Quelle est l'empreinte carbone
du numérique d'une entreprise ?

Quelle est l'empreinte carbone du numérique d'une entreprise ?

Par Guillaume Pakula · Publié le 19 mars 2026 · Mis à jour le 17 octobre 2026

L'empreinte carbone du numérique d'une entreprise vient surtout de la fabrication de ses équipements : un ordinateur portable émet environ 193 kgCO2e, dont 182 pour sa fabrication et son transport, selon l'ADEME. Dans le bilan, elle se répartit entre le parc, les serveurs, le cloud et les réseaux, et sa mesure dépend du référentiel choisi. Le nombre d'appareils, leur durée de vie et la région d'hébergement décident plus que les gestes d'usage.

Un ordinateur portable émet environ 193 kgCO2e sur son cycle de vie, dont 182 kgCO2e pour sa fabrication et son transport, avant même d'être allumé, selon l'outil Impact CO2 de l'ADEME. En France, où l'électricité est peu carbonée, son usage pèse peu : c'est le nombre d'appareils achetés, et la durée pendant laquelle on les garde, qui font l'essentiel de l'empreinte numérique d'une entreprise.

Le calculateur ci-dessus applique les facteurs de l'ADEME à un parc réel. Par défaut, il reprend le parc de l'entreprise de 100 salariés détaillée en fin d'article.

Que pèse le numérique dans l'empreinte d'une entreprise ?

À l'échelle du pays, le numérique représente 4,4 % de l'empreinte carbone de la France en 2022, soit 29,5 MtCO2e, selon la mise à jour de l'étude ADEME-Arcep publiée en janvier 2025. Les chiffres nationaux, leur évolution et leurs limites sont détaillés dans notre article sur les chiffres de la pollution numérique.

Les appareils et les centres de données font presque tout

L'étude de l'ADEME répartit cette empreinte en 3 postes : 50 % pour les terminaux, ordinateurs, écrans, téléphones et box, 46 % pour les centres de données et 4 % pour les réseaux. La fabrication, la distribution et la fin de vie des équipements en font 60 %, leur utilisation 40 %. L'étude estime aussi qu'environ 53 % des usages français sont hébergés dans des centres de données situés à l'étranger.

L'ADEME présente ses résultats comme conservateurs. L'étude ne compte pas les réseaux télécoms situés hors de France et n'actualise pas en détail les centres de données français. Elle ne tient pas compte non plus du développement de l'IA générative, dont l'impact environnemental est traité à part sur ce blog.

Pour une entreprise, tout dépend de son métier

Aucune moyenne publiée ne donne la part du numérique dans le bilan d'une entreprise type. Dans un cabinet de conseil, le parc de postes et d'écrans pèse peu face aux déplacements et aux achats. Chez un éditeur de logiciels ou une plateforme en ligne, l'hébergement et les serveurs peuvent devenir un poste majeur. Le classement des postes qui pèsent dans un bilan aide à situer le numérique parmi les autres.

Que faut-il compter, et dans quel poste du bilan ?

Le numérique d'une entreprise se répartit entre plusieurs postes du bilan. Le rattachement compte, parce qu'il évite les oublis et les doubles comptes entre la direction informatique et les achats :

L'image ci-dessous détaille, appareil par appareil, ce que pèse un poste de travail courant selon les facteurs de l'ADEME.

Compter les appareils plutôt que les euros

Un premier bilan applique souvent un facteur monétaire aux achats informatiques : des kilogrammes de CO2e par millier d'euros dépensés. La méthode est rapide, mais elle fait baisser l'empreinte quand les prix baissent et ne voit pas l'effet d'un parc gardé plus longtemps. Dès que l'inventaire existe, un facteur par appareil, tiré de la Base Empreinte de l'ADEME, donne un résultat plus juste, comme l'explique notre guide du scope 3.

Le même achat se compte de 2 façons

Le GHG Protocol demande de compter la fabrication d'un bien d'équipement en une seule fois, l'année de son achat, sans l'amortir, d'après l'encadré 5.3 de son standard scope 3. La méthode du bilan réglementaire du ministère de la Transition écologique recommande au contraire d'amortir les émissions selon les pratiques comptables de l'entreprise. Un renouvellement massif du parc crée donc un pic dans un bilan, et un plateau dans l'autre, comme le montre l'exemple construit ci-dessous.

Ce choix s'écrit dans le bilan et se tient d'une année sur l'autre. Il explique qu'un même parc donne des résultats différents selon qu'on suit le GHG Protocol ou la méthode Bilan Carbone®, et selon qu'on prépare un bilan réglementaire ou un reporting volontaire.

Comment compter le cloud et les centres de données ?

Avec le cloud, l'empreinte des serveurs passe du scope 2 au scope 3, et sa mesure dépend des données que l'hébergeur accepte de fournir.

Les tableaux de bord des hébergeurs

Les grands hébergeurs proposent des outils qui attribuent des émissions à chaque client. Google Cloud, par exemple, les calcule selon 2 méthodes, l'une fondée sur le réseau électrique local, l'autre sur ses achats d'électricité décarbonée. Il précise que ces données client ne sont ni vérifiées ni assurées par un tiers. Elles se traitent comme toute donnée fournisseur, avec les contrôles décrits dans notre article sur la vérification des données fournisseurs. Les centres de données consomment aussi de l'eau pour leur refroidissement, un sujet traité dans notre article sur l'eau de l'IA.

Avant d'intégrer ces chiffres, 4 questions à l'hébergeur évitent de mauvaises surprises :

Les serveurs installés sur site

Une salle serveurs dans les locaux de l'entreprise se compte comme une petite usine. Son électricité relève du scope 2, mesurée de préférence par un compteur dédié, climatisation comprise. Les recharges de fluides frigorigènes de cette climatisation relèvent du scope 1, et la fabrication des serveurs et des baies des immobilisations. Quand ces 3 lignes sont réunies, la comparaison avec une offre d'hébergement externe devient possible.

La région d'hébergement, premier facteur

L'électricité d'un centre de données n'a pas la même empreinte d'un pays à l'autre. Les données 2025 de Google Cloud donnent une intensité du réseau de 16 gCO2e par kWh pour sa région de Paris, contre 276 à Francfort et 499 à Varsovie. À équipement égal, la part électrique d'un service varie donc d'un facteur supérieur à 30 entre Paris et Varsovie, sans compter la fabrication des serveurs, qui reste la même.

Pour un hébergement en colocation ou un centre de données propre, une autre source existe. Depuis le 15 mai 2024, la directive européenne sur l'efficacité énergétique oblige les centres de données d'au moins 500 kW de puissance informatique à publier chaque année des informations sur leur énergie. L'entreprise peut les demander à son prestataire.

Avec le cloud, les émissions des serveurs quittent les scopes 1 et 2 de l'entreprise pour rejoindre son scope 3.

Quels leviers réduisent l'empreinte du numérique ?

Puisque la fabrication domine, les leviers efficaces portent sur le nombre d'appareils achetés et sur leur durée de vie, plus que sur les gestes du quotidien. L'étude de l'ADEME demande de continuer à allonger la durée de vie des équipements et à en réduire le nombre, mais aussi d'accentuer la sobriété des usages, face à l'essor de l'IA générative.

Garder les appareils plus longtemps

Avec les facteurs de l'ADEME, un ordinateur portable gardé 6 ans au lieu de 4 voit son empreinte annuelle baisser d'environ un tiers, puisque sa fabrication se répartit sur 2 années de plus. Le calcul vaut pour les écrans et les smartphones, dont l'usage pèse encore moins. Les smartphones sont les plus exposés : l'ADEME retient pour eux une durée de vie par défaut de 2 ans et demi, la plus courte du parc. Elle est de 5 ans pour un portable et de 6 ans pour un écran ou un ordinateur fixe. La politique de renouvellement du parc est donc le premier levier, et le droit à la réparation le facilite.

Acheter reconditionné

L'étude de l'ADEME sur les produits reconditionnés, publiée en septembre 2022, chiffre l'impact annuel évité par un ordinateur portable reconditionné entre 43 et 97 % par rapport à un neuf. Pour un smartphone, l'écart va de 64 à 87 %. L'écart dépend des pièces changées et de la durée de la 2e vie. L'ADEME recommande de reconditionner à la fin de la 1re vie, vers 4 ou 5 ans pour un PC, puis de garder l'appareil le plus longtemps possible.

Les critères d'achat aident à tenir ces durées. Depuis le 20 juin 2025, l'étiquette énergétique européenne des smartphones et des tablettes affiche aussi une classe de réparabilité et une note de résistance aux chutes, qu'un appel d'offres peut exiger. Les règles d'écoconception à venir sont suivies dans notre article sur le calendrier de l'ESPR.

Réemployer en interne avant de remplacer

Un appareil retiré d'un poste exigeant convient souvent à un usage plus léger. Redistribuer les portables des profils techniques vers les fonctions bureautiques, garder un stock de machines de prêt réparées en interne, céder les appareils à un reconditionneur plutôt qu'au recyclage : chaque étape repousse un achat neuf. Elles supposent un inventaire tenu à jour et une politique écrite, qui fixe la durée de vie visée par catégorie d'équipement.

Choisir l'hébergement et réduire les usages lourds

Les autres leviers viennent ensuite :

Les gestes propres à l'IA sont classés dans notre article sur la réduction de l'impact de l'IA, et ses ordres de grandeur dans celui sur sa consommation électrique. Pour un site web, la méthode est dans notre guide sur l'empreinte d'un site internet.

Comment collecter les données du numérique ?

La collecte du poste numérique tient en quelques sources, que la direction informatique possède souvent déjà. Elle gagne à se faire en même temps que celle du reste du bilan, pour éviter les doubles comptes avec les achats :

Un exemple fixe les ordres de grandeur. Prenons une entreprise de 100 salariés équipés chacun d'un ordinateur portable et d'un écran, avec 60 smartphones professionnels. Avec les durées de vie par défaut de l'ADEME, 5 ans pour un portable, 6 ans pour un écran et 2 ans et demi pour un smartphone, ce parc émet environ 7 tCO2e par an. Les portables en font la moitié, et les smartphones, vite remplacés, plus d'un quart. Le calculateur d'ouverture permet de tester d'autres durées.

Les erreurs qui reviennent sont connues : un parc compté sans les écrans ni les smartphones, ou un hébergement compté 2 fois, dans les achats et dans le poste informatique. Une autre consiste à appliquer un facteur monétaire aux abonnements cloud alors que l'hébergeur fournit une donnée physique. Notre liste des pièges d'un premier bilan en recense d'autres, et le choix d'un logiciel de Bilan Carbone® ou d'un accompagnement dépend souvent de la complexité de ce poste.

Pour nous, au Projet Celsius, le poste numérique se traite comme un poste d'achats avant d'être un sujet d'usages : combien d'appareils, gardés combien de temps, hébergés où. Ces 3 questions se posent en une réunion avec la direction informatique, et leurs réponses suffisent à chiffrer l'essentiel. Dans nos missions de Bilan Carbone®, nous partons de l'inventaire du parc et des factures d'hébergement, et le poste rejoint ensuite le plan de réduction de l'entreprise, puis son plan de transition.

Ce qu'il faut retenir

Pour les chiffres nationaux, voir les chiffres de la pollution numérique, et pour l'intelligence artificielle, son impact environnemental.

Quelle est l'empreinte carbone d'un ordinateur portable ?

Environ 193 kgCO2e sur l'ensemble de son cycle de vie, selon l'outil Impact CO2 de l'ADEME, dont 182 pour sa fabrication et son transport. Son usage pèse environ 1,5 kgCO2e par an en France. Le garder 6 ans au lieu de 4 réduit donc son empreinte annuelle d'environ un tiers.

Comment intégrer le numérique dans un Bilan Carbone® ?

On compte la fabrication des équipements achetés en immobilisation, l'électricité des serveurs sur site au scope 2, leurs fuites de fluides au scope 1, et le cloud comme un service acheté au scope 3. Les données viennent de l'inventaire du parc, du registre des immobilisations et des tableaux de bord des hébergeurs.

Faut-il amortir les émissions des ordinateurs dans le bilan ?

Cela dépend du référentiel. Le GHG Protocol demande de compter toute la fabrication l'année de l'achat, sans amortissement. La méthode réglementaire française recommande d'amortir les émissions selon les pratiques comptables de l'entreprise. Le choix s'écrit dans le bilan et se garde d'une année sur l'autre.

Le cloud réduit-il l'empreinte carbone d'une entreprise ?

Pas automatiquement : il déplace les émissions des serveurs du scope 2 vers le scope 3. Le résultat dépend surtout de la région d'hébergement. Selon les données 2025 de Google Cloud, l'électricité du réseau émet 16 gCO2e par kWh en région parisienne contre 276 à Francfort, sans compter la fabrication des serveurs.

Un ordinateur reconditionné émet-il vraiment moins ?

Oui, selon l'ADEME : un ordinateur portable reconditionné évite entre 43 et 97 % de l'impact annuel d'un neuf, selon les pièces changées et la durée de sa 2e vie. L'agence recommande de reconditionner à la fin de la 1re vie, vers 4 ou 5 ans, et de garder ensuite l'appareil le plus longtemps possible.

Les gestes d'usage comptent-ils dans l'empreinte numérique ?

Peu, en France. L'électricité y est peu carbonée et la fabrication domine l'empreinte des appareils : 182 des 193 kgCO2e d'un ordinateur portable, selon l'ADEME. Éteindre les écrans ou alléger les courriels reste utile, mais le nombre d'appareils, leur durée de vie et le lieu d'hébergement pèsent beaucoup plus.