GHG Protocol ou Bilan Carbone®, lequel coûte le moins cher ?

GHG Protocol ou Bilan Carbone®, lequel coûte le moins cher ?

Les deux noms circulent dans les mêmes appels d'offres, et on imagine volontiers que l'un serait plus simple, donc moins coûteux. Réponse courte : il n'y a pas d'écart de prix entre Bilan Carbone® et GHG Protocol pour 99 % des missions - même norme ISO 14064-1, même collecte, mêmes facteurs d'émission. Réponse longue : l'écart de facture, quand il existe, se joue sur quatre variables concrètes. On les détaille ici, avec l'astuce de pilotage qui permet d'obtenir les deux formats au prix d'un.

Pourquoi il n'y a pas de différence de prix

Sur le papier, Bilan Carbone® et GHG Protocol semblent deux méthodes concurrentes. Dans la réalité technique, ce sont deux formats de rapport pour exactement le même travail de collecte et de calcul.

Les deux appliquent la norme internationale ISO 14064-1, utilisent les mêmes gaz à effet de serre (les six du Protocole de Kyoto plus le NF₃), découpent les émissions selon les mêmes scopes 1, 2 et 3, et s'appuient sur les mêmes bases de facteurs d'émission - principalement la Base Empreinte ADEME pour les données françaises. La phase de collecte représente 60 à 70 % du coût d'une mission, et elle est rigoureusement identique quel que soit le format de sortie choisi.

Ce qui diffère, c'est la structure du rapport final. Le Bilan Carbone® organise les émissions en 11 postes métier (énergie, achats, fret, déplacements, etc.). Le GHG Protocol les organise en 15 catégories amont-aval standardisées (biens et services achetés, transport amont, utilisation des produits vendus, fin de vie). Depuis la V9 du Bilan Carbone® publiée en juillet 2024 par l'Association Bilan Carbone®, la correspondance entre les deux est directe : quelques heures de mise en forme, pas un doublement de mission.

En clair : demander un bilan en GHG Protocol à un cabinet qui travaille habituellement en Bilan Carbone® ne doit pas modifier votre devis. Si ça le modifie, il y a un malentendu à lever avec le prestataire.

Ce qui fait vraiment varier le prix

Si deux devis affichent des prix très différents, l'écart ne vient jamais du choix de méthode. Il vient de quatre variables concrètes.

La taille et la complexité de l'entreprise. Une PME mono-site avec 30 salariés et une activité de services coûte 8 000 à 12 000 € HT. Une ETI multi-sites avec 400 salariés et une supply chain internationale coûte 25 000 à 50 000 € HT. Le rapport de prix est de 1 à 5, sans rapport avec la méthode choisie - il tient au volume de données à traiter et au nombre d'interlocuteurs à mobiliser.

La profondeur du scope 3. Le scope 3 représente en moyenne 88 % des émissions d'une entreprise, mais on peut le traiter à différents niveaux de granularité. Entre un scope 3 en ratios monétaires basiques et un scope 3 en données physiques avec facteurs d'émission sectoriels précis, le prix varie de 30 à 60 %. C'est le principal facteur d'écart entre devis, bien plus que le choix de la méthode - la question est obligatoire ou pas, mais aussi et surtout à quel niveau.

Le profil du prestataire. Un cabinet indépendant certifié ABC facture 11 000 à 15 000 € HT pour une mission PME classique. Un grand cabinet parisien facture 25 000 à 40 000 € HT pour la même mission. Les plateformes en libre-service facturent moins mais déportent une grande partie de la charge sur l'équipe interne. Le choix du prestataire pèse plus sur la facture que le choix méthodologique.

Les livrables annexes. Un bilan seul, sans plan d'action ni restitution au comex, coûte moins cher qu'une mission complète avec feuille de route chiffrée, accompagnement SBTi et présentation stratégique. Attention aux devis qui semblent bas : ils excluent souvent le plan d'action, qui est la partie qui rend le bilan utile. On développe ce point dans notre guide des leviers pour réduire le coût d'un Bilan Carbone®.

Anecdote du terrain : on a audité récemment deux devis pour une PME de 80 salariés. Le premier, étiqueté "GHG Protocol", demandait 28 000 € HT - le cabinet facturait la méthode comme un livrable à part entière, avec un supplément "expertise internationale". Le second, étiqueté "Bilan Carbone®", était à 13 500 € HT pour exactement le même scope. Même norme ISO, mêmes facteurs ADEME, mêmes entretiens, mais un logo en couverture qui justifiait un doublement du devis. Ce genre de surfacturation par confusion existe encore, surtout en direction des PME qui découvrent le sujet.

Quand choisir l'un plutôt que l'autre

Puisque les deux coûtent la même chose, la question se pose uniquement sur le format de sortie qui parle le mieux à vos interlocuteurs.

Privilégier le Bilan Carbone® si vous êtes une entreprise française avec un BEGES réglementaire à déposer sur la plateforme ADEME, si vous prévoyez de demander un Diag Décarbon'Action (qui exige la méthode Bilan Carbone® et un cabinet certifié ABC), si vos donneurs d'ordre sont français, ou si votre direction raisonne en postes d'activité.

Privilégier le GHG Protocol si vous publiez un rapport CSRD/ESRS E1 (le standard climat européen de reporting extra-financier) avec un angle international, si vous répondez à un questionnaire investisseur CDP (Carbon Disclosure Project, référence mondiale des investisseurs), si vous construisez une trajectoire SBTi (cadre mondial pour aligner les objectifs de réduction sur l'Accord de Paris), si votre maison-mère est étrangère, ou si vos donneurs d'ordre internationaux parlent la langue des 15 catégories.

Le bon réflexe est de demander les deux formats dans la même mission. Pour un cabinet sérieux, livrer un rapport Bilan Carbone® ADEME plus une note GHG Protocol convertie n'est pas une mission double : c'est quelques heures de mise en forme. Si un prestataire refuse, il y a quelque chose à creuser.

Le piège à éviter

Le piège le plus courant dans les appels d'offres, c'est de comparer des devis "GHG Protocol" et "Bilan Carbone®" comme s'ils représentaient des missions différentes. Ils ne le sont pas. Ce qui différencie vraiment les propositions tient en cinq lignes :

C'est sur ces cinq axes qu'il faut comparer deux devis, pas sur le logo méthodologique en haut du document.

Ce qu'il faut trancher quand deux devis arrivent

Quand vous recevez deux devis, un "GHG Protocol" et un "Bilan Carbone®", ne comparez pas les méthodes : comparez les profondeurs de scope 3, les jours de consultant, la présence du plan d'action et le profil du cabinet. L'écart de prix que vous verrez, 9 fois sur 10, ne vient pas du logo en couverture. Et le bon prestataire vous livrera les deux formats dans une seule mission, parce que c'est techniquement la même chose.

La question n'est donc plus "lequel coûte moins cher" mais "à quoi va servir le rapport" : conformité française, dossier CSRD, trajectoire SBTi, réponse donneur d'ordre. La bonne méthode, c'est celle qui colle à l'usage - avec le même budget et la même collecte derrière.