Faut-il faire le Bilan Carbone® de sa PME ?
Et comment le mener sans y passer l'année ?

Faut-il faire le Bilan Carbone® de sa PME ? Et comment le mener sans y passer l'année ?

Par Guillaume Pakula · Publié le 3 mars 2026 · Mis à jour le 2 novembre 2026

Non, aucune loi n'impose de Bilan Carbone® à une PME de moins de 500 salariés. Mais ses clients, les acheteurs publics, sa banque et ses futurs salariés lui demandent des chiffres, chacun pour une raison différente. Dans les bilans de 1 938 PME publiés avec le Diag Décarbon'Action, les achats sont le premier poste dans plus d'un cas sur 2, loin devant l'énergie. Avec ce dispositif, un premier bilan tient en 10 mois au plus.

Depuis le 22 août 2026, chaque marché public porte une exigence environnementale. À partir des exercices 2027, un client soumis à la CSRD pourra exiger de ses fournisseurs, sur le climat, leur énergie et leurs scopes 1 et 2. Pour une PME, la demande de bilan vient de là bien plus que de la loi, et elle change d'une entreprise à l'autre :

Les sections suivantes reprennent ces demandes une à une, puis ce que montrent les bilans de 1 938 PME publiés sur la plateforme de l'ADEME avec le Diag Décarbon'Action.

Pourquoi faire le Bilan Carbone® de sa PME ?

Sur le terrain, nous voyons revenir 4 raisons de lancer un premier bilan, presque toujours dans cet ordre.

Les clients, privés et publics

Le premier déclencheur est un questionnaire client. Un grand groupe qui publie un rapport de durabilité compte les émissions de ses fournisseurs dans son scope 3, et son acheteur les réclame. Révisée par la directive (UE) 2026/470, à transposer avant le 19 mars 2027, la CSRD ne vise plus que les entreprises de plus de 1 000 salariés et de plus de 450 M€ de chiffre d'affaires. La même directive protège leurs fournisseurs de 1 000 salariés au plus.

Pour son rapport, un client ne pourra exiger d'eux que ce que prévoit la norme volontaire adoptée par la Commission en juillet 2026 (règlement délégué (UE) 2026/1560, annexe II). Sur le climat, au-delà de 10 salariés, elle se limite à la consommation d'énergie en MWh et aux émissions des scopes 1 et 2, pour les exercices ouverts à partir du 1er janvier 2027. Pour toute demande qui va plus loin, le fournisseur a le droit de refuser. Ce plafond ne vaut pas pour une demande faite à d'autres fins, comme la gestion des risques, et rien n'empêche un acheteur de préférer le fournisseur qui en dit plus.

Sur le climat, un client soumis à la CSRD ne pourra exiger d'une PME que son énergie et ses scopes 1 et 2.

Les acheteurs publics ont leur propre règle. Depuis le 22 août 2026, chaque consultation porte une exigence environnementale, dans les conditions d'exécution du marché et dans la notation des offres, en application de l'article 35 de la loi Climat et résilience. Un bilan et un plan d'action chiffré nourrissent le mémoire technique, comme le montre notre guide pour répondre au critère environnemental d’un marché public. Le guide pour répondre à une demande de données carbone traite le cas des questionnaires, et celui de la CSRD pour les PME détaille la norme volontaire.

Les banques et les financeurs

La Banque de France construit depuis 2024 un indicateur climat des entreprises, à partir de leur trajectoire d'émissions et de leur plan de transition, avec une méthode inspirée de la méthode ACT de l'ADEME. Environ 20 000 entreprises auront été contactées d'ici 2027, en commençant par les secteurs qui émettent le plus : production d'électricité, foncières, transport, construction de bâtiments et ciment.

L'indicateur est transmis aux banques avec l'accord de l'entreprise, sur une plateforme ouverte en 2026, et la Banque de France précise qu'il n'affectera pas la cotation qu'elle attribue, du moins à court terme. Nous voyons la question remonter dans les échanges avec les chargés d'affaires, et un bilan en main y répond mieux qu'une intention.

Les équipes et les candidats

La troisième raison est interne, et nous l'entendons de dirigeants de tous secteurs : des candidats qui demandent en entretien ce que fait l'entreprise pour le climat, des salariés qui veulent agir sur leur poste. Le bilan donne une réponse chiffrée, et sa collecte associe déjà la comptabilité, les achats, la logistique et l'atelier. Le plan d'action devient alors un projet que les équipes portent, et un argument de marque employeur qui se vérifie.

Les évaluations demandées par certains clients, comme EcoVadis, et des labels comme B Corp posent la même question, avec leurs propres grilles.

La loi, quand l'entreprise grandit

L'obligation légale ne touche une PME qu'en grandissant. Le bilan réglementaire, appelé BEGES, vise les entreprises de plus de 500 salariés, ou de plus de 250 en outre-mer, selon l'article L229-25 du code de l'environnement. Il se met à jour tous les 4 ans, avec un plan de transition, sous peine d'une amende de 50 000 € au plus. L'outil BEGES dit en 4 questions si l'obligation s'applique.

Une entreprise qui approche du seuil a intérêt à faire son premier bilan avant de le franchir. Le Diag Décarbon'Action, qui en finance 40 %, est réservé aux entreprises qui ne sont pas soumises au BEGES.

Faut-il toujours le faire ?

Pour la plupart des PME, oui : au moins une de ces raisons s'applique, et le bilan montre en plus où se trouvent les émissions, donc les dépenses d'énergie et de matières qu'on peut réduire. Quelques situations ne le justifient pas, ou pas encore :

Quel poste pèse le plus dans le bilan d'une PME ?

La plateforme de l'ADEME publie les bilans des entreprises obligées, ceux que d'autres déposent volontairement et ceux des PME passées par le Diag Décarbon'Action, dont le dispositif attend la publication. Son jeu de données ouvert en comptait 11 994 le 2 novembre 2026, dont 2 005 faits avec le Diag Décarbon'Action, parmi lesquels 1 949 d'entreprises, 9 sur 10 sur les années 2022 à 2024. Notre analyse en tire, pour 1 938 entreprises, la part médiane de chaque poste, secteur par secteur :

L'industrie, le commerce et le bâtiment : les achats

Les achats de biens sont le premier poste dans 54 % des bilans de PME, et dans 3 bilans sur 4 dans l'industrie et la construction. Ils pèsent plus de la moitié des émissions en médiane dans l'industrie, le commerce et la construction : les matières et les composants, les marchandises revendues, le béton et l'acier.

Dans l'industrie, le profil varie avec l'activité. Les achats montent à 75 % en médiane dans l'agroalimentaire. Dans l'automobile, sur 13 bilans, les produits vendus passent devant, par l'énergie qu'ils consomment à l'usage, et ils font jeu égal avec les achats dans les équipements électriques. La métallurgie, sur 16 bilans, garde les scopes 1 et 2 les plus lourds, près de 10 %.

Dans le commerce, les produits vendus, leur usage et leur fin de vie, suivent à 9,1 % en médiane. Ils pèsent lourd quand l'entreprise vend des appareils qui consomment de l'énergie. Le guide du bilan d’un site industriel détaille le périmètre d'une usine.

Le conseil et le numérique : les services et les déplacements

Dans un bureau d'études, un cabinet de conseil ou une entreprise du numérique, le bilan médian est 6 à 10 fois plus petit que celui de l'ensemble des PME, et plus dispersé. Les achats de services, comme la sous-traitance, les prestations informatiques ou les honoraires, arrivent en tête : 22 % en médiane dans le conseil, 29 % dans le numérique.

Viennent ensuite les achats de biens, les déplacements, autour de 10 %, et les immobilisations, c'est-à-dire les ordinateurs, les serveurs et les bâtiments. Le guide de l'empreinte carbone du numérique en entreprise détaille le poste informatique.

Le transport : le carburant

Le transport et la logistique font exception. Le gazole des camions entre dans le scope 1, et les scopes 1 et 2 pèsent 46,6 % en médiane : ils arrivent en tête dans 2 bilans sur 3. Le guide du bilan d’un transporteur routier en détaille le calcul.

Ce que pèsent les scopes 1 et 2

Sur l'ensemble des 1 938 bilans, les scopes 1 et 2, c'est-à-dire les combustibles brûlés sur place, le carburant des véhicules et l'électricité, pèsent 3,7 % en médiane, et moins de 5 % dans 57 % des bilans. L'électricité française y compte peu : 0,052 kgCO2e par kWh (kilowattheure) en 2024, contre 0,215 kgCO2e par kWh de gaz naturel tel qu'il figure sur la facture, environ 4 fois plus, selon la Base Empreinte de l'ADEME.

Dans la plupart des PME, l'essentiel des émissions vient de ce qu'elles achètent.

Le bilan médian grandit avec l'entreprise, d'après les mêmes données :

Ces médianes décrivent les PME passées par le Diag, chacune avec ses choix de périmètre, et des achats souvent comptés en euros avec des ratios moyens. Elles disent où regarder en premier ; le résultat d'une entreprise donnée peut s'en écarter beaucoup. Les ordres de grandeur carbone aident à situer un résultat.

Quel budget prévoir pour un premier bilan ?

Aucun barème officiel ne fixe le prix d'un Bilan Carbone®. Les repères publics vont de la gratuité, pour une première évaluation, à environ 10 000 € pour une PME qui confie un bilan complet à un cabinet de conseil, selon la Mission Transition Écologique de l'État :

Le Diag Décarbon'Action

Pour un premier bilan, le Diag Décarbon'Action de Bpifrance et de l'ADEME est la voie la moins chère quand l'entreprise y a droit. Il coûte 6 000 € HT après une subvention de 40 %, pour 12 jours d'intervention d'un expert sur 10 mois au plus. Il livre le bilan, un plan d'action détaillé et des supports de communication, selon Bpifrance. Il demande 4 conditions :

Le test d'éligibilité le vérifie en quelques questions, et notre guide du Diag Décarbon’Action détaille le dispositif, financé par le programme de certificats d'économies d'énergie PACTE Entreprises.

Les aides des Régions et des CCI

Plusieurs Régions et chambres de commerce financent aussi le premier bilan, par exemple :

Notre guide des aides à la transition fait le point région par région. La Mission Transition Écologique compte aussi 2 000 à 5 000 € pour une plateforme logicielle, où la saisie reste à l'entreprise. Le temps interne n'a pas de repère public : il dépend surtout de l'état des données.

Les guides pour faire son bilan soi-même, réduire le coût d’un bilan et choisir entre logiciel et cabinet détaillent ces voies, et celui du prix d’un Bilan Carbone® aide à comparer 2 devis.

Comment le faire simplement, sans y passer l'année ?

La méthode Bilan Carbone® 2025 de l'Association pour la transition Bas Carbone prévoit 3 niveaux : Initial, Standard et Avancé. Le niveau Initial est fait pour un premier bilan : une première comptabilisation des émissions et un plan de transition simple, adapté à une petite structure ou au Diag. L'entreprise vise directement ce niveau, puis progresse d'un bilan à l'autre.

Le calendrier

Avec le Diag, le bilan dure 12 jours d'intervention, sur 10 mois au plus. Hors dispositif, aucun texte ne fixe la durée : elle dépend surtout de la collecte, l'étape la plus longue. Le bilan suit 5 temps, quel que soit l'intervenant :

La collecte se prépare service par service, chacun pour des documents qu'il connaît déjà :

Les 4 décisions qui font gagner des semaines

Les semaines se gagnent au cadrage, avant la première demande de données :

Ce qui allonge un bilan se repère aussi dès le cadrage : un compte d'achats unique où tout est mélangé, un fret sous-traité sans tonnages, une énergie payée par le bailleur et refacturée dans les charges.

Notre guide des 10 pièges d’un premier Bilan Carbone® complète cette liste, et celui de la méthode Bilan Carbone® détaille les 7 étapes de la méthode, que ces 5 temps regroupent. Si un client exige le format du GHG Protocol, le même inventaire se présente aussi dans ce format, sans refaire la collecte.

Que faire du bilan une fois qu'il est fait ?

Le bilan sert d'abord à décider où agir, et le plan d'action suit les postes qui pèsent. Les pistes les plus courantes, poste par poste :

Le même bilan sert ensuite à répondre aux clients avec un dossier unique, et au critère des marchés publics avec un plan de progrès chiffré. Déposé sur la plateforme de l'ADEME, il devient consultable par tous, clients compris. Le guide pour réduire le bilan carbone d’une entreprise détaille les leviers.

Faire durer la démarche

Une PME n'est pas tenue de publier ses bilans suivants, et rien ne l'oblige à les refaire. Nous voyons souvent le premier bilan rester le seul quand la date du suivant n'a pas été fixée au départ.

Au niveau Initial, la méthode Bilan Carbone® demande de refaire le bilan complet au moins tous les 4 ans, comme le BEGES ; le niveau Standard y ajoute un suivi des émissions les plus significatives entre 2 bilans. Ce suivi repose sur quelques indicateurs, tirés des postes qui pèsent :

4 gestes font durer la démarche, à décider le jour du premier bilan :

Au Projet Celsius, nous pouvons faire cette mise à jour pour l'entreprise, et nous créons aussi des outils pour la refaire plus facilement, en interne ou avec nous. N'hésitez pas à nous contacter.

Le guide sur la fréquence du Bilan Carbone® détaille ce qu'une mise à jour reprend. La suite logique est un plan de transition, puis, pour une PME industrielle, une trajectoire de réduction validée.

Que recommandons-nous pour un premier bilan ?

Pour nous, au Projet Celsius, un premier bilan de PME vise le niveau Initial, avec le Diag Décarbon'Action quand l'entreprise y a droit, mais il compte en tonnes les grandes familles d'achats dès le cadrage. Dans plus d'une PME sur 2, c'est là que sont les émissions, et un achat compté en euros ne montre pas l'effet d'un changement de fournisseur ou de matière.

Nous conseillons aussi de ne pas s'arrêter à ce que demande le client. Les scopes 1 et 2 suffisent à remplir son questionnaire, mais ils pèsent 3,7 % du bilan en médiane. Un plan d'action qui s'y limite passe à côté de l'essentiel. Enfin, le rythme se décide le jour du premier bilan, avec les indicateurs suivis chaque année et la date du suivant.

Ce qu'il faut retenir

Pour un budget, le simulateur de prix d'un Bilan Carbone® donne une première estimation selon la taille et les sites.

Questions fréquemment posées

Le Bilan Carbone® est-il obligatoire pour une PME ?

Non. Sous 500 salariés, ou 250 en outre-mer, aucune obligation de bilan réglementaire (BEGES) ne s'applique, et la CSRD révisée par la directive (UE) 2026/470 ne vise que les entreprises de plus de 1 000 salariés et de plus de 450 millions d'euros de chiffre d'affaires. Un client, un acheteur public ou une banque peut en revanche demander des données carbone.

Un client peut-il exiger le Bilan Carbone® de ma PME ?

Pas en entier. Pour son rapport de durabilité, un client soumis à la CSRD ne pourra exiger d'un fournisseur de 1 000 salariés au plus, sur le climat, que la consommation d'énergie en MWh et les émissions des scopes 1 et 2, pour les exercices ouverts à partir du 1er janvier 2027, et aucune donnée climat sous 10 salariés. Une demande faite à d'autres fins, comme la gestion des risques, n'est pas plafonnée.

Le Diag Décarbon'Action suffit-il pour un premier bilan ?

Oui, pour une entreprise de moins de 500 salariés sans bilan complet depuis 5 ans. Il livre le bilan d'émissions, un plan d'action détaillé et des supports de communication, en 12 jours d'intervention sur 10 mois au plus, pour 6 000 € HT après 40 % de subvention. Il correspond au niveau Initial de la méthode Bilan Carbone® ; les bilans suivants se font hors Diag.

Combien de temps dure un Bilan Carbone® en PME ?

Le Diag Décarbon'Action prévoit 12 jours d'intervention de l'expert, répartis sur 10 mois au plus, du cadrage au plan d'action. Hors dispositif, aucun texte ne fixe la durée : elle dépend surtout de la collecte. Partir du dernier exercice clos et de l'extraction comptable des achats la raccourcit nettement.

Quel est le premier poste d'émissions d'une PME ?

Le plus souvent, les achats de biens : ils sont le premier poste dans 54 % des 1 938 bilans d'entreprises publiés avec le Diag Décarbon'Action, et pèsent plus de la moitié du bilan médian dans l'industrie, le commerce et la construction. Les achats de services dominent dans le conseil et le numérique, le carburant dans le transport routier.

Quel est le bilan carbone moyen d'une PME ?

Il dépend surtout de sa taille et de son secteur. Dans les bilans de 1 938 PME publiés avec le Diag Décarbon'Action, le total médian est de près de 1 000 tCO2e sous 20 salariés, de 4 800 tCO2e de 50 à 99 salariés et de 22 500 tCO2e de 250 à 499. Un bureau d'études ou une entreprise du numérique émet 6 à 10 fois moins que la médiane des PME.