Bilan Carbone® : comment faire ?
Le guide pour débuter, en 5 points

Bilan Carbone® : comment faire ? Le guide pour débuter, en 5 points

Par Guillaume Pakula · Publié le 13 avril 2026 · Mis à jour le 2 novembre 2026

Faire un Bilan Carbone®, c'est compter sur un an les émissions de gaz à effet de serre dont une organisation dépend, en multipliant chaque donnée d'activité par un facteur d'émission, puis bâtir son plan de transition. C'est un outil d'aide à la décision, ni un outil de quantification ni un outil punitif : il montre où sont les tonnes, pour savoir où agir. Un premier bilan se mène au niveau Initial, seul, formé ou accompagné.

Un Bilan Carbone® compte, sur une année, les émissions de gaz à effet de serre d'une organisation : les siennes, et celles des flux dont son activité dépend, de l'achat des matières à la fin de vie des produits vendus. Créée en 2004 pour l'ADEME, la méthode appartient depuis 2011 à l'Association pour la transition Bas Carbone (ABC), et son guide méthodologique est en version 9 depuis juillet 2024.

Le résultat n'a pas besoin d'être exact à la tonne près : il doit montrer les postes qui pèsent. Son guide le dit : avec cette méthode, « on ne mesure pas la responsabilité d'une organisation quant au réchauffement climatique, on identifie son potentiel d'action ». Les 5 points qui suivent vont des notions à connaître jusqu'au choix entre le faire seul, se former ou se faire accompagner.

Quelles notions connaître avant un Bilan Carbone® ?

Un outil d'aide à la décision

Le Bilan Carbone® est un outil d'aide à la décision. Il ne sert ni à produire un chiffre exact à la décimale, ni à noter l'organisation : il range ses émissions par poste pour montrer lesquelles réduire en premier. La loi sanctionne d'ailleurs l'absence de bilan, quand il est obligatoire, jamais un bilan élevé. Un bilan se compare d'abord à lui-même, d'une année sur l'autre, plutôt qu'à celui d'une entreprise d'une autre activité, qui n'a ni le même périmètre ni les mêmes choix de calcul.

Les 6 notions à connaître

6 notions suffisent pour lire un Bilan Carbone® et en discuter avec un cabinet, un logiciel ou une direction :

Bilan Carbone®, BEGES, GHG Protocol : qui fixe quoi ?

Le Bilan Carbone® est une méthode volontaire, et une marque de l'ABC. Le bilan GES réglementaire, souvent appelé BEGES, est l'obligation de l'article L229-25 du code de l'environnement : il vise les entreprises de plus de 500 salariés (250 en outre-mer), tous les 4 ans, et les grandes structures publiques, tous les 3 ans. La formule que nous répétons en formation résume le partage des rôles : la loi dit qu'il faut déclarer, la méthode dit comment.

2 référentiels internationaux font foi. La norme ISO 14064-1 sert de base à une vérification par un tiers. Le GHG Protocol, dont le standard des entreprises date de 2004, range les émissions en 3 scopes, et c'est lui que suivent la CSRD et les grands questionnaires d'investisseurs. Le calcul est le même partout, et un Bilan Carbone® se restitue dans chacun de ces formats : il répond au BEGES dès son niveau Initial. Les différences sont dans notre comparatif du GHG Protocol et du Bilan Carbone®, et l'obligation dans notre guide du BEGES.

La loi sanctionne l'absence de bilan, jamais un bilan élevé.

Que compte un Bilan Carbone® ?

Un Bilan Carbone® compte les émissions induites par l'activité, directes et indirectes, en amont comme en aval. Il va donc bien au-delà de la chaudière et des voitures de l'entreprise : les matières achetées, le transport des marchandises, les déplacements des salariés et l'usage des produits vendus y entrent aussi.

Les émissions dont l'activité dépend

Un test simple décide de ce qui entre : si ce flux disparaissait, l'activité resterait-elle la même ? Si la réponse est non, le flux est dans le bilan, même quand une autre entreprise l'émet. Le guide pousse la logique jusqu'à l'aval : un constructeur automobile compte le carburant que brûleront ses voitures vendues, sur toute leur durée de vie.

Le Bilan Carbone® compte 7 gaz obligatoires, du CO2 au trifluorure d'azote, et les traînées de condensation des avions par défaut. Les émissions évitées chez des tiers et le carbone séquestré se déclarent à part et ne se déduisent jamais du total : un Bilan Carbone® ne peut pas afficher une neutralité carbone. L'empreinte d'un produit relève d'une autre démarche, l'analyse de cycle de vie.

Les 10 postes et le bilan GES

Les émissions se rangent dans 10 postes et 48 sous-postes, et chaque émission va dans un seul sous-poste. Les postes suivent les grands flux de l'organisation : ce qui entre, ce qui se passe sur ses sites et ses trajets, ce que deviennent ses produits. Selon le guide, ils « apportent une vision claire des domaines sur lesquels il est prioritaire d'agir ».

Le même calcul se restitue dans les autres formats, grâce aux tableaux de correspondance du guide. Les catégories 3 à 6 du bilan GES couvrent ce que le GHG Protocol appelle le scope 3 :

Ce que pèsent les postes dans une PME

Dans un vrai bilan, les postes sont loin de peser le même poids. Notre analyse des bilans de 1 938 PME publiés sur la plateforme de l'ADEME avec le Diag Décarbon'Action le montre :

Un bilan qui s'arrêterait à la chaudière et aux véhicules passerait donc à côté de l'essentiel dans la plupart des PME. Le détail par secteur et par taille d'entreprise est dans notre analyse des bilans de 1 938 PME.

Comment calcule-t-on les émissions ?

Toute la comptabilité tient en une seule règle, que le guide écrit ainsi : « Émission d'une source = Donnée d'activité x facteur d'émission = résultat ± incertitude ». Les unités doivent s'annuler : des kWh avec un facteur par kWh, des tonnes avec un facteur par tonne. Une facture en MWh lue comme des kWh suffit à fausser le résultat d'un facteur 1 000.

La donnée d'activité

La donnée d'activité est ce que l'organisation consomme ou fait : des kWh sur les factures, des litres de gazole, des kilomètres parcourus, des tonnes achetées, des euros de l'export comptable. La meilleure est la plus proche de l'émission. Pour le bois d'un fabricant de meubles, des tonnes par essence et par origine valent mieux qu'un nombre de chaises multiplié par leur poids, qui vaut mieux qu'un montant en euros.

Le facteur d'émission

En France, la base de référence de la méthode est la Base Empreinte de l'ADEME, gratuite, issue de la fusion de la Base Carbone® et de la Base Impact®. La plupart des facteurs y portent une incertitude, de 5 % pour le gaz naturel à 80 % pour les ratios monétaires. Le gaz y a 2 facteurs, selon l'unité : 0,215 kgCO2e par kWh PCS, celle des factures, et 0,239 par kWh PCI.

Le choix du facteur change parfois tout. Un trajet de 1 000 km en avion court-courrier pèse 225 kgCO2e par passager, traînées comprises ; le même trajet en TGV, 2,9 kgCO2e, plus de 70 fois moins. Les facteurs du train, et ce qu'ils comptent, sont détaillés dans notre article sur le TGV.

Les achats comptés en euros

Quand la quantité manque, la méthode admet un ratio monétaire : des kgCO2e par millier d'euros dépensés, par grande famille d'achats. L'ADEME en publie 56, établis pour 2022, et tous portent 80 % d'incertitude. Leur avantage est réel : l'export comptable suffit à estimer d'un coup tous les achats, y compris les usages numériques.

À dépense égale, ce qu'on achète fait varier les émissions de plus de 40 fois, de 29 kgCO2e pour 1 000 € de services immobiliers à 1 267 kgCO2e pour des produits agricoles. Les euros servent donc à trouver les gros postes. Ils ne mesurent pas les progrès : payer moins cher le même produit ferait baisser les émissions sur le papier, sans rien changer dans le réel. Une fois repérés, les 2 ou 3 achats qui pèsent passent en quantités, avec l'aide des données des fournisseurs.

Une incertitude assumée

La version 9 demande d'estimer l'incertitude poste par poste et de l'afficher sur le profil d'émission. La FAQ du guide en donne la raison : l'incertitude globale « ne suffit pas pour un bon passage à l'action », quand le détail par poste permet de « prioriser les actions les plus impactantes ». Un plan d'action a besoin d'ordres de grandeur, pas de décimales : un bilan juste à 30 % près suffit à voir qu'un poste pèse 5 fois plus qu'un autre. Le guide demande d'ailleurs une analyse détaillée des 3 postes les plus importants du bilan.

Comment s'y prendre, étape par étape ?

La démarche Bilan Carbone® compte 7 étapes, et le calcul n'en est qu'une : les 2 premières se tiennent avant toute collecte. Seule la dernière, l'évaluation, est facultative.

Les 4 décisions du cadrage

4 décisions se prennent avant de demander la moindre facture :

Chaque poste a son détenteur de données : les factures d'énergie aux services généraux, l'export comptable à la comptabilité, l'enquête domicile-travail aux ressources humaines. Un correspondant désigné dans chaque service accélère la collecte. Dans l'export comptable, il faut repérer dès le départ les 2 ou 3 familles d'achats qui pèsent, pour leur demander des quantités.

Le plan de transition, au centre

Le plan de transition est l'étape 5, et il fait partie du Bilan Carbone® : des objectifs de réduction, des actions détaillées et chiffrées, une trajectoire et des indicateurs de suivi. L'ABC le dit dans sa FAQ : le Bilan Carbone® « dépasse la comptabilisation des émissions pour guider vers la construction de son plan de transition ». Les leviers de réduction poste par poste sont dans notre guide pour réduire ses émissions.

Un Bilan Carbone® sans plan de transition ne respecte pas la méthode, même si le calcul est juste.

Initial, Standard ou Avancé

Le niveau se choisit au cadrage. Le niveau Initial convient à un premier bilan, à une petite structure, à un bilan GES réglementaire ou à un Diag Décarbon'Action. Le niveau Standard correspond au Bilan Carbone® tel qu'il s'est toujours fait. Le niveau Avancé couvre, selon le guide, la majeure partie de l'ESRS E1, la norme climat de la CSRD. Son tableau de correspondance avec la CSRD date d'octobre 2024, avant la révision des normes présentée dans les ESRS révisés.

Pour un premier bilan, nous conseillons le niveau Initial. L'organisation peut aussi viser directement le niveau qui correspond à ses objectifs, mais elle doit progresser à chaque renouvellement, même sans changer de niveau. Le rythme des renouvellements est traité dans notre article sur la fréquence des bilans.

Combien de temps compter

Selon notre expérience, la collecte prend 1 à 6 mois, sur une démarche de 4 à 9 mois au total, et le calcul est la partie rapide. L'écart tient surtout à l'état des données : une PME d'un seul site, dont la comptabilité classe bien les achats, avance plus vite qu'une organisation de plusieurs sites. Les écueils les plus courants d'un premier bilan sont rassemblés dans nos réponses aux questions fréquentes.

Comment commencer : seul, formé ou accompagné ?

3 voies mènent à un premier bilan, et elles se combinent :

Seul, avec les outils gratuits

Une entreprise peut mesurer ses émissions sans prestataire et sans formation. La Base Empreinte de l'ADEME fournit gratuitement les facteurs d'émission, et la méthode du ministère décrit le bilan réglementaire. Le bilan obtenu est valable, mais il ne porte pas le nom Bilan Carbone®, qui demande une formation. Notre guide pour faire son bilan soi-même détaille ces outils et ce que ce choix coûte en temps.

Formé, avec la formation de l'ABC

« Une formation est requise pour appliquer la méthode Bilan Carbone® », écrit l'ABC. 5 organismes sont habilités à la dispenser, au même prix public de 1 300 € HT par module, avec 7 à 14 heures en ligne puis 1 jour avec un formateur. Le module Initiation suffit pour mener le bilan de sa propre structure. Les outils à jour, le tableur et la plateforme Bilan Carbone+, passent en plus par l'adhésion à l'ABC.

La formation se finance comme toute formation professionnelle : par l'employeur, par l'OPCO de la branche pour les entreprises de moins de 50 salariés, et par le CPF pour le seul parcours certifiant, avec des droits plafonnés à 1 500 €. Le choix de l'organisme et du financement est détaillé dans notre guide de la formation Bilan Carbone®. Nous participons à l'animation de formations Bilan Carbone® avec l'IFC.D, l'un de ces organismes.

Accompagné, par un cabinet

Un cabinet mène le cadrage, aide à la collecte, calcule, contrôle et restitue, et l'équipe fournit les données. Pour une PME, Mission Transition Écologique annonce environ 10 000 € pour un bilan complet avec un cabinet de conseil. Une PME éligible au Diag Décarbon'Action n'en paie que 6 000 € HT, après une subvention de 40 %. Les repères pour comparer 2 devis sont dans notre article sur le prix d'un Bilan Carbone®, et ceux pour choisir un prestataire dans notre guide pour choisir un cabinet.

Le nom garantit une méthode appliquée par des personnes formées, avec des outils à jour. Un Bilan Carbone® ne se certifie pas : il peut s'évaluer, en 7e étape et sur la base du volontariat, par une équipe indépendante habilitée, dans le dispositif monté par l'ABC avec AFNOR Certification et l'Ordre des experts-comptables. La vérification d'un bilan par un tiers hors de ce dispositif est une autre démarche.

5 vérifications avant de croire un résultat

Un fichier de calcul se relit avec 5 questions, qu'il vienne d'un cabinet, d'un logiciel ou d'une IA :

Que recommandons-nous pour un premier Bilan Carbone® ?

Pour nous, au Projet Celsius, un premier Bilan Carbone® sert à décider plutôt qu'à compter. Nous conseillons de viser le niveau Initial, de repérer dans l'export comptable les 2 ou 3 familles d'achats qui pèsent, puis de les mesurer en tonnes plutôt qu'en euros. Nous conseillons aussi de former la personne qui pilotera la collecte, même quand un cabinet mène le bilan : c'est elle qui le mettra à jour l'année suivante.

Nous réalisons des Bilans Carbone®, nous accompagnons les équipes qui le mènent elles-mêmes et, dans un premier temps, nous pouvons simplement expliquer la démarche à partir des données de l'organisation. Notre accompagnement Bilan Carbone® décrit ce travail, et un premier échange suffit pour situer le point de départ.

Ce qu'il faut retenir

Pour calculer le poste le plus lourd de la plupart des organisations, voir le guide du scope 3, et pour situer un résultat, les ordres de grandeur du carbone.

Questions fréquemment posées

Comment faire un Bilan Carbone® ?

En 7 étapes selon la méthode de l'ABC : cadrer la démarche, définir le périmètre, mobiliser les équipes, comptabiliser les émissions, établir le plan de transition, restituer, puis, si on le souhaite, faire évaluer le bilan. Le calcul multiplie chaque donnée d'activité par un facteur d'émission. La collecte des données est l'étape la plus longue, et un premier bilan se mène au niveau Initial.

Quelle différence entre un Bilan Carbone® et un bilan GES ?

Le bilan GES réglementaire, ou BEGES, est une obligation du code de l'environnement pour les entreprises de plus de 500 salariés et les grandes structures publiques. Le Bilan Carbone® est une méthode volontaire, et une marque de l'Association pour la transition Bas Carbone (ABC), plus complète, qui répond au BEGES dès son niveau Initial. Le calcul est le même : une donnée d'activité multipliée par un facteur d'émission.

Peut-on faire son Bilan Carbone® seul ?

Oui pour mesurer ses émissions : aucune loi n'impose de prestataire ni de formation, et la Base Empreinte de l'ADEME fournit gratuitement les facteurs d'émission. Pour appliquer la méthode Bilan Carbone® et en porter le nom, l'ABC exige en revanche une formation chez l'un de ses 5 organismes habilités, et ses outils à jour passent par l'adhésion à l'association.

Combien de temps prend un premier Bilan Carbone® ?

Selon notre expérience, la collecte des données prend de 1 à 6 mois, sur une démarche de 4 à 9 mois au total, plan de transition compris. L'écart tient surtout à l'état des données et au nombre de sites. Le calcul lui-même est la partie rapide. Le Diag Décarbon'Action de Bpifrance et de l'ADEME prévoit 12 jours d'intervention d'un expert sur 10 mois au plus.

Faut-il une formation pour faire un Bilan Carbone® ?

Pour appliquer la méthode Bilan Carbone®, oui : l'ABC exige qu'au moins une personne de l'équipe qui mène le bilan, dans l'organisation ou chez son cabinet, soit formée chez l'un de ses 5 organismes habilités, au prix public de 1 300 € HT par module. Le module Initiation suffit pour le bilan de sa propre structure. Un bilan réglementaire selon la méthode du ministère, ou selon le GHG Protocol, ne demande aucune habilitation.

Que veut dire « outil d'aide à la décision » ?

Que le Bilan Carbone® sert à choisir où agir, et non à produire un chiffre exact ou à juger l'organisation. Il range les émissions par poste, avec leur incertitude, pour montrer lesquelles réduire en premier : un bilan juste à 30 % près suffit à voir qu'un poste pèse 5 fois plus qu'un autre. Il se compare d'abord à lui-même, d'une année sur l'autre.