Par Sébastien Pierfederici · Publié le 6 avril 2026 · Mis à jour le 18 octobre 2026
L'éco-score textile, nom courant du coût environnemental, est un nombre de points d'impact qu'une marque peut afficher sur un vêtement depuis le 1er octobre 2025, et il reste volontaire en 2026. Au 18 octobre, 188 marques ont déposé 118 566 références sur le portail officiel. Depuis le 1er octobre 2026, un tiers peut publier le score d'une marque sans son accord, et depuis septembre, un coefficient de durabilité trop bas coûte une pénalité dans l'éco-contribution des vêtements.
Un t-shirt en coton bio fabriqué en France affiche 384 points d'impact. Un t-shirt en polyester d'une marque d'ultra fast fashion, fabriqué en Asie, en affiche 1 005, près de 3 fois plus, selon les exemples publiés par le ministère de la Transition écologique en juin 2026. Ce chiffre, le coût environnemental, que l'on appelle aussi éco-score textile, peut figurer sur tout vêtement vendu en France depuis le 1er octobre 2025.
Au 18 octobre 2026, 188 marques ont déposé 118 566 références de vêtements sur le portail officiel. L'affichage reste volontaire, mais 2 dates de l'automne le rendent plus difficile à ignorer. Depuis le 1er septembre, le coefficient de durabilité qui entre dans le score sert aussi à calculer une pénalité dans l'éco-contribution des vêtements. Depuis le 1er octobre, n'importe qui peut publier le score d'un vêtement sans l'accord de la marque.
Le nom réglementaire est le « coût environnemental », défini par le décret n° 2025-957 du 6 septembre 2025. « Éco-score textile » et « score Ecobalyse », du nom de l'outil public qui le calcule, désignent le même chiffre.
Le décret en fait « un nombre entier supérieur à zéro », exprimé en points d'impact : plus il est élevé, plus le vêtement pèse sur l'environnement. Il n'y a ni classe de A à E ni code couleur, à la différence du Nutri-Score. L'arrêté du 6 septembre 2025 fixe une signalétique unique : la mention « Coût environnemental », le nombre de points du produit et ce nombre rapporté à 100 g. En rayon comme en ligne, elle doit être au moins aussi grande que les chiffres du prix.
Le calcul suit le vêtement de la fibre à la fin de vie. Il reprend les 16 catégories d'impact de la méthode européenne d'empreinte environnementale des produits, appelée PEF, dont le climat, l'eau, les ressources fossiles et l'écotoxicité, pondérées puis additionnées. La France a modifié la pondération : les 2 toxicités humaines comptent pour zéro, et l'écotoxicité en eau douce des molécules organiques, comme celles des teintures et des apprêts, compte double.
S'y ajoutent 2 compléments absents du PEF, comptés directement en points : le rejet de microfibres au lavage, et l'export hors d'Europe de vêtements usagés qui ne seront pas réutilisés, à 5 000 points par kilogramme. Dans les déclarations publiées au 1er octobre 2026, la matière et l'ennoblissement (teinture, impression, apprêts) font chacun près d'un tiers des points d'un t-shirt, l'usage 21 %, la confection et le transport moins de 5 % à eux 2. Les étapes que la marque connaît le mieux pèsent donc le moins, et celles qui pèsent le plus sont chez des fournisseurs de 2e ou 3e rang.
Le total est ensuite divisé par un coefficient de durabilité, compris entre 0,67 et 1,45, qui module le nombre de jours d'usage retenu pour le vêtement. Il ne mesure pas la solidité du tissu : il note la marque sur 2 critères à parts égales, la largeur de sa gamme et son incitation à la réparation.
Sous 1 000 références proposées en même temps sur un segment (femme, homme, enfant), au pic de l'année, la marque a le plein sur le 1er critère, et rien au-delà de 16 000. Le 2e compare le coût moyen d'une réparation, 10 € pour un t-shirt, au prix de vente. Pour une entreprise qui n'est pas une PME, un service de réparation labellisé en compte pour un tiers. La formule complète et les autres seuils sont dans notre guide de l'outil Ecobalyse.
Le score se lit à l'inverse d'une note : plus il est bas, mieux c'est. Encore faut-il comparer ce qui se compare, et savoir d'où viennent les écarts.
Le 1er chiffre de l'étiquette dépend de la masse : un manteau de 950 g fait plus de points qu'un t-shirt de 150 g, même bien conçu. Le 2e, pour 100 g, rapproche des vêtements de masses différentes, mais il reste lié au type de produit. La méthode fixe pour chacun un nombre de jours d'usage et de lavages : 45 jours et 45 lavages pour un t-shirt, 70 jours et 23 lavages pour un jean.
Il n'existe aucun seuil officiel de bon ou de mauvais score. Les produits déclarés donnent un repère : dans l'export du portail au 1er octobre 2026, la moitié des t-shirts déclarés se situe entre 410 et 628 points pour 100 g, la moitié des pulls entre 333 et 487. L'outil ci-dessous donne ces fourchettes pour 7 catégories.
Les 2 t-shirts de l'ouverture et les 3 vêtements de l'illustration ci-dessous viennent de la même série de 25 exemples de la version 7.0.0. Les pouvoirs publics illustrent le score avec les exemples intégrés à l'outil Ecobalyse, calculés sur des profils types de marque. Le dernier de la série, dit « majorant par défaut », correspond à une saisie sans aucune donnée de la marque. Il donne 1 558 points pour un t-shirt en coton, soit 1 039 pour 100 g, plus que 999 t-shirts déclarés sur 1 000. C'est le chiffre vers lequel tend un calcul fait par un tiers qui ne connaît pas les fournisseurs.
Un t-shirt saisi sans aucune donnée fait plus de points que 999 t-shirts déclarés sur 1 000, et c'est ce calcul qu'un tiers peut publier.
Le coefficient de durabilité suffit à faire varier un vêtement identique du simple à près du double. Dans notre calcul ci-dessous, avec l'outil public, le même t-shirt fabriqué au Pakistan passe de 715 points chez une petite marque à 1 351 chez une marque à très large gamme vendue à petit prix.
Le graphique montre aussi la conséquence nouvelle de ce coefficient : à 0,8 ou moins, il déclenche une pénalité dans l'éco-contribution, présentée plus bas. La matière, le pays de teinture ou le recours à l'avion déplacent eux aussi le score, et les leviers d'éco-conception d'un vêtement en donnent les ordres de grandeur.
Toute entreprise qui met des vêtements sur le marché français peut afficher le score, sans seuil de taille, qu'elle fabrique en France ou au Bangladesh. Elle doit d'abord le déposer sur le portail officiel, avec sa décomposition et la version de la méthode.
Le portail de déclaration comptait le 18 octobre 2026 118 566 références déposées par 188 marques, contre « près de 100 marques » et 40 000 produits annoncés par le ministère le 22 juin. Parmi les volontaires que le ministère cite figurent Kiabi, Jules, Promod, Leclerc, Carrefour, Système U, Petit Bateau et Le Slip français.
Le mouvement s'est accéléré avant l'échéance du 1er octobre : dans le fichier publié en données ouvertes, 36 marques ont fait leur 1re déclaration en septembre 2026, 2 fois plus que lors de tout autre mois.
L'article D. 541-244 du code de l'environnement permet à « toute personne morale ou physique » de calculer et de publier le coût environnemental d'un vêtement, à partir des données disponibles ou estimées. Jusqu'au 1er octobre 2026, il fallait l'accord de la marque, sauf si elle avait déjà publié ce score sur le portail. Une association, un comparateur ou un concurrent peut désormais le faire, avec les valeurs par défaut de la méthode, souvent défavorables.
La marque garde le dernier mot : si elle publie son propre calcul, il devient la référence, et le tiers a 1 mois pour s'aligner. Le détail est dans ce qui a changé le 1er octobre 2026, et le contrôle des chiffres déclarés dans notre article sur la vérification d'une collection.
Non. Au 18 octobre 2026, aucune marque n'est obligée d'afficher le coût environnemental de ses vêtements. Des règles encadrent pourtant déjà celles qui communiquent, et la loi du 8 juillet 2026 donne une valeur financière au coefficient de durabilité.
La loi du 22 août 2021 pose le principe d'un affichage environnemental obligatoire, mais l'article L. 541-9-12 du code de l'environnement le renvoie à un décret qui désigne les catégories de produits concernées. Ce décret n'existe pour aucun secteur. Le décret de 2025 vise la marque qui « porte volontairement à la connaissance du consommateur » le coût environnemental. La situation des autres secteurs, de l'ameublement à l'alimentaire, est dans notre point sur l'affichage obligatoire et dans le guide de l'affichage environnemental.
Une marque qui affiche le score, ou qui parle de l'impact de ses vêtements par un autre chiffre, est tenue par 3 règles :
L'éco-score textile reste volontaire, mais depuis le 1er octobre 2026 une marque qui affiche un autre score environnemental doit aussi afficher le coût environnemental.
La loi n° 2026-602 du 8 juillet 2026, dite loi anti fast fashion, ne touche pas à l'affichage : elle ne cite ni le coût environnemental ni ses articles. Elle module en revanche l'éco-contribution que chaque metteur en marché de vêtements verse à la filière REP textile. Depuis le 1er septembre 2026, l'arrêté du 24 août 2026 applique une pénalité aux vêtements dont le « score D » ne dépasse pas 0,8, calculé avec la formule du coefficient de durabilité.
La méthode de l'affichage est réputée satisfaire à ce calcul. En 2026 et 2027, la pénalité vaut 2 € pour un t-shirt, 9 € pour un jean et 12 € pour un manteau. Dans les déclarations publiées au 1er octobre, 4,5 % des produits avaient un coefficient de 0,8 ou moins, chez 17 marques. La loi impose aussi d'afficher les lieux de fabrication près du prix pour tout vêtement vendu en ligne, et interdit au 1er janvier 2027 la publicité pour la mode ultra-express. Les montants jusqu'en 2030 et les cas des plateformes sont dans notre article sur la loi fast fashion.
Aucun texte européen n'impose en 2026 un score environnemental sur les vêtements. Quand la France lui a notifié son dispositif, en février 2025, la Commission a rappelé qu'aucune règle de l'Union ne prévoit d'étiquetage du coût environnemental, et demandé qu'il reste « entièrement volontaire ».
Le règlement européen sur l'écoconception, dit ESPR, fixera des exigences pour les vêtements et leur passeport numérique par un acte délégué que la Commission prévoit au 4e trimestre 2027, sans annoncer de score. La directive (UE) 2025/1892 impose de son côté une filière de responsabilité élargie du producteur pour les textiles dans chaque État au plus tard le 17 avril 2028. L'ESPR interdit déjà aux grandes entreprises de détruire leurs vêtements invendus depuis le 19 juillet 2026. Le calendrier de l'ESPR et du passeport détaille ces échéances.
La méthode compte 18 catégories d'impact, mais plusieurs sujets restent hors du chiffre, et un bon score ne dit rien d'eux. La pièce ci-dessous les montre à côté de ce que le score compte bien.
Un score bas ne vaut donc ni label social ni garantie de solidité. Il ne compte pas non plus le volume vendu : le coefficient regarde le nombre de références proposées, pas le nombre de pièces produites. Il se lit à côté d'autres informations vérifiables : la composition, les pays de fabrication, que la loi de 2026 fait afficher près du prix pour les ventes en ligne, et les conditions de réparation. Une marque qui en tire un argument « écologique » reste soumise aux règles sur les allégations environnementales, que la directive EmpCo durcit encore.
Le calcul ne demande pas d'analyse de cycle de vie : l'outil public Ecobalyse et le portail sont gratuits. Le travail est dans les données des fournisseurs. Les pays de tissage, d'ennoblissement et de confection sont obligatoires, et chaque case optionnelle laissée vide prend une valeur défavorable. Des logiciels privés reprennent la méthode pour les gros catalogues. Une démarche raisonnable tient en 4 étapes :
Le coût tient surtout au temps passé à collecter, sans barème public : notre article sur le coût de l'affichage le détaille poste par poste. Une PME peut faire financer une démarche d'écoconception par le Diag Éco-conception de Bpifrance et de l'ADEME, avec un reste à charge de 5 400 € HT sous 50 salariés et de 7 200 € HT sous 250. Les mêmes données serviront au passeport numérique des produits que prépare l'Union européenne.
Pour nous, au Projet Celsius, l'éco-score textile se gagne sur les données plus que sur l'outil. Un score calculé avec les pays réels des fournisseurs et le vrai profil de la marque fait moins de points que le calcul par défaut qu'un tiers publierait. Dans les déclarations du 1er octobre, 999 t-shirts sur 1 000 sont sous ce majorant. Nous conseillons de commencer par le coefficient de durabilité, parce qu'il pèse sur toute la gamme et sur la pénalité, puis de documenter la filature et l'ennoblissement des meilleures ventes.
Pour calculer un premier score pas à pas, voir notre guide de l'outil Ecobalyse.
Non. Au 18 octobre 2026, aucun décret n'impose l'affichage du coût environnemental des vêtements : il reste volontaire. Une marque qui l'affiche doit suivre la méthode officielle et déposer son score sur le portail. Depuis le 1er octobre 2026, celle qui communique un autre score environnemental doit aussi afficher le coût environnemental, et un tiers peut publier le score de ses vêtements sans son accord.
L'étiquette donne un nombre de points d'impact et ce même nombre pour 100 g. Plus il est bas, plus l'impact est faible. Le chiffre pour 100 g sert à comparer des vêtements de masses différentes, de préférence dans la même catégorie, puisque chaque type de produit a sa durée d'usage fixée par la méthode. Il n'y a ni lettre ni couleur.
Aucun seuil officiel n'existe. Dans les déclarations publiées au 1er octobre 2026, la moitié des t-shirts affiche entre 410 et 628 points pour 100 g, avec une médiane à 515. L'exemple officiel d'un t-shirt en lin fabriqué en France descend à 231 points pour 100 g, celui d'un t-shirt saisi sans données à 1 039.
La marque, le fabricant ou l'importateur le calcule avec l'outil public Ecobalyse, ou avec un logiciel qui reproduit sa méthode, puis le dépose sur le portail officiel. Depuis le 1er octobre 2026, toute personne peut aussi calculer et publier le score d'un vêtement, à partir des données disponibles ou estimées. Si la marque publie son propre calcul, celui-ci s'impose au tiers dans un délai d'1 mois.
L'outil Ecobalyse et le portail de déclaration sont gratuits, et le calcul ne demande pas d'analyse de cycle de vie. Le coût tient au temps de collecte des données fournisseurs, sans barème public. Pour aller plus loin en écoconception, une ACV simplifiée coûte de l'ordre de 5 000 à 10 000 € HT et l'ACV complète d'un produit courant de 10 000 à 25 000 € HT, ordres de grandeur constatés en 2026, variables selon les prestataires ; le Diag Éco-conception laisse 5 400 ou 7 200 € HT à la charge d'une PME.
La loi du 8 juillet 2026 ne modifie pas l'affichage, mais l'arrêté du 24 août 2026 utilise la formule de son coefficient de durabilité. Depuis le 1er septembre 2026, un vêtement dont ce coefficient ne dépasse pas 0,8 paie une pénalité dans son éco-contribution : 2 € pour un t-shirt, 9 € pour un jean et 12 € pour un manteau en 2026 et 2027.