BEGES réglementaire : qui est obligé et que risque-t-on ?

BEGES réglementaire : qui est obligé et que risque-t-on ?

Le BEGES (Bilan d'Émissions de Gaz à Effet de Serre) est l'obligation française qui impose aux entreprises de plus de 500 salariés de publier leur bilan d'émissions tous les 4 ans sur la plateforme ADEME. Depuis 2022-2023, le périmètre couvre les trois scopes et un plan de transition chiffré, et la conformité conditionne désormais l'accès à certains marchés publics et aides publiques. Dans ce guide : les seuils exacts, le contenu attendu, le parcours en cinq étapes, le coût réel et les quatre pièges qu'on voit le plus souvent en mission - en 9 minutes.

Suis-je concerné ?

Le BEGES est obligatoire pour trois catégories d'organisations, définies par l'article L. 229-25 du Code de l'environnement. Avant de regarder le contenu attendu et le coût, la première question à trancher : êtes-vous dans le périmètre, et avec quel niveau d'exigence ?

Trois cas, trois fréquences distinctes :

Les PME de moins de 500 salariés ne sont pas concernées par l'obligation. Mais elles sont de plus en plus nombreuses à faire un bilan volontaire sous la pression des donneurs d'ordre, des plateformes RSE type EcoVadis, ou pour accéder au Diag Décarbon'Action Bpifrance qui finance 40 % du coût (reste à charge 6 000 € HT). Le standard volontaire VSME publié par l'EFRAG offre un cadre simplifié pour ces démarches PME, plus léger que les ESRS de la CSRD.

Et si vous êtes aussi soumis à la CSRD ?

Si vous êtes une grande entreprise, vous êtes probablement soumis aux deux. La bonne nouvelle : depuis avril 2025, les entreprises qui publient leur bilan GES dans leur rapport de durabilité CSRD sont dispensées du BEGES séparé. La nuance à connaître : les seuils CSRD ont été relevés en décembre 2025 à 1 000 salariés et 450 M€ de chiffre d'affaires - alors que le BEGES français reste à 500 salariés. Conséquence directe : une entreprise de 600 salariés avec 80 M€ de CA est toujours obligée de faire un BEGES, mais plus une CSRD. Le BEGES redevient l'obligation principale pour ces entreprises moyennes, et il faut le traiter comme tel.

Ce que vous devez produire

Le contenu attendu a évolué significativement depuis le décret n° 2022-982 entré en vigueur le 1er janvier 2023. Le BEGES ne se résume plus à un tableur d'émissions par scope - il intègre désormais un plan d'action chiffré.

Les trois scopes (et le scope 3 qui change tout)

Le bilan doit couvrir trois périmètres distincts :

Dérogation à connaître : les entreprises dont le CA ou le total de bilan est inférieur à 100 M€ peuvent se limiter aux scopes 1 et 2. Mais même dans ce cas, intégrer le scope 3 est recommandé : c'est là que se trouvent en moyenne 88 % des émissions d'une entreprise de services. Beaucoup de guides en ligne indiquent encore que le scope 3 est « recommandé mais pas obligatoire » - c'est faux depuis 2023 pour les entreprises qui dépassent les seuils CA/bilan.

Le plan de transition (devenu obligatoire)

Depuis la loi Industrie Verte du 23 octobre 2023, le BEGES doit obligatoirement inclure un plan de transition : objectifs chiffrés de réduction à court et moyen terme, actions planifiées, moyens mobilisés. Ce n'est plus un état des lieux statique, c'est une feuille de route. Le plan doit être crédible et cohérent avec les trajectoires sectorielles. Une entreprise qui publie un BEGES sans plan de transition n'est pas en conformité, même si les chiffres d'émissions sont parfaits.

Format et publication

Le résultat se publie sur bilans-ges.ademe.fr. La publication est publique - consultable par tous les concurrents, donneurs d'ordre, journalistes, ONG. Le format est libre tant que les rubriques obligatoires sont remplies. Les entreprises soumises à la CSRD peuvent intégrer le BEGES dans leur rapport de durabilité (dispense depuis avril 2025).

Le parcours en 5 étapes

Le processus prend en moyenne 3 à 6 mois. Le plus gros de l'effort - 60 à 70 % du temps - est consacré à la collecte de données, pas au calcul. Plus vos données sont structurées en amont (factures énergie, données flotte, achats, fret, déplacements), plus le BEGES va vite et coûte moins cher.

Internaliser ou faire-faire ?

Pour un premier BEGES, l'externalisation à un cabinet est presque toujours la bonne option : la méthode est complexe, les facteurs d'émission évoluent, et un BEGES mal cadré coûte plus cher à refaire qu'à bien faire la première fois. Pour les mises à jour quadriennales, certaines entreprises internalisent une fois la première mission cadrée - mais ça suppose un référent RSE solide en interne et un outil dédié. Notre guide SaaS ou cabinet compare les deux approches.

Combien ça coûte et comment financer

Le coût varie de 8 000 à 80 000 € selon la taille, la complexité et le scope. C'est un investissement, mais c'est aussi un exercice qui génère de la valeur au-delà de la conformité : il identifie vos postes d'émission majeurs, il priorise les leviers de réduction, et il fournit les données dont vous avez besoin pour répondre aux questionnaires RSE de vos clients.

Fourchettes 2026

Notre guide Combien coûte un Bilan Carbone® détaille les fourchettes par profil d'entreprise et les leviers pour réduire la facture sans dégrader la qualité.

Aides et dispositifs

Les PME de moins de 500 salariés qui veulent faire un bilan volontaire peuvent activer le Diag Décarbon'Action Bpifrance qui finance 40 % du coût d'un bilan forfaitaire à 10 000 € HT - reste à charge 6 000 € HT. Les entreprises soumises au BEGES (donc > 500 salariés) ne sont pas éligibles à ce dispositif, mais peuvent bénéficier de financements ADEME régionaux pour des démarches volontaires plus poussées (ACV, éco-conception).

Les pièges à éviter

Sur les BEGES qu'on relit ou qu'on reprend après une première mission ratée, quatre erreurs reviennent systématiquement. Elles ne déclenchent pas l'amende immédiate, mais elles transforment le BEGES en exercice de pure conformité - sans valeur stratégique, et souvent à refaire dans deux ans quand un client exigeant débarque.

Sanctions et conséquences réelles

Pendant des années, ne pas faire son BEGES coûtait 1 500 € d'amende. Autant dire rien - et c'est exactement pour ça que la moitié des entreprises ne s'en occupaient pas. La loi Climat et Résilience puis la loi Industrie Verte ont changé l'ordre de grandeur en quelques années.

Les amendes (1 500 € à 100 000 €)

Ce n'est plus symbolique, même pour une ETI. Mais ce ne sont pas les amendes qui font bouger les CODIR.

Marchés publics, aides ADEME, réputation

Les conséquences indirectes pèsent en pratique beaucoup plus lourd que l'amende :

L'amende BEGES a été multipliée par 33 en quelques années. Mais c'est l'exclusion des marchés publics et la perte des aides qui font vraiment bouger les CODIR.

Ce qu'il faut retenir

Le BEGES n'est pas qu'un exercice de conformité, c'est le socle chiffré sur lequel se construit toute stratégie climat sérieuse. Depuis la loi Industrie Verte, les sanctions sont réelles et l'obligation s'est étendue au scope 3. L'essentiel à garder en tête pour agir :

Questions fréquentes

Le BEGES est-il obligatoire pour les PME ?

Non. Le BEGES n'est obligatoire que pour les entreprises de plus de 500 salariés en France métropolitaine (250 en outre-mer), les collectivités > 50 000 habitants et les établissements publics > 250 agents. Les PME de moins de 500 salariés peuvent réaliser un bilan volontaire (souvent via le Diag Décarbon'Action Bpifrance) ou s'appuyer sur le standard VSME, mais sans obligation légale.

Quelle différence entre BEGES et Bilan Carbone® ?

Le BEGES est l'obligation légale française de publier un bilan d'émissions sur la plateforme ADEME. Le Bilan Carbone® est l'une des méthodes pour le remplir (avec le GHG Protocol ou toute méthode conforme à la norme ISO 14064-1). On peut faire un Bilan Carbone® volontaire sans que ce soit un BEGES, mais l'inverse n'est pas possible si on est au-dessus des seuils.

Le scope 3 est-il vraiment obligatoire dans le BEGES ?

Oui, depuis le 1er janvier 2023, pour toutes les entreprises soumises au BEGES dont le CA ou le bilan dépasse 100 M€. Le décret n° 2022-982 exige une couverture d'au moins 80 % des émissions indirectes significatives. Les entreprises sous le seuil de 100 M€ peuvent se limiter aux scopes 1 et 2, mais c'est un choix appauvri qui capture moins de 15 % des émissions réelles en moyenne.

Combien coûte un BEGES ?

8 000 à 15 000 € pour un BEGES scopes 1-2 seuls, 15 000 à 40 000 € pour un BEGES complet scopes 1-2-3 (cas standard). Les BEGES consolidés multi-sites montent à 30 000-80 000 €. Les mises à jour quadriennales sont moins chères : 5 000 à 15 000 €. Détails par profil dans notre guide prix Bilan Carbone®.

Que risque-t-on si on ne fait pas son BEGES ?

Trois risques cumulatifs. Une amende administrative jusqu'à 50 000 € (100 000 € en récidive) prononcée par le préfet. L'exclusion possible des marchés publics depuis octobre 2023. La perte de l'accès aux aides ADEME et Bpifrance depuis juin 2024. En pratique, ce sont les deux dernières conséquences qui pèsent le plus pour les ETI.

Le BEGES dispense-t-il de la CSRD ?

C'est l'inverse. Depuis avril 2025, les entreprises soumises à la CSRD qui publient leur bilan GES dans leur rapport de durabilité sont dispensées du BEGES séparé. Mais l'Omnibus de décembre 2025 a relevé les seuils CSRD à 1 000 salariés et 450 M€ de CA - le BEGES français reste à 500 salariés. Donc certaines entreprises sortent de la CSRD et restent obligées de faire un BEGES.