Où vivre en France en 2050 : la carte commune par commune

Où vivre en France en 2050 : la carte commune par commune

Par Clément Reynaud · Publié le 28 juillet 2026 · Mis à jour le 7 septembre 2026

Aucune carte ne peut dire seule où il fera bon vivre en 2050, car chaque personne porte son lot de critères et de besoins selon son histoire, sa situation sociale et ses goûts. La richesse des données environnementales accumulées par les scientifiques et les agences nationales ces 50 dernières années permet néanmoins aujourd'hui de construire des visualisations pour que tout le monde puisse se faire son idée des forces et faiblesses de chaque territoire.

+2,7 °C en 2050 : l'hypothèse structurante du code de l'environnement

Nous avons tous déjà croisé des cartes qui représentent des projections de température, de stress hydrique ou d'exposition à d'autres aléas climatiques. Plus rarement trouve-t-on des tentatives de synthèse multifactorielles. Inspirés par le travail remarquable Où habiter en 2050 du mouvement post-urbain, l'équipe du Projet Celsius a elle aussi tenté de construire un outil en accès libre qui permette à chacun de naviguer facilement dans l'océan de données et d'informations disponibles.

Nous avons fait le choix de retenir la trajectoire dite TRACC (Trajectoire de réchauffement de référence pour l'adaptation au changement climatique), retenue par l'État et inscrite depuis l'arrêté du 23 janvier 2026 dans le code de l'environnement.

Cette trajectoire anticipe un réchauffement sur le territoire métropolitain de +2 °C en 2030, +2,7 °C en 2050 et +4 °C en 2100. Ces niveaux sont plus élevés que la moyenne mondiale, parce que les terres émergées se réchauffent plus vite que les océans et que l'Europe de l'Ouest fait partie des zones les plus exposées à cet écart. Ils sont également largement supérieurs aux cibles de l'accord de Paris (+1,5 °C ou 2 °C en moyenne mondiale) car ils servent à dimensionner les efforts d'adaptation, qui seront d'autant plus pertinents qu'ils peuvent anticiper une évolution du climat qui ne soit pas trop optimiste.

Chaleur, eau, argiles, littoral : les 6 familles de risques

Nous avons retenu six familles : chaleur, feux de forêt, sécheresse et ressource en eau, qui englobe le retrait-gonflement des argiles, inondations, littoral et submersion marine, et enfin déserts de services. Chacune est consultable seule sur la carte, et les couleurs se mélangent là où les risques se cumulent.

La chaleur : l'un des critères les plus discriminants entre les communes

Quand on pense au changement climatique, on pense souvent en priorité à la température et aux canicules. Les bases de données qui se sont penchées sur ce sujet à l'horizon 2050 précisent ce qu'elles entendent par-là : on regarde le nombre de jours qui devraient dépasser les 35 °C, ainsi que le nombre de nuits qui resteront au-dessus des 20 °C (nuits tropicales).

Feux de forêts : risque physique contre appareil réglementaire

Cartographier le risque incendie en lien avec le changement climatique est un exercice complexe, et la littérature scientifique s'y attaque souvent sur des surfaces restreintes. Nous avons choisi de partir de ce qui a réellement brûlé : la base nationale des incendies de forêt recense un peu plus de 50 000 feux depuis 2006, commune par commune. Un modèle statistique apprend sur ces 20 années où les grands feux se produisent, à partir de l'activité de feu des communes environnantes, du régime de feu, méditerranéen, sud-atlantique ou nord, des vents forts, de la densité du bâti et de la position géographique.

Ce niveau de risque est ensuite relevé en fonction de l'augmentation attendue, d'ici 2050, du nombre de jours où la météo rend un départ de feu dangereux.

Reste une donnée manquante : la quantité de combustible réellement présente sur le terrain. L'IGN produit une cartographie fine de l'occupation des sols, dont nous avons pu vérifier qu'elle améliore nettement le modèle là où elle existe. Mais elle ne couvre aujourd'hui qu'un quart des départements et sa production nationale s'étalera encore sur plusieurs années. Nous ne l'avons donc pas retenue, pour ne pas produire une carte plus fine dans certains départements que chez leurs voisins immédiats.

Enfin, une autre manière d'apprécier le risque feu serait de se baser sur les outils réglementaires déployés par les préfectures pour refléter la prise en compte de cet aléa. Cette lecture reste disponible sur la carte, mais elle est exclue du calcul du score d'habitabilité, car elle reflète autant l'histoire administrative d'un département que le risque physique : la couverture varie fortement d'une préfecture à l'autre, de la quasi-totalité des communes sur le pourtour méditerranéen à un peu plus de la moitié dans les Landes et moins d'un tiers en Gironde, deux départements qui ont pourtant connu les plus grands feux de la décennie.

Sécheresse et eau

La sécheresse est le risque le plus diffus de la carte. Nous la regardons par trois entrées complémentaires : le nombre de jours par an où le sol est sec, l'évolution des débits des cours d'eau au plus bas de l'été, et l'allongement de la période pendant laquelle ces débits restent bas.

Cela traduit indirectement de forts enjeux pour l'agriculture, le refroidissement industriel et l'accès à l'eau potable. La pression sur la végétation urbaine n'est pas en reste, elle qui est de surcroît une alliée de l'adaptation climatique par les îlots de fraîcheur.

Le retrait-gonflement des argiles : la sécheresse qui fissure les maisons

Ce risque est moins connu du grand public alors qu'il est devenu le deuxième poste d'indemnisation des catastrophes naturelles, après les inondations. Les sols argileux se rétractent en période sèche et gonflent quand l'eau revient ; ce mouvement fissure les fondations des maisons individuelles, celles qui reposent sur des semelles peu profondes. C'est une conséquence indirecte mais immédiate de la modification de notre climat, et bien que tous les sols ne soient pas argileux en France, plus de la moitié du territoire est concerné.

Nous reprenons la carte d'aléa publiée par le BRGM, qui classe les sols en quatre niveaux. 7 % des communes sont en aléa fort.

Inondations : ce que l'on sait déjà, et ce qui s'y ajoute

L'inondation est le seul risque de la carte pour lequel la connaissance du terrain précède largement les projections. Nous croisons donc trois sources officielles : les atlas des zones inondables, les risques recensés par les préfectures et les plans de prévention approuvés.

À cette photographie du présent, nous ajoutons l'évolution attendue des débits de crue à l'horizon 2050, issue des mêmes projections hydrologiques que pour la sécheresse.

Littoral et submersion marine : peu de communes, beaucoup d'habitants

Le littoral concentre deux menaces qu'il faut distinguer. La submersion marine, d'abord : une tempête qui coïncide avec une marée haute fait passer la mer par-dessus les défenses, et la montée du niveau marin rend cette coïncidence plus fréquente. Le recul du trait de côte, ensuite, qui n'est pas un événement mais un processus continu : la falaise s'effrite, la dune se déplace, et le trait de côte se déplace avec eux.

Nous regardons quatre composantes, deux par menace : le risque recensé par la préfecture et l'existence d'un plan de prévention approuvé. Une commune peut en cumuler de zéro à quatre. Seules 3,5 % des communes françaises sont concernées, mais elles abritent plus d'un habitant sur dix. C'est le risque le plus concentré de la carte, et celui dont les enjeux humains sont les plus denses.

Déserts de services : le seul critère qui ne parle pas du climat

Habiter quelque part, ce n'est pas seulement subir ou échapper aux aléas. C'est pouvoir se soigner, faire ses courses, scolariser ses enfants et trouver un service public à distance raisonnable. Nous avons retenu une sixième famille qui mesure la densité d'équipements rapportée à la population, à partir de la base permanente des équipements de l'Insee.

C'est le critère le plus discutable de la carte. D'abord parce qu'il ne relève pas du climat et qu'il pèse pourtant autant que la chaleur ou les feux. Ensuite parce qu'il ignore l'offre des communes voisines : un village de 300 habitants à 10 minutes d'une sous-préfecture y apparaît aussi mal servi qu'un village isolé. Nous le conservons pour l'instant car il donne un premier éclairage sur la capacité des communes à être résilientes aux aléas. Il sera complété au fur et à mesure que nous trouverons des données complémentaires pertinentes pour l'enrichir.

Comment les six familles se combinent

Chaque indicateur est converti en rang : une commune n'obtient pas une note absolue mais une position parmi les 35 000 communes françaises. Une commune classée à 90/100 est plus exposée que 90 % des communes. C'est un choix important et il a une conséquence directe sur la lecture : une commune pâle sur la carte n'est pas une commune sans risque, mais simplement une commune relativement moins exposée que les autres.

Les six familles sont ensuite moyennées à parts égales, et le score d'habitabilité est construit à partir de cette moyenne. Pour information, la commune médiane obtient 58.

Cette moyenne a un défaut connu, et nous avons choisi de le corriger par l'affichage plutôt que par la formule. Faire une moyenne, c'est accepter qu'un risque extrême soit atténué par les cinq autres familles : une commune écrasée de chaleur remonte parce qu'elle n'a ni littoral ni inondation. Pour enrichir la lecture, la fiche de chaque commune signale séparément les familles pour lesquelles elle figure parmi les 10 % de communes les plus exposées de France.

4 communes sur 10 n'ont aucun signalement. Un peu plus d'1 sur 3 en a un, et près d'1 sur 4 en cumule deux ou davantage. Au total, plus de 2 Français sur 3 vivent dans une commune signalée sur au moins une famille de risque.

Ce que cette carte ne dit pas

Elle ne dit pas où il faut partir. Une commune très exposée qui a planté des arbres, désimperméabilisé ses cours d'école et sécurisé sa ressource en eau sera plus vivable en 2050 qu'une commune moyennement exposée qui n'a rien fait. L'adaptation n'entre dans aucun de nos indicateurs, pour la simple raison qu'aucune base nationale ne la mesure pour le moment.

Elle ne dit pas non plus ce qui se passe à l'intérieur d'une commune. Une commune est parfois un bourg et 3 hameaux répartis sur 40 kilomètres carrés ; le fond de vallée inondable et le coteau qui le domine y reçoivent la même couleur. À cette échelle, les contrastes locaux sont pour le moment invisibilisés.

Enfin, ce sont des projections. Elles reposent sur une trajectoire de réchauffement retenue par l'État, sur des modèles climatiques dont nous prenons la médiane, et sur des relations entre le climat et ses effets que nous supposons stables.