Par Guillaume Pakula · Publié le 19 mars 2026 · Mis à jour le 17 octobre 2026
Sur 50 ans, un bâtiment neuf livré depuis 2022 émet en médiane 650 kgCO2e par m² pour une maison, 880 pour un logement collectif et 1 030 pour des bureaux, selon l'observatoire de la RE2020. La construction en fait plus de 80 %, loin devant le chauffage. Le béton pèse par son ciment, et une rénovation bas carbone peut faire 30 % de mieux qu'une reconstruction standard.
Sur 50 ans, une maison neuve livrée depuis 2022 émet en médiane 650 kgCO2e par m², selon l'observatoire de la RE2020. Un logement collectif en émet 880, un immeuble de bureaux 1 030. Pour une maison de 100 m², cela fait 65 tonnes, dont plus de 9 sur 10 viennent de sa construction et non de son chauffage.
Ces chiffres ne sont plus des estimations d'experts : depuis l'été 2026, le ministère publie les données de plus de 100 000 bâtiments achevés. Ils permettent de chiffrer, poste par poste, ce qui pèse dans un bâtiment neuf. Les seuils réglementaires et le calendrier de l'ACV RE2020 sont détaillés dans notre guide dédié.
Un bâtiment neuf émet en médiane environ 600 à 950 kgCO2e par m² pour sa construction, selon son usage, et 50 à 120 kgCO2e par m² pour son énergie, sur 50 ans. Ces valeurs sont celles de l'indicateur Ic construction et de l'indicateur Ic énergie de la RE2020, mesurés sur les bâtiments réellement livrés :
Ces médianes ne s'additionnent pas : en logement collectif, l'empreinte totale atteint en médiane 883 kgCO2e/m², parce que le tiers d'immeubles chauffés au gaz tire le total vers le haut.
Le ministère chargé du logement a ouvert ces données à l'été 2026 avec le CSTB, et les a présentées le 3 septembre 2026. Le jeu de données de l'observatoire porte sur les études déposées à l'achèvement des travaux, pour des permis de 2022 à 2025, extraites au 1er janvier 2026. Nous avons retenu les 107 011 bâtiments neufs qui respectent les 20 règles de cohérence de l'observatoire, et calculé les médianes par usage.
Le chiffre suit une analyse du cycle de vie complète : fabrication des produits, transport, chantier, entretien, remplacements et fin de vie, sur une période de référence de 50 ans. Il est rapporté à la surface habitable pour un logement, à la surface utile pour les autres usages. Convertie en tonnes, l'empreinte d'un logement de 65 m² chauffé par pompe à chaleur atteint environ 49 tonnes.
L'indicateur réglementaire n'est pas toute l'empreinte carbone du bâtiment. Il exclut l'eau consommée et rejetée, que la RE2020 calcule à part, et la part des aménagements communs de la parcelle. Il suit aussi une méthode dynamique simplifiée : une émission compte d'autant moins qu'elle survient tard dans la vie du bâtiment.
Une partie du calcul repose enfin sur des valeurs par défaut plutôt que sur les fiches des produits posés. Dans les données de l'observatoire, elles pèsent en moyenne 39 % de l'Ic construction des logements et 50 % de celui des bureaux. Le chiffre réel d'un bâtiment peut donc s'écarter de sa valeur réglementaire, dans un sens comme dans l'autre.
Parce qu'un bâtiment neuf consomme peu, et une énergie déjà peu carbonée. Dans la moitié des maisons livrées, la construction fait plus de 91 % de l'empreinte sur 50 ans, hors eau. La part est de 83 % en médiane dans les logements collectifs et de 92 % dans les bureaux. Le Cerema retient le même ordre de grandeur, 80 % pour les matériaux et équipements, dans sa fiche de 2024 sur l'impact carbone des bâtiments.
Plus de 8 maisons neuves livrées sur 10 sont chauffées par une pompe à chaleur, et leur Ic énergie médian ne dépasse pas 52 kgCO2e/m² sur 50 ans. Le chauffage au gaz change l'équilibre : dans les logements collectifs livrés, il porte l'Ic énergie à 484 kgCO2e/m², contre 76 avec une pompe à chaleur, soit plus de 6 fois plus.
Un tiers des immeubles collectifs livrés depuis 2022 sont encore chauffés au gaz, que les plafonds de 2022 toléraient. Leur empreinte totale atteint en médiane 1 174 kgCO2e/m², plus qu'un immeuble de bureaux. Depuis 2025, le plafond d'Ic énergie du logement collectif écarte de fait la chaudière gaz comme chauffage principal. Le gaz sort ensuite des logements neufs, même en appoint, pour les permis déposés à partir de 2027, comme le détaille notre article sur le seuil 2028 de la RE2020. Son prix montera aussi avec le second marché carbone européen.
L'Ic construction additionne des émissions qui ont lieu surtout au début : extraction, fabrication et chantier pèsent dès la livraison, quand l'énergie s'étale sur 50 ans. La pondération dynamique de la RE2020 accentue cet écart, puisqu'une tonne émise en 2070 compte moins qu'une tonne émise à la livraison.
Dans une maison neuve chauffée par pompe à chaleur, 50 ans de chauffage pèsent moins que les façades et les fenêtres.
Aucun poste ne domine seul. L'Ic construction se partage entre 3 groupes de poids voisins : le gros œuvre, le second œuvre avec les façades, et les équipements techniques. Le Hub des prescripteurs bas carbone de l'IFPEB parle de « règle des 1/3 » pour le neuf. Les maisons livrées la suivent de près (34, 28 et 36 %) ; en logement collectif et en bureaux, le gros œuvre pèse un peu plus, autour de 40 %.
Les 13 lots de la méthode, dont les noms figurent dans le glossaire de l'observatoire, se regroupent ainsi. Le gros œuvre réunit la voirie, les fondations, la superstructure et la couverture. Le second œuvre réunit les cloisons, les façades et menuiseries et les revêtements. Les équipements vont du chauffage aux ascenseurs, en passant par l'électricité.
En logement collectif, le gros œuvre pèse 41 % de l'Ic construction, et les fondations avec la superstructure 33 % à elles seules. Les fondations y pèsent plus lourd que dans une maison : 78 kgCO2e/m² en moyenne, contre 53, et le gros œuvre de la maison descend à 34 %. Le choix du matériau de structure, béton, bois ou mixte, est détaillé lot par lot dans notre article sur le palier 2028.
Le bois apporte un 2e effet, que l'indicateur de stock carbone mesure à part. Dans les maisons à structure en bois massif, il atteint en médiane 49 kg de carbone par m², contre 11 pour une structure en béton. Converti en CO2, cela représente environ 180 kg par m² retenus dans les murs pendant la vie du bâtiment.
Dans une maison neuve, les équipements pèsent 36 % de l'Ic construction, un peu plus que le gros œuvre. La raison tient en partie au calcul : le lot électricité y vaut en médiane 98 kgCO2e/m², sa valeur forfaitaire, faute de fiche produit. Remplacer ces forfaits par les fiches PEP des équipements donne une empreinte plus juste, et plus basse quand le produit fait mieux que le forfait.
En bureaux, les équipements montent aussi à 37 %, portés par le chauffage, la ventilation et la climatisation. Leur fluide frigorigène compte : son choix suit le calendrier européen des gaz fluorés, et l'impact d'une climatisation ne s'arrête pas à son électricité.
À cause du ciment qu'il contient, et plus précisément du clinker, le composant du ciment obtenu en cuisant du calcaire. Selon une note de l'Académie des technologies de juin 2025, 98 % des émissions d'un béton viennent de son ciment. Environ 2 tiers des maisons et des immeubles collectifs qui déclarent leur matériau de structure, une donnée facultative, sont bâtis en béton.
La même note répartit les émissions du ciment en 2 sources. La cuisson du clinker à 1 450 °C en produit 40 %, et la décarbonatation du calcaire, qui libère le CO2 contenu dans la roche, 60 %. Cette part chimique ne disparaît pas avec un four électrique ou des combustibles de récupération : elle tient à la matière elle-même.
En France, selon la feuille de route de France Ciment de mai 2023, le secteur émet 10 millions de tonnes de CO2 par an, dont les 2 tiers sont inhérents à la fabrication du clinker. La filière vise une baisse de 50 % de ses émissions dès 2030. Elle compte réduire la teneur en clinker de ses ciments de 75 % en 2021 à 68 % en 2030, et capter 2,4 millions de tonnes de CO2 par an dès 2030.
Les fiches d'un béton se lisent comme celles de tout produit : notre guide pour lire une FDES en bureau d'études montre où trouver l'impact par m³ et comment il entre dans le calcul. Un fabricant de béton ou de préfabriqué qui veut publier la sienne, puis la faire contrôler par un vérificateur habilité, trouvera la marche à suivre dans notre guide FDES, EPD ou PEP : laquelle publier.
Rénover, si 3 conditions sont réunies : une rénovation bas carbone émet alors environ 30 % de moins qu'une démolition suivie d'une reconstruction au standard de 2022. Face à une reconstruction au niveau de 2031, les 2 se valent à 13 % près, en faveur de la rénovation pour les logements et de la reconstruction pour les bureaux. Dans un bâtiment mal adapté à son nouvel usage, la reconstruction l'emporte nettement. C'est la conclusion du Hub des prescripteurs bas carbone, qui réunit 90 maîtres d'ouvrage et maîtres d'œuvre, publiée le 31 mai 2024.
Le Hub a comparé, sur 3 bâtiments réels, 4 scénarios cumulés sur 50 ans : une rénovation énergétique, une rénovation bas carbone, et une démolition-reconstruction aux niveaux 2022 et 2031 de la RE2020. Ses résultats détaillés montrent l'écart cas par cas :
Le Hub en retient 3. La rénovation doit réduire la consommation d'énergie de l'ordre de 40 % au moins, sortir des énergies fossiles, et conserver le plus possible de l'existant, structure, cloisons, réseaux. Sans sortie du gaz, la rénovation énergétique des logements étudiés atteint 1 150 kgCO2e/m², bien au-dessus de toute reconstruction. La baisse de l'énergie et la sortie du gaz rapprochent aussi un immeuble de sa courbe CRREM, en énergie et en carbone.
La rénovation garde un avantage que le carbone ne mesure pas : elle consomme environ 2 fois moins de matériaux neufs, granulats et sable compris. Le Cerema ajoute, dans sa fiche de 2024, qu'une rénovation optimisée peut rembourser le carbone de ses matériaux en moins de 10 ans de consommation évitée.
Un bâtiment en mauvais état, peu compact ou mal adapté à son nouvel usage demande presque autant de matériaux qu'un bâtiment neuf. C'est le cas de la résidence seniors étudiée, où la reconstruction au niveau 2031 émet 37 % de moins que la rénovation bas carbone. Le Hub recommande d'adosser toute demande de démolition-reconstruction à une ACV comparative, avant d'arrêter le programme.
À l'échelle du pays, l'enjeu se lit dans l'usage des matériaux. Selon la feuille de route de décarbonation du bâtiment citée par le Cerema, 80 % de l'impact carbone des produits de construction venait en 2019 de la construction neuve, 20 % de la rénovation.
Les médianes de l'observatoire servent de repère avant l'esquisse, 1re étape d'une démarche d'éco-conception : elles disent où se situe un projet courant, et quel écart viser. Pour un maître d'ouvrage, la marche à suivre est la suivante :
Pour une entreprise, un bâtiment neuf entre dans son Bilan Carbone® au poste des immobilisations, et dans le scope 3 de ceux qui le construisent. L'Ic construction en donne un ordre de grandeur, calculé avec d'autres règles qu'un bilan d'organisation, comme l'explique notre comparatif ACV ou Bilan Carbone®. Un maître d'ouvrage public peut aussi en faire un critère de ses marchés, et un propriétaire tertiaire le relier à ses obligations du décret tertiaire une fois le bâtiment livré.
Pour nous, au Projet Celsius, le chiffre qui compte le plus est celui qu'on ne voit pas dans l'attestation : la part des valeurs par défaut. Un projet qui affiche 650 kgCO2e/m² avec 40 % de forfaits ne se pilote pas comme un projet chiffré produit par produit. Nous réalisons des ACV de bâtiment selon la norme EN 15978, pour comparer une rénovation et une reconstruction ou des variantes de structure, avec les fiches FDES des produits envisagés, avant que le programme soit figé.
Pour les obligations qui encadrent ces calculs, voir notre guide de l'ACV RE2020 ; pour la suite du calendrier, notre article sur le seuil 2028.
Environ 650 kgCO2e par m² sur 50 ans, en médiane, pour les maisons livrées depuis 2022 : 596 pour la construction et 54 pour l'énergie, selon l'observatoire de la RE2020. Pour une maison de 100 m² chauffée par pompe à chaleur, cela représente environ 65 tonnes de CO2e, dont 60 pour la construction.
Sur 3 cas réels étudiés en 2024 par le Hub des prescripteurs bas carbone, une rénovation bas carbone émet environ 30 % de moins qu'une démolition-reconstruction au standard de 2022, et à peu près autant qu'une reconstruction au niveau de 2031, à 13 % près selon le cas. Elle doit pour cela réduire la consommation d'au moins 40 %, sortir du gaz et conserver l'existant. Dans un bâtiment mal adapté à son nouvel usage, reconstruire peut émettre moins.
Parce que 98 % de ses émissions viennent du ciment, selon l'Académie des technologies. Le clinker du ciment s'obtient en cuisant du calcaire à 1 450 °C : la cuisson produit 40 % des émissions, et la décarbonatation du calcaire, qui libère le CO2 de la roche, 60 %. Les ciments à moindre teneur en clinker réduisent cette part.
Peu, quand il est électrique : dans une maison neuve chauffée par pompe à chaleur, l'énergie pèse environ 8 % de l'empreinte sur 50 ans. Le gaz change la donne : dans les logements collectifs livrés depuis 2022, il porte l'Ic énergie à 484 kgCO2e par m², contre 76 avec une pompe à chaleur. La RE2020 écarte de fait la chaudière gaz comme chauffage principal depuis 2025 en logement collectif, et le gaz est exclu, même en appoint, des logements dont le permis est déposé à partir de 2027.
C'est l'indicateur d'impact sur le changement climatique des produits, des équipements et du chantier d'un bâtiment neuf, sur 50 ans, en kgCO2e par m² de surface habitable ou utile. Il couvre la fabrication, le transport, la mise en œuvre, les remplacements et la fin de vie. La RE2020 lui fixe un plafond qui baisse en 2025, 2028 et 2031.
Sur data.gouv.fr, dans le jeu de données de l'observatoire des performances énergétiques et environnementales des bâtiments neufs (OPEE), ouvert par le ministère chargé du logement à l'été 2026. La version 1.0 couvre les bâtiments achevés de 4 usages : maisons, logements collectifs, bureaux et enseignement. Le site de l'observatoire du CSTB en donne aussi des statistiques.