, ciment, engrais). En application complète depuis janvier 2026

> Sept sigles, une seule grammaire : déclarer une empreinte environnementale, la prouver avec des données, la rendre vérifiable. Le reste, c'est du calendrier.

## L'ESPR, le règlement chapeau qui structure tout

Maintenant qu'on a le glossaire, on peut entrer dans le règlement central. Si vous ne deviez retenir qu'un seul nom, ce serait celui-là. Le règlement (UE) 2024/1781, plus connu sous le nom d'ESPR, est entré en vigueur le 18 juillet 2024. Il remplace la vieille directive écoconception de 2009, qui ne couvrait que les appareils consommateurs d'énergie (les fameux frigos étiquetés A, B, C). Le changement d'échelle est radical : à terme, presque tous les produits physiques mis sur le marché européen pourront être encadrés par des exigences d'écoconception.

Mais l'ESPR ne fixe quasiment rien lui-même. C'est le point clé à comprendre, et il explique tout le reste. Le texte pose les règles du jeu (vocabulaire, méthodes, transitions, obligations générales), puis renvoie l'essentiel à des **actes délégués** qui sont publiés famille de produits par famille de produits. C'est la même logique qu'un code de la route qui définirait la notion de 'véhicule motorisé' sans préciser tout de suite quelles vitesses sont permises sur quel type de route. Cette mécanique des actes délégués va revenir tout au long de l'article : à chaque fois qu'on parlera d'une échéance, c'est elle qui sera derrière.

### Une grammaire qui se déploie secteur par secteur

Pour chaque famille de produits, l'acte délégué fixera **trois choses**, toujours les mêmes :

- Des **exigences de performance environnementale** : durabilité, réparabilité, contenu recyclé minimum, empreinte carbone maximale
- Un **passeport numérique de produit** (DPP) pour porter ces données et les rendre accessibles
- Des **règles d'information du consommateur**

C'est cette mécanique répétitive qui rend l'ESPR prévisible une fois qu'on l'a comprise sur un secteur. Si vous comprenez ce qui se passe sur les batteries en 2027, vous comprenez ce qui se passera sur l'acier en 2028, sur le textile en 2029 et sur les [meubles](/blog/affichage-environnemental-ameublement-guide/) en 2030.

### La règle des 18 mois (article 4(4))

Point pratique souvent mal compris, et qui mérite qu'on s'y arrête une minute. Quand un acte délégué est adopté, il ne s'applique pas le lendemain. L'article 4(4) du règlement impose une période de transition d'au moins 18 mois entre l'adoption et l'entrée en vigueur. C'est conçu pour donner aux industriels le temps de collecter leurs données, d'ajuster leurs processus et de faire vérifier leurs déclarations.

Sauf que ce délai est trompeur, et c'est précisément le piège. Une première collecte de données auprès d'une chaîne fournisseurs mondialisée prend rarement moins de quatre à six mois. La modélisation et la vérification tierce ajoutent encore plusieurs mois. Un industriel qui découvre l'obligation le jour où l'acte délégué est publié a déjà perdu un an, pas gagné dix-huit mois. C'est exactement le piège dans lequel sont tombés beaucoup d'assembleurs de batteries en 2024-2025. Gardez cette mécanique en tête : on va la revoir à chaque fois qu'on parlera d'une nouvelle échéance.

> **Note** : L'ESPR prévoit aussi une **revue à mi-parcours en 2028** qui ajustera les priorités et ajoutera de nouveaux secteurs. Les TIC, l'électronique grand public, les produits chimiques et les lubrifiants entreront probablement dans le pipeline à ce moment-là. Pour ces secteurs, la fenêtre de préparation est encore confortable - mais le travail à faire est rigoureusement le même que celui qu'on va décrire pour les six familles prioritaires juste après.

## Les six familles dans le viseur dès maintenant

On a vu la mécanique. Reste à savoir à qui elle s'applique en premier. Le plan de travail ESPR 2025-2030 a été adopté par la Commission européenne le 16 avril 2025. C'est ce document qui désigne les **six familles prioritaires** qui vont recevoir leurs actes délégués dans la première vague. Si votre activité tombe dans l'une de ces six, votre horizon de préparation se compte en mois. Si elle n'y est pas, vous avez probablement rendez-vous après 2028.

Quatre familles concernent des **produits finis**, deux des **intermédiaires structurants** :

- [**Textile et habillement**](/blog/ecoconception-textile/) - produit fini, acte délégué attendu 2027
- **Meubles** (matelas inclus) - produit fini, acte délégué attendu 2028
- **Pneus** - produit fini, acte délégué attendu 2027
- **Détergents et peintures** - produit fini, seconde sous-vague
- **Fer et acier** - intermédiaire structurant, acte délégué attendu 2026
- **Aluminium** - intermédiaire structurant, acte délégué attendu 2027

À ces six familles s'ajoutent deux **mesures horizontales** : une obligation transversale de réparabilité, et l'interdiction de destruction des invendus textiles et chaussures pour les grandes entreprises.

Pourquoi ces familles précisément, et pas d'autres ? Pas par hasard. Elles ont été choisies pour **trois raisons cumulées** : un fort potentiel d'amélioration environnementale, des volumes massifs sur le marché européen, et l'existence de chaînes de valeur déjà documentées (ce qui rend la collecte de données réaliste à court terme). L'acier et l'aluminium, par exemple, sont des produits dont l'écart d'empreinte entre version primaire et version recyclée est d'un **facteur quatre à six** : il y a beaucoup à gagner et les producteurs européens, déjà engagés dans la décarbonation, ont activement poussé pour ces actes délégués.

L'infographie ci-dessous synthétise les six familles avec le type (intermédiaire ou produit fini), la date attendue de l'acte délégué, et la date d'application probable. Notez bien la colonne **'application'** : c'est elle qui dicte votre vraie échéance, parce qu'à cause de la règle des 18 mois qu'on a vue plus haut, l'écart entre la date d'acte délégué et la date d'application est ce qui sépare la phase de préparation de la phase d'obligation effective.

Et pour les secteurs qui ne sont pas dans cette première vague (TIC, électronique grand public, chimie), on verra plus bas que la deuxième vague arrive après la mid-term review 2028. Compter sur ce délai pour 'gagner du temps' est une **fausse bonne idée** : les actes délégués de la première vague serviront de modèle, et les industriels qui auront déjà fait le travail pour le DPP batteries ou pour le textile ESPR partiront avec une longueur d'avance qui se mesurera en années.

## Le calendrier 2025-2030 : quatre fenêtres, zéro excuse

On a le cadre, on a les familles. Reste la question qui revient toujours en réunion : qu'est-ce qui s'applique vraiment, et quand ? La suite est conçue pour pouvoir s'utiliser comme un agenda. On a découpé l'horizon 2025-2030 en quatre fenêtres temporelles. À chaque fenêtre, ses échéances clés et ses points d'attention. Avancez fenêtre par fenêtre, identifiez celles qui vous concernent, et notez-les dans votre calendrier.

La frise chronologique ci-dessous donne la vue d'ensemble. Si vous l'imprimez et la mettez sur votre mur, vous avez à peu près 80 % du repère qu'il vous faut pour les trois prochaines années. Le détail de chaque échéance est expliqué dans les sous-sections qui suivent.

### 2025-2026 : ce qui s'applique déjà

Première fenêtre, et la plus importante à connaître : ce qui est **déjà obligatoire en avril 2026**. La liste est plus longue qu'on ne le pense souvent.

- **Batteries VE** : la déclaration d'empreinte carbone devait initialement entrer en vigueur en février 2025 mais l'acte délégué méthodologique (règles CFB-EV du JRC) n'était toujours pas formellement adopté au 20 juillet 2026. Obligation effective attendue mi-2027 (12 mois post-adoption), méthodologie JRC, vérification tierce. Article 7 du [règlement batteries 2023/1542](/blog/reglement-batterie-europe-2023-1542-guide/) - il a pris beaucoup d'acteurs de court. Pour comprendre par où commencer : notre [guide ACV batterie](/blog/acv-batterie-industrielle-par-ou-commencer/)
- **Février 2026** : extension aux **batteries industrielles rechargeables > 2 kWh** (stockage stationnaire, engins industriels électriques)
- [**CSRD**](/blog/csrd-pme-guide-pratique/) : première vague en cours (grandes entreprises cotées > 500 salariés, exercice 2024), deuxième vague (non cotées) sur l'exercice 2025
- [**BEGES**](/blog/beges-obligatoire-guide-conformite/) : toujours obligatoire à partir de **500 salariés** en France, avec **plan de transition** obligatoire depuis la loi Industrie Verte 2023
- [**Affichage environnemental textile**](/blog/affichage-environnemental-textile-2026/) : démarré en 2025 sur la base du volontariat, en attendant l'obligation effective

### **Juillet 2026** : deux jalons techniques structurent la mise en route du système DPP. Le **règlement d'exécution (UE) 2026/1778** du 16 juillet établit le registre européen des passeports numériques de produit, opérationnel à cette date (obligation de l'article 13 § 1 de l'ESPR). Le **14 juillet**, la Commission cite au JOUE les six premières normes harmonisées DPP publiées par le CEN-CENELEC JTC 24 (EN 18216, 18219, 18220, 18221, 18222, 18223 - décision d'exécution 2026/1736). Ces normes fixent le contenant technique commun (protocoles d'échange, identifiants, supports de données, API, interopérabilité) mais restent silencieuses sur la méthode de calcul environnemental, qui reste à trancher par chaque acte délégué sectoriel. Pour un panorama methodologique complet (PEF vs ACV ISO, ce qui est verrouillé, ce qui reste ouvert), voir [notre décryptage : quelle méthode pour calculer un DPP](/blog/dpp-methode-calcul-environnemental/). 2027 : l'année charnière du DPP

Deuxième fenêtre. 2027 est l'année où l'ensemble du système devient visible et opposable au sens fort. Le **18 février 2027**, le passeport numérique devient obligatoire pour les batteries industrielles de plus de 2 kWh et les batteries de véhicules électriques. C'est le **premier DPP toutes catégories de produits confondues** dans l'Union européenne. Le signal politique est lourd : la Commission montre que le système fonctionne sur un secteur pilote avant d'accélérer pour les autres.

Toujours en 2027, l'acte délégué textile devrait être publié, suivi 18 mois plus tard de son application (courant 2028 ou début 2029). Les actes délégués pour l'aluminium et les pneus sont également attendus dans le courant de l'année 2027. Et toute l'infrastructure numérique européenne (registre central, standards d'interopérabilité CEN/CENELEC, Battery Pass Consortium) doit être opérationnelle à cette date.

### 2028 : densification, mid-term review et premier seuil couperet

Troisième fenêtre. À partir de 2028, plusieurs échéances tombent presque simultanément. Pour les batteries, un **seuil maximal d'empreinte carbone** sera imposé pour les batteries VE : les batteries les plus carbonées ne pourront tout simplement plus être mises sur le marché européen. C'est le premier seuil couperet ESPR de l'histoire, et il vaut le coup de comprendre ce que ça implique. Pour donner un ordre de grandeur, l'[empreinte médiane d'une batterie NMC811](/blog/empreinte-carbone-batterie-hotspots-leviers/) selon une méta-analyse Nature Communications de fin 2024 est de 105 kgCO2e/kWh en Chine contre 64 en Suède pour la même chimie. Quand le seuil tombera entre les deux, certaines chaînes de fabrication asiatiques devront soit décarboner, soit perdre l'accès au marché européen.

Toujours en 2028, plusieurs autres échéances tombent en parallèle :

- **Août 2028** : déclaration d'empreinte carbone obligatoire pour les batteries de **transports légers** (trottinettes, vélos électriques)
- **2028** : déclaration obligatoire du **taux de contenu recyclé** pour les batteries
- **Acte délégué meubles** attendu courant 2028
- **Revue à mi-parcours** du plan de travail ESPR - ajout probable des TIC, électronique grand public, produits chimiques et lubrifiants (période 2030-2035)

### 2029-2031 : [matelas](/blog/acv-matelas-fabricant-literie-guide/), contenu recyclé et deuxième vague

Quatrième et dernière fenêtre. L'acte délégué [matelas](/blog/acv-matelas-fabricant-literie-guide/) arrive en **2029**. Pour les batteries, deux paliers de **contenu recyclé minimal** entrent en jeu : premier palier en août 2031 avec **16 % de cobalt, 85 % de plomb, 6 % de lithium et 6 % de nickel** recyclés. Ces taux supposent une filière de recyclage européenne réellement opérationnelle, ce qui est encore loin d'être le cas en 2026. Les fabricants qui n'auront pas sécurisé un approvisionnement en matériaux recyclés certifiés à ces dates seront en infraction, avec à la clé un risque réel d'**interdiction de mise sur le marché**.

C'est aussi sur cette période qu'arrivent les premiers actes délégués issus de la mid-term review 2028 (TIC, chimie, lubrifiants), avec une application qui s'étalera entre 2031 et 2035. Pour les industriels de ces secteurs, la fenêtre de préparation est encore large : c'est le bon moment pour construire sereinement, sans subir.

## L'Omnibus de février 2026 et ses pièges

Une fois ce calendrier en tête, il reste un événement récent qui a brouillé les cartes pour beaucoup d'entreprises et qu'il faut traiter à part : le paquet **Omnibus**. Il a été adopté par le Conseil de l'Union européenne le 24 février 2026 et publié au Journal officiel le 26 février. Il modifie en profondeur le périmètre de la CSRD et de la directive sur le devoir de vigilance (CSDDD). Pour comprendre ce qui a changé sans s'y noyer, il suffit de retenir trois choses, dans cet ordre.

- **Le seuil CSRD a été massivement relevé.** Désormais, seules les entreprises de plus de **1 000 salariés et 450 M€ de chiffre d'affaires net** sont soumises. Les PME cotées sont totalement exemptées. Le périmètre direct a été réduit d'environ **85 %**
- **Les nouvelles règles s'appliquent aux exercices à partir du 1er janvier 2027**, donc aux premiers rapports publiés en 2028
- **Le BEGES français n'a pas bougé** - et c'est le point qui fait le plus de dégâts en pratique. Le BEGES reste obligatoire à partir de **500 salariés** en France métropolitaine. C'est ce qu'on demandait de retenir dans le glossaire

Conséquence directe : un nombre significatif d'entreprises sont aujourd'hui hors CSRD mais toujours dans BEGES. Et beaucoup ont relâché leur effort sur la CSRD en pensant que le sujet carbone passait avec. C'est un piège classique. Le BEGES reste pertinent comme obligation distincte, et il continue d'inclure depuis 2023 un plan de transition obligatoire avec objectifs chiffrés.

### L'effet cascade qui touche déjà les PME

Et puis il y a un deuxième piège, encore plus invisible : la pression réglementaire indirecte. Quand un grand donneur d'ordre publie son rapport de durabilité, il a besoin des données carbone de ses fournisseurs pour calculer son [scope 3](/blog/scope-3-bilan-carbone-guide-complet/). On reçoit de plus en plus de demandes de PME dont le principal client exige des données carbone produit, pas parce que la PME elle-même est soumise directement, mais parce que son client l'est.

Même après l'Omnibus, les donneurs d'ordre qui restent dans le périmètre continueront de demander ces données à toute leur chaîne d'approvisionnement. Pour beaucoup de PME industrielles, le critère réglementaire n'est plus 'suis-je dans la CSRD ?' mais **'mes clients y sont-ils ?'**. Et la réponse, statistiquement, est presque toujours oui. L'Omnibus a réduit le périmètre direct de la CSRD, mais **pas la pression sur les PME** - elles la reçoivent aujourd'hui par leurs clients, plus par les textes.

## Qui est responsable, vous ou votre fournisseur ?

Toutes les obligations qu'on vient de voir désignent quelqu'un comme responsable. Et c'est sur ce point précis, beaucoup plus que sur les méthodologies ou les calendriers, que le plus grand nombre d'industriels se trompe. Cette section est courte mais elle vaut le détour, parce qu'une erreur de qualification ici peut coûter une année de retard.

Pour l'empreinte carbone batteries comme pour le futur DPP, c'est le **metteur sur le marché européen** qui est responsable - pas le fabricant de cellules en amont. Si votre entreprise assemble des packs batterie à partir de cellules achetées à un fabricant coréen ou chinois, c'est vous qui devez produire la déclaration et le passeport, pas votre fournisseur de cellules.

On a vu des assembleurs européens découvrir au début 2025 que c'était à eux, et pas à CATL ou Samsung SDI, de produire la déclaration. Le même piège va se reproduire à chaque acte délégué ESPR :

- **Importateur de textile** fabriqué en Asie ? C'est vous le déclarant
- **Assembleur de meubles** à partir de panneaux importés ? C'est vous
- **Mise en marché européenne** d'un produit acier ouvré ? C'est vous

> **Note** : Trois questions, dans cet ordre. **Une** : votre produit est-il vendu sous votre marque sur le marché européen ? **Deux** : êtes-vous l'entité qui le fait passer la frontière douanière ? Si oui à l'une des deux, vous êtes très probablement le déclarant.

### La grammaire commune qui rend tout le calendrier supportable

On vient de parcourir sept textes différents, leurs calendriers, leurs pièges, leurs responsables. Si vous avez un peu le tournis à ce stade, c'est normal. Mais voici la bonne nouvelle qui change tout, et c'est probablement le seul élément à retenir si vous deviez n'en garder qu'un de cet article.

Si vous regardez ces sept réglementations en surface, vous voyez sept usines à gaz juridiques. Si vous regardez le travail qu'elles vous demandent, vous voyez toujours **les trois mêmes choses**, dans le même ordre :

- **Cartographier** votre chaîne de valeur : fournisseurs critiques, origine des matières premières, lieux de transformation, modes de transport
- **Collecter** les données environnementales - primaires sur les processus que vous contrôlez, secondaires sur le reste : énergie consommée, matières utilisées, distances
- **Modéliser** selon une [méthodologie reconnue](/blog/pef-acv-empreinte-carbone-produit-methode/) - PEF pour l'affichage environnemental, [ACV ISO 14040](/blog/acv-vs-bilan-carbone/) pour l'éco-conception volontaire, méthodologie JRC pour les batteries, ESRS pour la CSRD - toutes très proches dans leur logique de fond

C'est ce qui rend le chantier supportable. Le travail de cartographie et de collecte que vous ferez pour le DPP batteries en 2026 servira aussi à l'affichage environnemental textile en 2028, à la déclaration carbone d'un produit acier en 2028, et à un éventuel [scope 3](/blog/scope-3-bilan-carbone-guide-complet/) client CSRD en parallèle. Une analyse de cycle de vie produit bien faite couvre quatre ou cinq obligations à venir. C'est précisément pour ça qu'il vaut mieux la lancer maintenant, sereinement, plutôt que dans la panique d'un acte délégué qui vient d'être publié !

> Une seule ACV produit bien faite couvre quatre obligations à venir. C'est la mutualisation invisible qui rend tout le calendrier supportable.

## Quatre actions à lancer cette semaine

Vous avez maintenant tout le contexte. Reste à transformer ça en plan d'action. Voici les quatre étapes qu'on recommande à tous les industriels qui démarrent. Aucune ne demande un budget énorme. Toutes les quatre rapportent dès qu'elles sont menées. Elles sont conçues pour être faites dans l'ordre : chacune crée les conditions de la suivante. **Cliquez sur une étape ci-dessous pour dérouler le détail.**

## Ce qu'il faut retenir

Sept réglementations, un seul chantier. L'ESPR structure le cadre, les actes délégués fixent les règles secteur par secteur, et le calendrier s'accélère à partir de 2027. La bonne nouvelle : le travail est mutualisable - une seule ACV produit bien faite couvre quatre obligations à venir.

- **L'ESPR ne dépend pas de la taille** de l'entreprise. Le piège Omnibus n'a pas effacé les obligations produit - le BEGES français et la pression scope 3 des donneurs d'ordre continuent de monter.
- **Une cartographie + une collecte fournisseurs + une première ACV** couvrent ESPR, DPP, affichage environnemental et scope 3 client en un seul chantier.
- **Le déclarant, c'est celui qui met sur le marché UE** : sous votre marque ou en tant qu'importateur. Tranchez ce point en 2-3 jours d'audit juridique, pas à 6 mois de l'échéance.
- **Démarrer maintenant change l'horizon** : 18 mois de marche tranquille au lieu de 6 mois en sprint. Ceux qui attendent l'acte délégué arriveront en retard.

> **Note** : Celsius cadre votre conformité ESPR/DPP : diagnostic réglementaire, ACV produit conforme à votre secteur, montage du [Diag Décarbon'Action](/blog/diag-decarbon-action-guide-complet/) (jusqu'à 70 % financés). Un premier échange de 15 minutes suffit à savoir par où commencer.

## Questions fréquemment posées

## Questions fréquentes

### Mon entreprise est trop petite pour être directement concernée. Pourquoi je devrais m'en occuper ?

Parce que la plupart des obligations sectorielles ESPR (textile, batteries, meubles, pneus, acier, aluminium) ne dépendent pas de la taille de l'entreprise mais de la nature du produit. Une PME textile de 80 salariés sera concernée par l'acte délégué textile, qu'elle soit dans la CSRD ou pas. Et même si vous n'êtes dans aucune de ces familles, vos clients donneurs d'ordre vous demandent déjà des données carbone produit pour leur propre scope 3.

### Quelle est la différence entre le DPP et l'affichage environnemental ?

L'affichage environnemental (le score visible en magasin, à la manière d'un Nutri-Score) est destiné au consommateur final. Le DPP est un dossier numérique complet, accessible par QR code, destiné aussi aux autorités de surveillance, aux réparateurs et aux recycleurs. Les données sources sont souvent les mêmes, le format et le public diffèrent. Une seule collecte alimente les deux.

### Combien coûte une première mise en conformité ESPR ?

Comptez 12 000 à 40 000 euros pour une première ACV produit selon la complexité de la chaîne. C'est le poste qui concentre l'essentiel de l'effort. La partie logicielle DPP varie de quelques milliers d'euros pour une solution SaaS standard à plusieurs centaines de milliers pour une intégration sur mesure dans un ERP existant. Le [Diag Éco-conception](https://www.bpifrance.fr/catalogue-offres/diag-ecoconception) de Bpifrance finance 60 à 70 % de la première ACV pour les PME.

### Qui porte la responsabilité quand on assemble des produits importés ?

Le metteur sur le marché européen. Si vous assemblez des packs batterie à partir de cellules importées et que vous vendez le produit fini sous votre marque en Europe, c'est vous le déclarant, pas votre fournisseur de cellules. Si vous importez du textile fabriqué hors UE, c'est vous en tant qu'importateur. C'est la confusion la plus coûteuse à éviter.

### Est-ce que je peux utiliser des données par défaut dans le DPP ?

Oui, les méthodologies prévoient des valeurs par défaut pour les données qu'on n'a pas. Mais elles correspondent systématiquement au scénario pénalisant. Pour les batteries, utiliser des données par défaut peut placer votre produit dans une classe de performance carbone inférieure. Investir dans des données primaires améliore le score et la compétitivité.

### Par où commencer si je n'ai jamais fait d'ACV ?

Par la donnée, pas par le logiciel. Identifiez votre famille ESPR, confirmez que vous êtes le déclarant, et lancez la collecte auprès de vos cinq fournisseurs les plus critiques. Une fois ces données disponibles, le choix d'un logiciel DPP devient un exercice technique classique. L'erreur la plus fréquente est d'acheter l'outil avant d'avoir les données.

## Sources et textes de référence

Les informations de cet article sont tirées des textes officiels et de sources institutionnelles vérifiées :

- **Règlement ESPR** (UE) 2024/1781 du 13 juin 2024, publié au JOUE le 28 juin 2024, entré en vigueur le 18 juillet 2024
- **Plan de travail ESPR 2025-2030**, adopté par la Commission européenne le 16 avril 2025 (COM(2025) 192 final)
- **Règlement batteries** (UE) 2023/1542 du 12 juillet 2023, entré en vigueur le 17 août 2023
- **Directive CSRD** (UE) 2022/2464 du 14 décembre 2022, modifiée par le **paquet Omnibus** adopté par le Conseil le 24 février 2026
- **Loi Industrie Verte** n° 2023-973 du 23 octobre 2023 (renforcement du BEGES et plan de transition obligatoire)
- **Méthodologie JRC** pour le calcul de l'empreinte carbone des batteries, Commission européenne, Centre commun de recherche
- **Méta-analyse Nature Communications** (2024) - empreinte carbone des batteries NMC811 selon les géographies de production (105 kgCO₂e/kWh Chine vs 64 Suède)
- **PEFCR textile et chaussure v3.1**, approuvé mai 2025, base de l'affichage environnemental français

## Articles connexes

- https://projetcelsius.com/blog/cbam-quels-couts/
- https://projetcelsius.com/blog/passeport-numerique-produit-dpp-industriels/
- https://projetcelsius.com/blog/reglement-batterie-europe-2023-1542-guide/
- https://projetcelsius.com/blog/pef-acv-empreinte-carbone-produit-methode/
- https://projetcelsius.com/blog/ppwr-packaging-and-packaging-waste-regulation-guide/

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**À propos de Projet Celsius**

Projet Celsius est un cabinet de conseil en stratégie carbone, ACV produit et conformité réglementaire. Bureau d'études d'ingénieurs-docteurs basé à Paris et Marseille, partenaire Bpifrance (Diag Décarbon'Action) et référencé ABC (Association pour la Transition Bas Carbone).

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