Scope 3 : qu'est-ce que c'est, comment le calculer (et comment le financer)

Scope 3 : qu'est-ce que c'est, comment le calculer (et comment le financer)

Par Alexandre Veilly · Publié le 14 avril 2026 · Mis à jour le 27 juillet 2026

Le scope 3 couvre les émissions indirectes de votre chaîne de valeur - achats, transport amont, déplacements, usage des produits vendus. Il représente en moyenne 88 % de l'empreinte d'une entreprise, mais 3 ou 4 catégories sur 15 suffisent à en expliquer l'essentiel. Le Diag Décarbon'Action finance 40 % d'un premier Bilan Carbone® intégrant le scope 3.

« Le scope 3, est-ce vraiment indispensable ? » La question revient souvent, surtout quand un dirigeant cherche à raccourcir la mission. Sur le plan réglementaire, tout dépend de votre statut. Pour qui fait un Bilan Carbone® dans le but de décarboner, la réponse est oui, parce que c'est là que se trouve l'essentiel des émissions.

Un Bilan Carbone® sans scope 3 laisse de côté la plus grande partie des émissions, et avec elles les leviers de décarbonation les plus puissants : achats, transport, déplacements, fin de vie. L'État a d'ailleurs élargi son propre regard : le décret SNBC 3 du 16 juillet 2026 fixe des objectifs indicatifs sur l'empreinte carbone de la France, émissions importées comprises.

Scope 3, c'est quoi au juste ?

Le Bilan Carbone® range vos émissions en 3 tiroirs, les scopes. Le scope 1 regroupe les émissions que vous produisez vous-même, sur place : la chaudière à gaz, les véhicules de la flotte, les fluides frigorigènes qui fuient. Le scope 2 couvre l'énergie que vous achetez à quelqu'un d'autre, principalement l'électricité et le chauffage urbain. Le scope 3 comprend tout le reste : ce que vous achetez, ce que vous transportez, la façon dont vos salariés viennent au bureau, ce que deviennent vos produits une fois vendus. Bref, toute votre chaîne de valeur.

Le scope 3 concentre l'attention parce qu'il représente en moyenne 88 % des émissions totales d'une entreprise. Les scopes 1 et 2 (la chaudière, la flotte, l'électricité) sont les plus visibles et les plus faciles à mesurer, mais ils restent minoritaires dans presque tous les secteurs.

Les 15 catégories du scope 3

Le GHG Protocol, le référentiel international, découpe le scope 3 en 15 catégories, mais dans la plupart des entreprises, 3 ou 4 d'entre elles expliquent 80 % du total. Elles se rangent en 2 familles : l'amont (ce que vous consommez pour faire tourner l'entreprise) et l'aval (ce qui se passe une fois que votre produit ou service a quitté vos locaux).

Les 8 catégories amont (ce que vous consommez)

Les catégories amont couvrent tout ce qui entre dans votre entreprise - des matières premières aux trajets de vos salariés. Ce sont généralement les catégories qui pèsent le plus lourd dans le bilan, et celles sur lesquelles vous avez le plus de leviers directs.

Les 7 catégories aval (ce que vous vendez)

Les catégories aval couvrent ce qui se passe après que votre produit ou service a quitté vos mains. Pour certains secteurs, elles écrasent tout le reste du bilan.

Sur les 15 catégories, 3 ou 4 expliquent en général 80 % du total : c'est sur elles que se concentrent la collecte de données et le plan d'action.

Combien pèse le scope 3 selon votre secteur

Le poids du scope 3 varie d'un facteur 5 selon le secteur, et la répartition ressemble rarement à ce qu'on imagine. Dans les services financiers, il atteint 99,98 % du bilan, parce que les émissions financées écrasent tout. Dans le commerce et la distribution, il pèse 85 à 95 % (les achats de marchandises dominent), et 70 à 90 % dans l'industrie manufacturière selon la complexité de la chaîne. Dans la santé, il approche 84 %, les achats de médicaments et de dispositifs médicaux pesant très lourd. Dans la tech, il représente 70 à 85 % (serveurs, équipements, déplacements). Dans le ciment ou la sidérurgie, parmi les secteurs les plus intensifs en émissions directes, il descend à 16-20 %, tout en restant énorme en valeur absolue.

Dans tous les cas, le scope 3 reste le périmètre des leviers stratégiques. Même quand il ne pèse que 50 % du bilan, c'est là que se jouent les choix structurants : fournisseurs, conception des produits, modèle de distribution. Les scopes 1 et 2 relèvent de l'optimisation opérationnelle (passer aux LED, changer de chaudière, rénover un bâtiment), le scope 3 de la stratégie d'entreprise. Mesurer son scope 3 fait d'ailleurs gagner du temps : on cesse de s'épuiser sur des leviers à 2 % pour travailler là où se trouvent les volumes.

Comment calculer un scope 3 sans y passer 6 mois

Pour commencer, pas besoin de tout savoir : personne ne calcule son scope 3 fournisseur par fournisseur la première année. 3 méthodes existent, de la plus rapide à la plus précise, et on les combine.

L'approche monétaire : la rampe d'accès

On prend les dépenses par catégorie d'achat dans votre comptabilité analytique et on leur applique les ratios de la Base Empreinte ADEME, en kgCO2e par k€ dépensé : 200 k€ de prestations IT donnent directement un ordre de grandeur. La méthode est rapide et suffit pour identifier les postes majeurs et lancer un plan d'action. Attention aux versions : les ratios ont été recalibrés en mars 2025 avec le modèle MRIO FIGARO. Pour la pharmacie par exemple, le facteur est passé de 1 600 à 603 kgCO2e/k€, et un bilan fait avec les anciens ratios peut surestimer certains postes d'un facteur 2,5. Vérifiez que votre prestataire utilise les facteurs à jour.

L'approche hybride : celle qu'on recommande

C'est l'approche qui donne les meilleurs résultats pour piloter : ratios monétaires sur le gros des achats, données physiques sur les 3 à 5 postes qui pèsent le plus. Si vos achats de matières premières représentent 40 % du bilan, il vaut la peine de demander au fournisseur principal son empreinte par tonne. Si les déplacements sont un poste majeur, une enquête mobilité interne sera plus fiable qu'un ratio sectoriel. Le but est d'atteindre la granularité qui permet de choisir les bons leviers, sans viser une précision parfaite. C'est l'approche que nous utilisons dans la majorité de nos missions.

Les données fournisseurs, pour plus tard

Demander à chaque fournisseur significatif son bilan carbone précis : c'est l'idéal pour un suivi année après année et pour s'engager sur une trajectoire SBTi. En pratique, la plupart des fournisseurs n'ont pas encore fait leur propre Bilan Carbone®. Les données qu'ils transmettent sont parfois moins fiables qu'un bon ratio sectoriel. L'engagement fournisseurs est un travail de 12 à 24 mois - il fait partie de la stratégie de réduction, pas de la première mesure. Ne bloquez pas votre premier bilan en attendant des données qui n'existent pas encore.

Par où commencer, et avec quelles aides

Le Diag Décarbon'Action, encore largement sous-utilisé, finance 40 % d'un premier Bilan Carbone®. Porté par l'ADEME et Bpifrance, il est ouvert aux entreprises de moins de 500 salariés qui ont au moins 1 an d'activité et n'ont pas réalisé de bilan GES dans les 5 dernières années. Il comprend un Bilan Carbone® complet (scopes 1, 2 et 3) et un plan d'action chiffré et priorisé, mené par un cabinet labellisé ABC. La prestation coûte 10 000 € HT, dont 4 000 € couverts par la subvention, soit un reste à charge de 6 000 € HT : pour une PME, c'est le ticket d'entrée le plus accessible.

Une mission complète (scopes 1, 2 et 3 et plan d'action) prend en général entre 3 et 5 mois : un mois de cadrage et de collecte, un mois de calcul, un mois d'analyse et de plan d'action. Côté entreprise, comptez 1 à 2 jours-homme par mois pendant la mission, l'essentiel du travail étant porté par le cabinet : le projet se mène en parallèle de l'activité normale.

Pourquoi le faire même sans obligation directe

Si vous êtes une PME de moins de 500 salariés, le scope 3 n'est pas directement obligatoire pour vous, mais vos clients vous le demandent de plus en plus. Les grandes entreprises soumises à la CSRD, recentrée par la directive Omnibus I sur celles de plus de 1 000 salariés et de plus de 450 M€ de chiffre d'affaires, doivent documenter leur scope 3, donc les émissions de leur chaîne de valeur, dont votre entreprise fait partie. À partir des exercices 2027, une fois l'Omnibus transposé, leurs demandes aux fournisseurs de 1 000 salariés au plus seront plafonnées au contenu du standard volontaire issu de la VSME, qui inclut les émissions de gaz à effet de serre. Côté commande publique, depuis le 22 août 2026, chaque nouvelle consultation comporte au moins un critère d'attribution environnemental et une clause environnementale d'exécution. Aucun Bilan Carbone® n'est exigé, mais il aide à justifier les performances que vous annoncez.

Le bon ordre des étapes

La démarche suit un enchaînement logique en 4 temps, et chaque étape nourrit la suivante. Le cadrage est rapide : 2 à 3 semaines pour définir le périmètre, l'année de référence et le niveau de détail attendu. La collecte est la phase la plus exigeante côté entreprise : on récupère les factures d'énergie, la comptabilité analytique des achats, l'inventaire des véhicules, l'enquête mobilité. C'est aussi la phase qui révèle le plus de choses sur l'organisation.

Ce qu'il faut retenir

Le scope 3 concentre en moyenne 88 % des émissions d'une entreprise, et donc l'essentiel des leviers de réduction : s'en passer revient à piloter sa stratégie climat avec 12 % des données. 4 idées à garder en tête avant de se lancer.

Le scope 3 est la partie la plus chère et la plus lente d'un bilan, mais aussi celle qui éclaire les décisions importantes : sourcing, conception des produits, politique de déplacements, modèle de distribution. Une entreprise qui le mesure dès maintenant, même imparfaitement, aura un an d'avance sur celles qui attendront d'y être contraintes.

Questions fréquemment posées

C'est quoi le scope 3 du Bilan Carbone®, en une phrase ?

Le scope 3, ce sont toutes vos émissions indirectes hors énergie : achats, fret, déplacements, usage des produits vendus, fin de vie. En moyenne 88 % de votre empreinte totale. C'est le périmètre où se trouvent à la fois les vrais volumes et les vrais leviers de réduction.

Le scope 3 est-il obligatoire pour les PME ?

Pas directement si vous avez moins de 500 salariés, mais vos clients grands comptes soumis à la CSRD vous demandent vos données carbone pour leur propre scope 3, dans la limite du standard volontaire issu de la VSME à partir des exercices 2027, une fois l'Omnibus transposé, si vous avez 1 000 salariés au plus. Depuis le 22 août 2026, les nouvelles consultations publiques comportent aussi un critère environnemental. Avoir mesuré son scope 3 devient un avantage commercial.

Comment on calcule un scope 3 quand les fournisseurs n'ont pas leurs données ?

On utilise les ratios monétaires de la Base Empreinte ADEME (mis à jour en mars 2025 avec le modèle FIGARO) : on prend les dépenses par catégorie fournisseur et on leur applique le ratio, en kgCO2e par k€. C'est suffisant pour identifier les postes majeurs et démarrer. On affine ensuite avec des données physiques sur les 3 à 5 postes dominants.

Combien coûte un scope 3 ?

Le scope 3 fait partie du Bilan Carbone® complet. Pour une PME, comptez 10 000 à 30 000 € HT selon la complexité, tout compris (scopes 1, 2, 3 + plan d'action). Avec le Diag Décarbon'Action, le reste à charge tombe à 6 000 € HT. Un bilan qui ne couvre que les scopes 1 et 2 coûte moins cher mais ne mesure que 10 à 20 % de votre empreinte réelle.

Combien de temps prend un Bilan Carbone® scope 3 ?

Entre 3 et 5 mois pour une PME mono-site, cabinet inclus. Côté entreprise, comptez 1 à 2 jours-homme par mois pendant la mission. La phase la plus longue est la collecte de données (achats, mobilité, énergie). Le calcul et l'analyse sont rapides une fois la collecte propre.

Quelles sont les 15 catégories du scope 3 ?

Le GHG Protocol découpe le scope 3 en 8 catégories amont (achats de biens et services, biens d'équipement, énergie amont, transport amont, déchets, déplacements pro, domicile-travail, actifs loués) et 7 catégories aval (transport aval, transformation, utilisation des produits, fin de vie, actifs loués aval, franchises, investissements). La catégorie 1 (achats) est presque toujours dominante.

Le scope 3 est-il obligatoire dans le BEGES réglementaire ?

Pas pour toutes les entreprises. Depuis le 1er janvier 2023 (décret n° 2022-982 du 1er juillet 2022), les émissions indirectes significatives du scope 3 sont obligatoires pour les personnes morales de droit public et pour les entreprises tenues de publier des informations de durabilité, aujourd'hui dans le rapport de durabilité. Les autres entreprises assujetties au BEGES peuvent se limiter aux scopes 1 et 2, à condition d'expliquer dans le rapport comment le scope 3 a été traité. Elles laissent alors de côté l'essentiel de leur empreinte : le scope 3 pèse en moyenne 88 % des émissions d'une entreprise.

Quels sont les hotspots du scope 3 les plus fréquents par secteur ?

Les achats de biens et services (catégorie 1) arrivent presque toujours en tête et concentrent 40 à 70 % du scope 3. Le reste dépend du secteur : l'utilisation des produits vendus (catégorie 11) dépasse 80 % du scope 3 d'un constructeur automobile, les investissements (catégorie 15) font l'essentiel du bilan des banques et assureurs, le transport aval pèse lourd en e-commerce et en distribution, et les médicaments pèsent massivement dans le bilan d'un établissement de santé. Dans la plupart des entreprises, 3 ou 4 catégories sur 15 expliquent 80 % du total, et c'est sur elles qu'il faut collecter des données physiques en priorité.

Le scope 3 peut-il être réduit ou est-il subi ?

Il peut être réduit, et c'est même là que se trouvent les leviers les plus puissants, à condition de les traiter comme des décisions stratégiques : choix des fournisseurs et des matières, conception des produits, politique de déplacements, fret et modèle de distribution. La méthode consiste à identifier les 3 à 5 postes qui pèsent le plus, à obtenir un premier levier de court terme sur chacun, puis à engager les principaux fournisseurs, un travail de 12 à 24 mois. Leurs données permettent ensuite de suivre les réductions année après année, notamment dans le cadre d'une trajectoire SBTi.

Quelle relation entre scope 3 et CSRD ?

La CSRD impose aux entreprises soumises de publier chaque année leurs émissions des scopes 1, 2 et 3 dans leur rapport de durabilité, selon la norme ESRS E1, avec une trajectoire de réduction. Depuis l'entrée en vigueur de la directive Omnibus le 18 mars 2026, seules les entreprises de plus de 1 000 salariés et 450 M€ de chiffre d'affaires sont concernées, avec un premier rapport en 2028 sur l'exercice 2027. Pour documenter leur scope 3, elles sollicitent leurs fournisseurs, y compris des PME non soumises, auxquelles elles ne pourront pas demander plus que le standard volontaire issu de la VSME si elles ont 1 000 salariés au plus, à partir des exercices 2027 et une fois l'Omnibus transposé.