Par Sébastien Pierfederici · Publié le 15 avril 2026 · Mis à jour le 28 mai 2026
Depuis le décret du 6 septembre 2025, chaque marque textile peut calculer et publier, à titre volontaire, le coût environnemental de ses vêtements, souvent appelé éco-score. Cinq outils dominent le marché : Ecobalyse (gratuit, officiel), Carbonfact et Fairly Made (SaaS spécialisés), Glimpact (méthode européenne PEF) et Simapro (ACV ISO). Mais aucun ne résout le vrai problème : collecter les données fournisseurs, qui représente 80 % du travail réel. Dans ce guide : fiche d'identité de chaque outil, forces et limites, tableau comparatif, et matrice de décision selon votre taille et votre maturité.
Le marché de l'éco-score textile s'est structuré en dix-huit mois autour de cinq outils. Ecobalyse est gratuit et officiel, Carbonfact industrialise le calcul pour les gros catalogues, Fairly Made attaque par la traçabilité, Glimpact pousse la méthode européenne, Simapro reste la référence de l'ACV ISO pour les cas techniques. Aucun ne règle seul toute la démarche d'affichage environnemental textile.
Parce que le vrai enjeu n'est pas de calculer un score - la méthode officielle et Ecobalyse le font bien - mais de savoir qui doit le calculer pour quelles références, à quel rythme, avec quelles données fournisseurs et pour quelle publication. Chaque outil répond à une sous-question différente. Voici les fiches d'identité, le tableau comparatif, et la matrice de décision.
Développé par l'ADEME et le Commissariat général au développement durable, hébergé sur Beta.gouv, code source public sur GitHub. Accessible sur ecobalyse.beta.gouv.fr. C'est l'outil public qui applique la méthode de l'arrêté du 6 septembre 2025 : si vous voulez afficher un score officiel en France, c'est par ici que ça commence.
Gratuit, officiel, transparent. Quatre questions, un score en quelques minutes, formules publiques. Seize indicateurs PEF avec les spécificités françaises (microfibres plastiques, export des déchets textiles) et le coefficient de durabilité (0,67 à 1,45) qui pénalise la fast fashion. Le socle conceptuel que tout le monde du métier doit savoir manipuler - y compris les marques qui paient un SaaS par ailleurs.
Conçu pour simuler un produit, pas pour tenir un catalogue. UX de formulaire, saisie manuelle produit par produit, aucune intégration ERP ou PIM. Pas de benchmark contre des références similaires, pas de workflow multi-utilisateurs, pas de versioning, pas de collaboration RSE avancée. Pour 50 références, ça passe. Pour 5 000, c'est ingérable.
Startup française fondée en 2022, Paris, plusieurs millions d'euros levés, clientèle majoritairement mode et chaussure. Carbonfact s'est imposée en deux ans comme la référence des marques qui doivent tenir des catalogues de milliers de références à jour.
Construit sur l'API officielle Ecobalyse : même score, même conformité réglementaire, mais avec une plateforme pensée pour le passage à l'échelle. Intégration ERP et PIM, imports CSV, workflows de validation multi-utilisateurs, versioning, publication automatisée sur fiches produit et étiquettes physiques. Atout singulier : un benchmark gratuit qui compare votre score à des centaines de produits similaires dans la base Carbonfact. Voir qu'un t-shirt coton est à 1 200 Pts quand la médiane marché est à 850 change la conversation interne.
Prix non public, établi sur devis selon le nombre de références, la complexité des données et de la supply chain, les modules choisis et la durée d'abonnement. C'est un investissement, pas un achat impulsif. Calée sur Ecobalyse, donc hérite du coefficient de durabilité français : pour une marque qui ne vend qu'en Allemagne ou en Italie, c'est de l'énergie dépensée à côté du besoin. Ne règle pas la cartographie fournisseurs en profondeur - l'outil facilite la saisie mais ne collecte pas les données à votre place.
Plateforme française fondée en 2017, Paris, spécialisée mode et textile. La plus ancienne du panel. Positionnement radicalement différent des autres : la traçabilité avant le score. Clients visibles : Etam, Camaïeu, Pimkie, plusieurs groupes français.
La thèse : sans carte précise de la supply chain, aucun outil ne peut produire un score fiable. Fairly Made commence par le sourcing - identification des fournisseurs rangs 1, 2 et 3 (confectionneurs, tisseurs, filateurs, cultivateurs), certifications, audits, questionnaires standardisés avec suivi des taux de réponse. Le score ACV sort presque comme un sous-produit. Intègre la loi AGEC, le décret français, se prépare au DPP textile européen. Publie aussi des pages consommateur (QR code sur étiquette) qui en font un outil marketing autant que RSE.
Surdimensionné pour une marque à la supply chain déjà cartographiée qui veut juste scorer à grande échelle. Dans ce cas, Carbonfact sera plus direct. Fairly Made brille quand la traçabilité est le vrai verrou, pas quand le calcul l'est. Le choix dépend entièrement de votre situation de départ, pas du budget.
Plateforme belgo-française. Joue une carte assumée différente : non pas Ecobalyse, mais la méthode PEF européenne pure, sans le coefficient de durabilité français. Produit phare : European Global Impact Score. Clients connus : Decathlon, Carrefour, Celio, Mars (pas que textile - la plateforme couvre aussi l'agro-alimentaire).
Pari rationnel sur la convergence européenne. Si la méthode européenne retenue dans le cadre de l'ESPR se rapproche du PEF pur, scénario possible mais non arbitré, autant commencer là. Deuxième atout : universalité sectorielle. Textile, agro, cosmétique, emballage sur la même plateforme. Pour un groupe multi-activités type Carrefour, un seul outil tous métiers. Vraie valeur ajoutée sur les rapports groupe consolidés et la vision européenne.
Pas conforme au décret français dans sa rédaction actuelle. La méthode française modifie la pondération (écotoxicité de l'eau douce portée à 21 %, toxicités humaines à 0) et ajoute des critères (microfibres, export des déchets, coefficient de durabilité) que le PEF pur n'inclut pas. Et afficher un score Glimpact sur un vêtement oblige à afficher aussi le coût environnemental. Si vous vendez en France et voulez afficher le score officiel, il faudra aussi passer par Ecobalyse ou Carbonfact. Glimpact est un complément, pas une alternative. Les grandes enseignes qui ont les deux font tourner Carbonfact pour la France et Glimpact pour leur pilotage européen.
Choisir Ecobalyse parce que c'est gratuit, c'est comme choisir Excel parce que ça coûte rien. Ça marche très bien pour 200 références. Ça devient une torture pour 5 000.
L'historique. PRé Sustainability, Pays-Bas. Outil de référence des bureaux d'études et des industriels qui doivent livrer une ACV ISO 14040 complète. GaBi (Sphera, Allemagne) joue dans la même catégorie. Pas taillé pour une marque mode qui renouvelle tous les trois mois - taillé pour modéliser finement un produit technique ou un pack batterie, de A à Z, avec n'importe quelle frontière système.
Flexibilité totale. S'appuie sur des bases d'inventaire de cycle de vie (ICV) type ecoinvent, des dizaines de milliers de processus modélisables. Un ACV-iste peut construire un modèle sur mesure pour n'importe quel produit, n'importe quelle unité fonctionnelle. Avec GaBi, c'est l'un des logiciels les plus répandus derrière les ACV publiées dans les rapports scientifiques ou réglementaires.
Licence annuelle 5 000 à 15 000 €, courbe d'apprentissage de plusieurs semaines, UX qui date d'une autre décennie. Ce n'est pas un outil qu'on utilise à la volée dans un service marketing - c'est une prestation qu'on achète à un cabinet équipé. Pertinent uniquement pour du textile technique B2B (sport haute performance, uniformes militaires, équipements pro) qui doit livrer une ACV normée à des donneurs d'ordre avec exigences CSRD ou DPP industriel.
Six critères pour situer chaque outil d'un coup d'œil : conformité France, conformité Europe, collecte fournisseurs, passage à l'échelle, prix, cible. La notation par étoiles synthétise trois années de retour terrain sur des missions textile côté Celsius.
Le piège que le tableau rend visible : aucun outil ne règle la collecte de données fournisseurs. Gratuit ou payant, il faudra aller chercher le mix énergétique de l'usine de teinture, la provenance exacte du coton, le type de procédé de filature, le mode de transport entre chaque étape. Trois à six mois de travail pour une première cartographie sérieuse. C'est là que 80 % de l'effort se concentre, pas dans le choix du SaaS.
Aucun outil ne vous donnera un bon score si votre fournisseur vous répond "Turquie" quand vous lui demandez d'où vient votre coton.
Le choix dépend moins du budget que de la question que vous cherchez à résoudre. Cinq profils-types, cinq recommandations. La matrice qu'on utilise sur les missions Celsius quand une marque nous demande par où commencer.
À partir du 1er octobre 2026, si une marque n'affiche pas le coût environnemental de ses vêtements, un tiers (distributeur, ONG, application) peut le calculer et le publier sans son accord. Mieux vaut que le score publié sur vos produits soit le vôtre, et la démarche (choix d'outil, cartographie supply chain, saisie, benchmark, publication) prend plusieurs mois. Alors ouvrez Ecobalyse ce soir, lancez un pilote sur votre best-seller, et voyez ce que ça raconte. Le vrai coût, c'est de ne rien faire.
Il n'y a pas de meilleur outil dans l'absolu. Ecobalyse est la meilleure option pour une marque qui débute ou qui a moins de 200 références : gratuit, officiel, suffisant. Carbonfact devient le meilleur choix dès que le catalogue dépasse 500 références et qu'il faut automatiser la publication. Fairly Made est le meilleur choix quand la traçabilité fournisseurs est le vrai verrou. Glimpact est le meilleur choix pour les marques multi-marchés européens. Le bon outil dépend de votre contexte, pas d'un classement abstrait.
Oui, si vous choisissez d'afficher. Ecobalyse applique la méthode fixée par l'arrêté du 6 septembre 2025, l'affichage restant volontaire. Si votre catalogue est limité et que votre équipe RSE a le temps de saisir les produits un par un, vous n'avez pas besoin d'un SaaS payant. En pratique, au-delà de quelques centaines de références, l'absence d'intégration ERP et de workflow multi-utilisateurs rend Ecobalyse seul difficilement gérable, et un SaaS bâti dessus (Carbonfact typiquement) devient indispensable.
Les tarifs ne sont pas publics et dépendent du volume de références, des modules activés et du niveau de service : seul un devis donne le prix réel. À cela s'ajoute le coût de la démarche elle-même (collecte de données, configuration, formation) : 15 000 à 80 000 € en première année selon la complexité de la supply chain.
Pas aujourd'hui. La méthode européenne d'affichage environnemental textile devrait être arbitrée dans l'acte délégué textile de l'ESPR, attendu vers 2027. En attendant, Ecobalyse est la méthode conforme en France, et plusieurs sources concordantes suggèrent qu'elle servira de base à la méthode européenne. Les marques multi-marchés qui veulent anticiper utilisent souvent un outil PEF pur comme Glimpact en complément d'Ecobalyse, pas à la place.
Oui, et c'est même fréquent sur les grandes enseignes. Typiquement : Ecobalyse ou Carbonfact pour la conformité française, Fairly Made pour la traçabilité supply chain, et Glimpact pour les rapports groupe européens. Les outils savent généralement exporter et importer les données dans des formats standards, ce qui limite le verrouillage technologique. L'arbitrage se fait surtout sur le coût global de la combinaison et sur la duplication éventuelle de travail.
Non. Le décret affichage environnemental textile s'appuie sur Ecobalyse, qui est une méthode ACV simplifiée et non une ACV ISO 14040 complète. Une ACV ISO reste utile dans deux cas : pour répondre aux exigences de donneurs d'ordre sur du textile technique, et pour étayer des données produit dans un reporting CSRD, qui n'impose pas d'ACV. Aucun DPP textile n'est en vigueur à ce jour. Dans ces cas-là, c'est un cabinet équipé de Simapro ou GaBi qui fait le travail.
Sur le score lui-même, oui. Ecobalyse applique la méthode fixée par l'arrêté du 6 septembre 2025, qui reprend les catégories du PEF avec des adaptations françaises, et son code source public permet de vérifier chaque calcul. Ce que les outils payants apportent n'est pas une meilleure fiabilité du calcul, mais de l'ergonomie à l'échelle (workflows, intégration ERP, benchmark, publication automatisée). Autrement dit : la précision ne se paie pas, l'industrialisation oui.
Le marché s'organise autour de 5 outils. Ecobalyse, développé par l'ADEME et le Commissariat général au développement durable, est gratuit et applique la méthode fixée par l'arrêté du 6 septembre 2025. Carbonfact, construit sur l'API officielle d'Ecobalyse, industrialise le calcul pour les gros catalogues. Fairly Made part de la traçabilité de la chaîne d'approvisionnement. Glimpact applique la méthode européenne PEF sans les spécificités françaises et ne permet pas, seul, d'afficher le score officiel. Simapro, logiciel d'ACV ISO, sert surtout aux cabinets pour le textile technique. Aucun ne dispense de collecter les données fournisseurs, qui représentent 80 % du travail.
Oui, entre Ecobalyse et les outils bâtis sur son API, comme Carbonfact, qui produisent le même score. Glimpact applique la méthode PEF européenne pure, sans les critères ajoutés par la méthode française : pondération propre (écotoxicité renforcée, toxicités humaines à 0), microfibres, export des déchets textiles et coefficient de durabilité, compris entre 0,67 et 1,45. Ses résultats ne se comparent donc pas directement au score officiel français. Une ACV ISO 14040 réalisée sous Simapro repose sur des frontières et une unité fonctionnelle propres à chaque étude. Dans toute communication, il faut préciser la méthode utilisée.
Ecobalyse, pour un premier pilote : l'outil est gratuit, officiel, et ses formules sont publiques. Commencez par votre produit phare pour voir ce que le score révèle, puis élargissez. Ecobalyse reste gérable jusqu'à 200 références environ ; au-delà, un SaaS bâti dessus comme Carbonfact devient utile. L'essentiel du travail porte sur la cartographie des fournisseurs (origine du coton, énergie de la teinture, transports), qui prend 3 à 6 mois et concentre 80 % de l'effort. Pour une PME, le Diag Éco-conception de Bpifrance peut financer 60 à 70 % de cette première démarche, avec un reste à charge de 5 400 à 7 200 € HT.