Par Sébastien Pierfederici · Publié le 25 mai 2026 · Mis à jour le 27 juillet 2026
Le CBAM (Carbon Border Adjustment Mechanism), appelé MACF en français, fait parler de lui depuis 2026. Derrière ce sigle se cache une idée simple : faire payer le carbone des produits importés en Europe, comme les producteurs européens le paient déjà. Si vous êtes un industriel producteur, voyez plutôt notre guide complet CBAM pour les industriels.
Le CBAM concerne les entreprises qui importent en Europe de l'acier, de l'aluminium, du ciment ou des engrais (au-delà de 50 t par an), ainsi que de l'électricité ou de l'hydrogène. Il est entré dans sa phase définitive le 1er janvier 2026. Ses sigles, ses certificats et ses déclarations se comprennent mieux en partant du principe.
Le CBAM fait payer aux importateurs le carbone émis pour fabriquer certains produits hors d'Europe, afin que ces produits ne soient pas moins chers que leurs équivalents fabriqués en Europe, où le carbone est déjà taxé.
Le CBAM fonctionne comme un prix carbone à la frontière : il met sur un pied d'égalité un producteur européen, qui paie déjà ses émissions via le marché carbone européen (l'EU ETS), et un producteur étranger qui, bien souvent, ne paie rien dans son pays.
L'Union veut éviter ce qu'on appelle la fuite de carbone. Sans CBAM, une entreprise européenne pourrait être tentée de délocaliser sa production dans un pays sans contrainte climatique pour produire moins cher : les émissions auraient alors lieu ailleurs, et l'Europe perdrait des usines.
Le CBAM coupe court à cette logique : que le produit soit fabriqué en Europe ou importé, son carbone a désormais un prix comparable. C'est un outil au service de l'objectif climatique européen (réduire les émissions de 55 % d'ici 2030), pensé pour ne pas pénaliser l'industrie locale.
Le CBAM cible 6 familles de produits à forte intensité carbone, présentées ci-dessus. Chaque produit y est repéré par un code douanier, la Nomenclature Combinée ou code NC. Le mécanisme couvre environ 570 de ces codes. Le 17 décembre 2025, la Commission a proposé de l'étendre à partir du 1er janvier 2028 à environ 180 produits transformés contenant beaucoup d'acier ou d'aluminium (machines, pièces mécaniques, composants automobiles) ; cette proposition est en cours d'examen, et la chimie n'en fait pas partie à ce stade.
L'obligation pèse sur l'importateur européen : l'entreprise établie dans l'UE qui fait entrer le produit sur le marché européen. Au-delà de 50 t par an de marchandises couvertes, elle doit obtenir le statut de déclarant CBAM autorisé auprès de son autorité nationale (en France, la Direction générale de l'énergie et du climat). Elle déclare ensuite chaque année les émissions contenues dans ses importations et achète les certificats correspondants : la vente des certificats ouvre le 1er février 2027 pour les importations de 2026, et la première déclaration annuelle est due au 30 septembre 2027.
Le producteur étranger, lui, n'est pas taxé directement, mais il doit fournir ses données carbone à ses clients européens, sous peine de les voir se tourner vers un fournisseur plus transparent. Et les producteurs européens des mêmes secteurs sont concernés autrement : ils perdent peu à peu les quotas gratuits qui les protégeaient - un sujet que nous détaillons dans notre guide CBAM pour les industriels. À noter : une proposition de réforme de la Commission du 17 juillet 2026 (phase 5, 2031-2040) pourrait ralentir ce retrait et prolonger les allocations gratuites liées au CBAM jusqu'en 2037-2038 ; elle n'est pas encore adoptée.
Un premier diagnostic tient en 3 questions. L'outil ci-dessous s'inspire de l'outil d'auto-évaluation publié par la Commission européenne, mis à jour avec les règles 2026.
La DGEC (Direction générale de l'énergie et du climat) publie 2 guides pratiques de référence, à consulter selon votre rôle :
Oui. CBAM est l'acronyme anglais (Carbon Border Adjustment Mechanism), MACF est sa traduction française (Mécanisme d'Ajustement Carbone aux Frontières). Les deux désignent exactement le même dispositif.
Pas officiellement. C'est un mécanisme d'ajustement qui aligne le coût carbone des produits importés sur celui payé par les producteurs européens. L'effet ressemble à une taxe pour l'importateur, mais l'objectif juridique est d'éviter la fuite de carbone et de garantir une concurrence équitable.
Pas forcément. Depuis la simplification de 2025, un seuil de 50 tonnes importées par an exempte la grande majorité des petits importateurs. Le test interactif de cet article vous donne un premier indice. Pour les volumes plus importants, mieux vaut faire vérifier votre situation au code douanier près.
Notre guide complet CBAM pour les industriels couvre le calcul du carbone embarqué, les pièges méthodologiques et la stratégie pour les producteurs exposés.