
Par Guillaume Pakula · Publié le 6 avril 2026 · Mis à jour le 24 octobre 2026
Le règlement UE 2023/1542 impose une déclaration d'empreinte carbone vérifiée pour chaque batterie industrielle de plus de 2 kWh mise sur le marché européen. Sans elle, pas de marquage CE - donc pas de mise sur le marché. L'échéance dépend encore de l'acte délégué qui fixe la méthode de calcul : la déclaration s'appliquera 18 mois après son entrée en vigueur, soit courant 2028 au plus tôt. Le projet prend 6 mois et les organismes de vérification accrédités sont encore rares. Ce guide suit les étapes du projet dans l'ordre, pour lancer la déclaration sans perdre de temps.
Dès que l'obligation s'appliquera, courant 2028 au plus tôt, aucune batterie industrielle de plus de 2 kWh ne pourra entrer sur le marché européen sans déclaration d'empreinte carbone vérifiée par un organisme tiers. Le règlement UE 2023/1542 en a fait une condition du marquage CE, au même titre que les tests de sécurité.
Les sections suivantes reprennent les étapes d'un projet de déclaration et signalent les erreurs qui coûtent 3 à 6 mois de retard à ceux qui se lancent sans filet.
La plupart des industriels que nous accompagnons découvrent cette obligation au détour d'une réunion commerciale. Un client demande la déclaration carbone, le responsable conformité cherche de quoi il s'agit, et il tombe sur un règlement de 117 articles avec des actes délégués qui arrivent au fil de l'eau. Cette première partie dit ce qui est exigé, de qui et sous quelle forme.
Le règlement impose aux fabricants et importateurs de batteries industrielles de plus de 2 kWh de produire une déclaration d'empreinte carbone (en anglais : Carbon Footprint of Batteries, ou CFB). C'est un document chiffré qui dit : cette batterie, sur l'ensemble de son cycle de vie, émet X kilogrammes de CO₂ équivalent par kilowatt-heure délivré. Il s'agit d'une obligation réglementaire, distincte d'un audit ou d'un label volontaire. Sans cette déclaration vérifiée, pas de marquage CE, pas de mise sur le marché européen.
La déclaration suit une méthodologie précise développée par le JRC (le centre de recherche de la Commission européenne), basée sur la méthode PEF (Product Environmental Footprint). Elle doit être vérifiée par un organisme tiers notifié.
C'est la confusion la plus fréquente et la plus coûteuse. La déclaration d'empreinte carbone n'est pas une ACV complète. Les données à collecter sont largement les mêmes, mais le livrable, le budget et le calendrier sont très différents.
C'est l'opérateur économique qui met la batterie sur le marché européen. Si vous assemblez des packs batterie à partir de cellules achetées à un fabricant chinois ou coréen (CATL, EVE Energy, BYD), c'est vous le déclarant, et non votre fournisseur de cellules. Vous devez obtenir ses données, les intégrer dans votre calcul, et produire la déclaration. Beaucoup d'assembleurs européens n'ont pas encore intégré cette réalité, et découvrent au passage que leur fournisseur de cellules n'a aucune obligation de leur faciliter la vie.
L'assembleur qui achète ses cellules est lui-même le déclarant, et son fournisseur n'a aucune obligation de lui faciliter la vie.
Le règlement ne laisse pas le choix de la méthode : la déclaration doit suivre un cadre précis fixé par le JRC, dérivé du PEF (Product Environmental Footprint). Ce cadre vous impose 3 choses : un périmètre de calcul standardisé (du berceau à la fin de vie, phase d'utilisation exclue), une unité de résultat (kgCO₂e par kWh délivré sur la durée de vie) et une hiérarchie des sources de données. Dans cette hiérarchie, les données primaires passent en premier, et les secondaires ne servent qu'en recours justifié. Les sous-parties suivantes traduisent ces 3 contraintes en français courant, ce que la documentation officielle ne fait pas.
Le calcul couvre 4 étapes (annexe II du règlement) : l'extraction et la préparation des matières premières (lithium, cobalt, nickel, graphite), la fabrication, la distribution, puis la fin de vie et le recyclage. La phase d'utilisation en est exclue. La fin de vie pèse : quand les matériaux sont recyclés et évitent de produire des matériaux vierges, ça réduit l'empreinte. Le règlement fixe des cibles progressives de récupération :
Le résultat ne s'exprime pas en "kg de CO₂ par batterie" mais en kgCO₂e par kWh d'énergie totale délivrée sur la durée de vie. La durée de vie en cycles apparaît donc au dénominateur. Une batterie qui dure 6 000 cycles a une empreinte par kWh délivré 2 fois plus faible qu'une batterie identique qui n'en dure que 3 000, même si leur fabrication a coûté exactement la même chose en carbone. C'est un avantage structurel pour les batteries conçues pour durer, et un argument mesurable pour les systèmes de gestion thermique (immersion cooling, BMS optimisé) qui prolongent la durée de vie.
Le règlement fait la distinction entre données primaires (vos propres mesures, celles de vos fournisseurs) et données secondaires (bases de données génériques comme ecoinvent ou EF 3.1). La règle est simple : tout ce qui est sous votre contrôle direct doit être couvert par des données primaires. Pour les processus en amont, les données de vos fournisseurs sont la cible. Les bases génériques ne sont acceptées qu'en dernier recours, et chaque utilisation doit être justifiée dans la déclaration.
Le mix électrique du pays où sont fabriquées les cellules pèse plus que tout le reste, au point qu'une NMC fabriquée en Norvège peut battre une LFP fabriquée en Chine.
Une fois le cadre méthodologique posé, tout le jeu se déplace vers une question unique : obtenir la donnée. C'est à cette étape que le projet commence vraiment et qu'il prend du retard. Le retard vient de la collecte, car la modélisation reste relativement standard une fois les données en main. Voici les 4 chantiers dans l'ordre de criticité.
C'est le chantier le plus lourd et le plus structurant. Pour chaque composant de la batterie, il faut la composition chimique précise et l'origine géographique. Le mix électrique du pays de fabrication des cellules est le premier facteur d'impact, et les écarts sont considérables : une cellule NMC811 varie de 27 kgCO₂e/kWh en Norvège à 155 en Chine (source : ScienceDirect, 2024). En médiane, les LFP affichent environ 62 kgCO₂e/kWh contre 74 pour les NMC811, soit environ 16 % de moins (source : Nature Communications, 2024). Mais une NMC fabriquée en Scandinavie peut avoir une empreinte inférieure à une LFP produite dans une province chinoise alimentée au charbon.
Le problème, c'est obtenir ces données. Nous accompagnions un assembleur français de batteries pour le stockage stationnaire, avec des cellules LFP achetées auprès de 2 fournisseurs chinois. Le premier a répondu en 9 semaines avec un fichier Excel en mandarin, sans l'origine géographique du lithium. Le second a répondu en 10 jours avec un dossier complet, mais les périmètres ne correspondaient pas entre les deux. Standardiser les données a pris 3 semaines supplémentaires. Il faut donc budgéter 8 à 12 semaines pour obtenir un jeu de données exploitable d'un fournisseur asiatique, et envoyer le questionnaire en étant explicite sur les unités et les formats attendus.
Ce sont des données primaires obligatoires, impossible de se contenter de moyennes sectorielles pour vos propres processus. Ces données sont en revanche sous votre contrôle et rarement difficiles à obtenir si vos compteurs sont en place.
Distances et modes de transport entre chaque maillon : de l'extraction au fabricant de cellules, du fabricant à votre usine, de votre usine au client. C'est rarement le poste dominant (le transport maritime d'une batterie finie pèse bien moins que le mix électrique du pays de fabrication), mais le règlement demande des données spécifiques et l'organisme de vérification les contrôlera.
Il existe 2 grandes voies de recyclage, aux profils très différents :
Le calendrier du règlement 2023/1542 a déjà bougé. En juillet 2025, le Conseil a repoussé l'échéance de due diligence d'août 2025 à août 2027 (règlement 2025/1561), principalement pour laisser le temps aux organismes notifiés de se mettre en place. Pour les batteries industrielles rechargeables de plus de 2 kWh, voici les dates clés :
Avec 6 mois pour une première déclaration, 4 à 8 semaines pour la vérification tierce et un délai d'anticipation raisonnable, un industriel qui veut être prêt sereinement devrait lancer son projet au second semestre 2026 au plus tard.
Nous voyons ces 3 erreurs revenir systématiquement chez les industriels qui se lancent sans accompagnement. Chacune peut coûter 3 à 6 mois de retard ou des dizaines de milliers d'euros.
La vérification n'est pas une formalité. L'organisme tiers notifié vérifie la conformité de la méthodologie, la traçabilité des données primaires, la cohérence des hypothèses, et la justification des données secondaires. La déclaration d'empreinte carbone fait partie du dossier de conformité CE, au même titre que les certifications de sécurité.
En pratique, voici ce que l'organisme demandera :
Si vos données fournisseurs sont incomplètes ou mal documentées, c'est à ce stade que ça bloque. Réserver un créneau 2 à 3 mois avant la date souhaitée est prudent, les organismes notifiés compétents sur les batteries industrielles sont encore en train de se structurer en 2026.
Vous êtes probablement dans l'une de ces 2 situations : soit vous n'avez pas encore commencé et vous cherchez par où attaquer, soit vous avez commencé et vous vous demandez si vous êtes sur la bonne voie. Dans les 2 cas, voici la séquence à suivre.
Ce qui peut se faire en interne : la collecte des données usine (consommations, rendement, mix électrique de votre site), le cadrage réglementaire, l'identification des interlocuteurs techniques chez vos fournisseurs, la relance des questionnaires. Ces chantiers sont sous votre contrôle direct et ne demandent pas de compétence PEF spécialisée. Ce qui demande un appui externe : la modélisation proprement dite (maîtrise du cadre PEF, choix de périmètre, qualification des données secondaires, analyses de sensibilité), le dialogue technique avec l'organisme notifié, et la relecture critique des retours fournisseurs asiatiques. Pour une équipe RSE qui n'a jamais fait d'ACV, l'apprentissage de la méthode PEF représente 2 à 3 semaines à plein temps avant de produire la première ligne de modèle. C'est l'angle mort le plus fréquent quand on décide d'internaliser sans mesurer l'investissement.
Si le seul objectif est la conformité au règlement 2023/1542, il faut une déclaration d'empreinte carbone (CFB). Si vous avez aussi un objectif d'écoconception produit ou de communication marketing multicritère, une ACV complète peut se justifier, mais le budget et le calendrier doublent.
C'est le chemin critique. Les questionnaires portent sur la chimie exacte de la cathode, le mix électrique de l'usine et l'origine géographique des matériaux actifs. Soyez explicites sur les unités attendues (kWh/batterie, kgCO₂e/kWh de cellule, pourcentage) et le format de réponse. N'attendez pas d'avoir tout cadré méthodologiquement pour envoyer les premiers questionnaires.
Les consommations énergétiques par poste, le rendement de production et le mix électrique du site sont des données que vous avez déjà (ou que vous devriez avoir). Si vos compteurs ne sont pas en place, c'est le moment de les installer.
Dès que le projet est lancé, identifiez un organisme notifié et réservez un créneau 2 à 3 mois avant votre date cible. Les créneaux sont rares en 2026, ils le seront encore plus en 2027 quand tout le monde se réveillera en même temps.
La déclaration d'empreinte carbone batterie est une obligation de marché : sans elle, pas de marquage CE, pas de mise sur le marché européen. L'échéance pour les batteries industrielles de plus de 2 kWh tombera 18 mois après l'acte délégué de méthode, toujours attendu, soit courant 2028 au plus tôt. Un projet complet prend 6 mois à mener, plus 4 à 8 semaines de vérification tierce.
La méthode à demander à votre prestataire est une CFB (12 à 25 k€ HT, 6 mois), car le règlement n'exige pas d'ACV complète multi-indicateurs, qui coûte environ le double et prend 8 à 12 mois. Le chemin critique est la collecte des données fournisseurs, jamais la modélisation. Comptez 8 à 12 semaines pour obtenir un jeu exploitable auprès d'un fabricant de cellules asiatique, et parlez au responsable technique de l'usine, pas au commercial.
Enfin, le mix électrique du pays de fabrication des cellules pèse plus que tout le reste : c'est la variable qui fait qu'une NMC norvégienne peut battre une LFP chinoise. Un industriel qui veut être prêt sereinement doit lancer son projet au second semestre 2026 au plus tard, sans attendre la publication de l'acte délégué.
Entre 12 000 et 25 000 € HT pour une CFB standard sur un produit, incluant la collecte de données, la modélisation et l'accompagnement à la vérification tierce. Une ACV complète multi-indicateurs coûte environ le double (voir notre guide des coûts ACV). Pour un deuxième produit sur la même chaîne de valeur, le coût est divisé par 2 environ. Des aides publiques existent pour les PME et ETI industrielles.
Sans déclaration d'empreinte carbone vérifiée, la batterie ne peut pas obtenir le marquage CE, donc elle ne peut pas être mise sur le marché européen. C'est d'abord un blocage commercial, auquel s'ajoutent les sanctions que fixe chaque État (article 93) : vos clients ne peuvent tout simplement plus acheter votre produit.
Sur un modèle de batterie (une référence produit), pas sur chaque lot. Mais si vous changez de fournisseur de cellules, de chimie, ou de site de fabrication, il faut recalculer, parce que les données d'entrée ont changé.
C'est un cas fréquent. Le règlement ne contraint pas le fournisseur, seulement le déclarant. Options : négocier un NDA encadrant le partage de données, utiliser des données secondaires en justifiant pourquoi (pénalisant pour le score), ou changer de fournisseur pour un qui coopère. C'est un argument de différenciation commerciale croissant pour les fabricants de cellules.
Non. Les données secondaires acceptées sont celles des bases reconnues (ecoinvent, EF 3.1), pas celles d'un concurrent. Chaque donnée secondaire doit être justifiée et l'organisme de vérification contrôlera la pertinence de la source.
Le DPP est le support numérique qui contient les informations du produit (dont la CFB). La CFB est le calcul d'empreinte carbone proprement dit. Le DPP est exigé dès février 2027, la CFB 18 mois après l'acte délégué qui en fixe la méthode, soit courant 2028 au plus tôt. Notre guide sur le passeport numérique en parle en détail.
Pour la déclaration d'empreinte carbone exigée par le règlement 2023/1542, le périmètre va de l'extraction des matières premières (lithium, cobalt, nickel, graphite) à la fin de vie et au recyclage, en passant par la fabrication et la distribution ; la phase d'utilisation est exclue (annexe II). Les matériaux recyclés évitent de produire des matériaux vierges et réduisent l'empreinte finale. Le résultat s'exprime en kgCO2e par kWh délivré sur la durée de vie de la batterie, ce qui avantage les batteries conçues pour durer.
Demandez en priorité la chimie exacte de la cellule (NMC, LFP ou NCA) avec la composition des matériaux actifs (cathode, anode, électrolyte, séparateur), le mix électrique de l'usine de fabrication et l'origine géographique des matériaux. Le mix électrique du pays de fabrication est le premier facteur d'impact : une cellule NMC811 varie de 27 kgCO2e/kWh en Norvège à 155 en Chine. Précisez les unités attendues (kWh par batterie, kgCO2e par kWh de cellule, parts en %) et adressez-vous au responsable technique de l'usine plutôt qu'au commercial. Comptez 8 à 12 semaines pour obtenir un jeu exploitable d'un fournisseur asiatique.
Comptez environ 6 mois pour une première déclaration d'empreinte carbone (CFB), plus 4 à 8 semaines de vérification par un organisme tiers. Le premier mois sert au cadrage et à l'envoi des questionnaires fournisseurs, les mois 2 à 4 à la collecte, qui constitue le chemin critique, et le mois 5 à la modélisation et aux analyses de sensibilité. Une ACV complète multi-indicateurs demande plutôt 8 à 12 mois. Pour un 2e produit sur la même chaîne de valeur, les délais sont divisés par 2 environ. Pour être prêt à temps, le projet doit démarrer au plus tard au second semestre 2026.
Non, pas pour les batteries industrielles rechargeables de plus de 2 kWh. Pour elles, le règlement 2023/1542 prévoit une montée en charge progressive, qui commence par le passeport numérique (DPP), exigé en février 2027. Viennent ensuite la déclaration d'empreinte carbone vérifiée par un tiers, 18 mois après l'acte délégué de méthode, soit courant 2028 au plus tôt, puis les classes de performance carbone (A, B, C). Le seuil maximal d'empreinte carbone arrive au plus tôt en février 2030 : au-delà, les batteries seront interdites de marché. Ce calendrier a déjà bougé et dépend des actes délégués, d'où l'intérêt de lancer la collecte de données dès maintenant.