Par Sébastien Pierfederici · Publié le 20 avril 2026 · Mis à jour le 18 octobre 2026
L'affichage environnemental donne au consommateur, au moment de l'achat, le coût environnemental d'un produit : un nombre de points d'impact qui résume ses impacts sur tout son cycle de vie. Prévu par la loi Climat et Résilience de 2021, il n'a en 2026 un cadre complet que pour les vêtements, où il reste volontaire depuis le 1er octobre 2025. L'alimentation dispose d'une méthode stabilisée, l'ameublement attend la sienne d'ici fin 2026.
Sur l'étiquette d'un vêtement, l'affichage environnemental prend la forme d'un pictogramme : la mention « Coût environnemental », un nombre de points d'impact et ce même nombre rapporté à 100 g. Derrière ce chiffre, une méthode publique additionne les impacts du produit de la matière première à la fin de vie, et un portail de l'État publie chaque score avec sa décomposition par catégorie d'impact. L'image ci-dessous se lit repère par repère.
Au 18 octobre 2026, ce dispositif ne fonctionne en entier que pour l'habillement : 188 marques y ont déposé 118 566 références de vêtements, selon le portail officiel. Pour l'alimentation, la méthode de calcul est stabilisée mais aucun texte n'encadre son affichage. Pour l'ameublement, elle est en préparation.
L'affichage environnemental est une information destinée au consommateur, donnée par marquage, étiquetage ou tout autre procédé, sur les impacts d'un bien ou d'un service sur l'ensemble de son cycle de vie. La loi Climat et Résilience du 22 août 2021 l'a inscrit à l'article L. 541-9-11 du code de l'environnement. Le texte vise les émissions de gaz à effet de serre, les atteintes à la biodiversité et la consommation d'eau et d'autres ressources, et demande que l'impact climatique ressorte à part.
L'idée remonte au Grenelle de l'environnement, avec une 1re expérimentation nationale entre 2009 et 2012, selon l'ADEME. La loi de 2021 a ouvert des expérimentations de 5 ans au plus, puis prévu qu'un décret rende l'affichage obligatoire catégorie par catégorie. Aucun décret de ce type n'est paru au 18 octobre 2026. Partout où il existe, l'affichage est donc volontaire, mais il suit les règles fixées pour sa catégorie de produits.
Pour les vêtements, le seul secteur où le format est fixé, le résultat s'appelle le coût environnemental. C'est « un nombre entier supérieur à zéro », exprimé en points d'impact : plus il est élevé, plus l'impact est lourd. Il n'y a ni classe de A à E ni couleur, et aucun seuil officiel ne dit à partir de quand un produit est « bon ». Le score pour 100 g sert à comparer des produits de masses différentes, de préférence dans la même catégorie.
Plusieurs étiquettes voisines se confondent avec lui, alors qu'elles ne mesurent pas la même chose :
Le calcul repose sur l'analyse du cycle de vie (ACV) : on modélise chaque étape du produit, de l'extraction des matières à la fin de vie, puis on traduit ses flux en impacts. La France a retenu le cadre européen de l'empreinte environnementale des produits, dite PEF, que la Commission a fixé dans la recommandation (UE) 2021/2279. Il mesure 16 catégories d'impact.
Chaque catégorie a son unité : kilogrammes d'équivalent CO2 pour le climat, mètres cubes pour l'eau, mégajoules pour les ressources fossiles. Pour les additionner, la méthode divise chaque résultat par une valeur de référence, c'est la normalisation, puis le multiplie par un poids, c'est la pondération. La somme donne le score unique, que le textile exprime en points d'impact.
L'arrêté du 6 septembre 2025 publie ces poids pour les vêtements, et la méthode alimentaire reprend les mêmes, selon la documentation d'Ecobalyse. Le changement climatique garde les 21,06 % de la pondération européenne. L'écotoxicité de l'eau douce, qui n'y pesait que 1,92 %, monte au même niveau, et l'effet des molécules organiques y est doublé. Les 2 toxicités humaines passent à zéro, et les 12 autres catégories baissent dans la même proportion pour que le total reste à 100 %.
Certains impacts échappent à l'ACV classique : chaque méthode sectorielle peut donc ajouter des compléments, comptés directement en points. Le textile en ajoute 2, 5 000 points par kilogramme de vêtement exporté hors de l'Union européenne sans être réutilisé, et 1 000 points par kilogramme de matière de référence pour les microfibres rejetées. L'alimentation en ajoute 4, qui valorisent des pratiques agricoles favorables à la biodiversité : les haies, les prairies permanentes, les petites parcelles et la diversité des cultures d'un territoire. Ces 4 compléments viennent en déduction du score, jusqu'à 30 % de celui-ci.
Pour les vêtements, le total est ensuite modulé par un coefficient de durabilité, compris entre 0,67 et 1,45, qui allonge ou raccourcit la durée d'usage retenue. Il repose à parts égales sur la largeur de gamme de la marque et sur son incitation à la réparation. Il ne mesure donc pas la solidité du tissu, et sa formule complète est dans notre guide de l'outil Ecobalyse.
Dans la pondération française, l'écotoxicité de l'eau douce compte autant que le changement climatique.
Le calcul s'appuie sur des données génériques que l'ADEME développe avec ses partenaires : la Base Empreinte et, pour l'alimentation, Agribalyse. Elles fournissent les valeurs par défaut, comme l'impact d'un kilowattheure d'électricité ou d'un kilomètre de transport. L'outil public Ecobalyse, développé par l'État avec l'ADEME, calcule le score gratuitement, pour les vêtements comme pour l'alimentation. Un autre logiciel peut servir, à condition d'appliquer la méthode officielle, et une analyse du cycle de vie complète n'est pas nécessaire pour obtenir le score.
Le ministère de la Transition écologique pilote le dispositif, avec l'ADEME comme opérateur technique, et avance secteur par secteur. Le tableau ci-dessous compare l'état de chaque méthode. Le calendrier détaillé, et les informations déjà obligatoires produit par produit, sont dans notre article sur l'affichage environnemental obligatoire, et notre outil en ligne situe un produit en quelques questions.
Le décret n° 2025-957 et son arrêté, en vigueur depuis le 1er octobre 2025, couvrent les vêtements neufs ou remanufacturés vendus en France, sans seuil de taille d'entreprise. Le linge de maison, les vêtements à usage unique et ceux qui intègrent de l'électronique en sont exclus. La méthode, l'outil, la signalétique et le portail existent, ce qui n'est le cas d'aucun autre secteur. Le détail est dans notre guide de l'éco-score textile, et les règles nées le 1er octobre 2026 dans notre article sur ce qui a changé à cette date.
Pour l'alimentation, la méthode de calcul du coût environnemental est officiellement stabilisée depuis le 13 mai 2026, selon l'ADEME, après une consultation technique close fin 2025. Elle suit le produit sur 5 étapes, des ingrédients à la consommation, et s'appuie sur la base Agribalyse et sur Ecobalyse. Mais aucun décret ni arrêté n'encadre encore l'affichage des aliments : l'ADEME évoque, à court terme, un système national volontaire comme celui du textile, et note que plusieurs entreprises se sont déjà engagées. Des travaux se poursuivent sur la biodiversité marine, pour les produits de la pêche.
Pour les meubles, l'ADEME a ouvert le 10 mars 2026 une phase d'expérimentations, close le 19 juin. Elle visait à recueillir les propositions de la filière, avec des ateliers sur les composants, la comparaison de produits, la sylviculture et la biodiversité. Une première proposition méthodologique est attendue d'ici fin 2026, et aucun texte réglementaire n'existe à ce jour. Notre guide de l'affichage environnemental de l'ameublement détaille ce que prépare la méthode. Le règlement européen prévoit de son côté des exigences pour les meubles et les matelas.
Selon l'ADEME, des premiers tests portent sur les véhicules intermédiaires (entre le vélo et la voiture : vélos électriques et petits véhicules motorisés à 2, 3 ou 4 roues), et des données se construisent pour les fleurs et l'horticulture. L'agence précise qu'aucun autre travail public n'est en cours. La cosmétique n'a donc aucune méthode publique, et la Commission ne liste aucune règle sectorielle européenne pour ce secteur. Les initiatives existantes, comme l'EcoBeautyScore lancé par des industriels, sont privées. Les leviers dont disposent les marques sont dans notre guide de l'écoconception des cosmétiques. Pour l'électronique et l'électroménager, d'autres informations sont déjà obligatoires, comme l'étiquette énergie ou l'indice de réparabilité.
Pour les vêtements, le décret décrit une chaîne précise, que suit toute personne qui affiche le score, la marque comme un tiers. Elle tient en 4 étapes, auxquelles s'ajoute depuis le 1er octobre 2026 la place faite aux tiers.
Avant d'afficher quoi que ce soit, la marque dépose sur le portail le score, sa décomposition par catégorie d'impact et le coefficient de durabilité, rendus publics et réutilisables sous licence ouverte. Les données de calcul restent réservées aux agents de la DGCCRF, pour le contrôle, et à ceux des ministères et de l'ADEME, pour le suivi du dispositif.
Une entreprise se connecte avec ProConnect, puis dépose ses références par fichier, ou par une interface de programmation (API) pour un catalogue entier. Au 18 octobre 2026, le portail compte 90 727 déclarations par l'API et 2 773 fichiers déposés, un fichier pouvant porter de nombreuses références. Faire vérifier les scores d'une collection avant leur dépôt est l'objet de notre article sur le contrôle des scores Ecobalyse.
La signalétique officielle ne se modifie pas, et en rayon comme en ligne elle est au moins aussi grande que les chiffres du prix. Le score se met à jour au plus une fois tous les 3 mois, et dans les 12 mois qui suivent une nouvelle version de la méthode, sauf s'il est déjà imprimé sur le produit ou son emballage.
Depuis le 1er octobre 2026, toute personne peut calculer et publier le coût environnemental d'un vêtement sans l'accord de la marque, avec des données estimées, aux mêmes conditions qu'elle. Si la marque publie son propre calcul, c'est lui qui prévaut, et le tiers doit le reprendre dans un délai d'un mois au plus. Le portail compte déjà 11 déclarations faites par des citoyens.
Depuis le 1er octobre 2026, qui communique un autre score environnemental sur un vêtement doit aussi afficher le coût environnemental, sans contradiction entre les 2. Un affichage qui ne respecte pas ces règles est interdit, et passible d'une amende administrative de 15 000 € au plus pour une entreprise (article L. 541-9-15 du code de l'environnement). Le détail est dans notre article sur les risques d'une marque.
Depuis le 1er octobre 2026, une marque de vêtements qui n'affiche pas son score peut le voir publié par un tiers, calculé avec des données estimées.
La méthode française s'appuie sur le cadre européen, mais l'affichage reste une initiative nationale. La recommandation (UE) 2021/2279 n'est pas contraignante : elle préconise les méthodes d'empreinte environnementale sans imposer d'étiquette.
Le règlement (UE) 2024/1781, dit ESPR, en vigueur depuis le 18 juillet 2024, fixe des exigences d'écoconception et d'information produit par produit, par des actes délégués. Son plan de travail du 16 avril 2025 vise une adoption en 2027 pour les textiles, en 2028 pour les meubles et en 2029 pour les matelas. Ces actes apporteront le passeport numérique produit, et une partie des données réunies pour le coût environnemental devrait y resservir. Le calendrier de l'ESPR et la méthode de calcul d'un passeport détaillent ce qui arrive.
La directive (UE) 2024/825, dite EmpCo, devait s'appliquer dans les États membres à partir du 27 septembre 2026 ; en France, sa loi de transposition n'est pas votée : le projet adopté par le Sénat le 18 février 2026 attend l'Assemblée nationale. Elle interdit d'afficher un label de développement durable qui ne repose ni sur un système de certification ni sur une décision des autorités publiques, ainsi que les allégations génériques comme « respectueux de l'environnement » sans performance reconnue. La signalétique du coût environnemental, fixée par arrêté, est mise en place par les pouvoirs publics. Le détail est dans EmpCo en 2 minutes et dans notre liste des allégations interdites.
La proposition de directive dite Green Claims, qui devait encadrer la preuve des allégations environnementales, est à l'arrêt depuis que la Commission a annoncé, le 20 juin 2025, son intention de la retirer, sans que la procédure soit formellement close. Pour prouver une allégation, les entreprises s'appuient donc sur EmpCo et sur le droit français de la pratique commerciale trompeuse.
Le point de départ dépend du secteur, mais le travail est le même partout : réunir des données fiables sur ses produits et sur ses fournisseurs. L'outil de calcul et le dépôt sont gratuits, et l'effort se concentre sur la collecte. Selon le secteur, les priorités ne sont pas les mêmes :
Aucun barème public ne fixe le prix d'un accompagnement, et le calcul du coût environnemental d'un vêtement n'exige pas d'ACV. Une ACV sert à aller plus loin, pour comprendre d'où viennent les points et tester des choix d'écoconception. En ordre de grandeur constaté en 2026, sans barème officiel, son prix dépend de sa profondeur :
Le Diag Éco-conception de Bpifrance et de l'ADEME laisse 5 400 € HT à la charge d'une entreprise de moins de 50 salariés et 7 200 € HT à celle d'une entreprise de moins de 250 salariés. Ce forfait de 18 jours d'accompagnement en écoconception figure dans notre panorama des aides. Le détail des coûts, secteur par secteur, est dans notre article sur le coût de l'affichage environnemental, et les prix des études dans notre guide du prix d'une ACV.
Pour nous, au Projet Celsius, la question utile pour une entreprise est de savoir quelle part de son score elle peut documenter avec ses propres données. Dans le textile, les pays de tissage, d'ennoblissement et de confection sont obligatoires, et une marque qui ne les obtient pas de ses fournisseurs ne peut pas déclarer. Nous recommandons de commencer par une gamme pilote, de déposer un score calculé avec ses propres données, puis d'élargir au reste du catalogue. Une fois déposé, ce score calculé par la marque prévaut sur celui qu'un tiers aurait estimé.
Pour savoir si un produit est déjà soumis à une obligation d'information, et à partir de quand, la suite est dans notre article sur l'affichage environnemental obligatoire.
Non, pas au 18 octobre 2026. La loi Climat et Résilience prévoit qu'un décret rende l'affichage obligatoire par catégorie de produits, mais aucun n'est paru. Pour les vêtements, l'affichage est volontaire et encadré depuis le 1er octobre 2025. Depuis le 1er octobre 2026, un tiers peut publier le score d'un vêtement, et qui affiche un autre score environnemental doit aussi afficher le coût environnemental.
C'est le nom réglementaire du score de l'affichage environnemental : un nombre entier de points d'impact, qui agrège les impacts d'un produit sur tout son cycle de vie, de la matière première à la fin de vie. Plus il est élevé, plus l'impact est lourd. Sur un vêtement, la signalétique officielle donne ce nombre et le même nombre rapporté à 100 g, sans lettre ni couleur.
Par une analyse du cycle de vie, de la matière première à la fin de vie. Les résultats des 16 catégories d'impact de la méthode européenne PEF sont normalisés puis pondérés : la France donne 21,06 % du total au climat comme à l'écotoxicité de l'eau douce, et 0 à la toxicité humaine. Chaque secteur peut ajouter des compléments, et les vêtements un coefficient de durabilité. L'outil public Ecobalyse fait le calcul gratuitement.
Sur le portail officiel affichage-environnemental.ecobalyse.beta.gouv.fr, désigné par l'arrêté du 6 septembre 2025. Une entreprise s'y connecte avec ProConnect ou demande la création d'un compte, puis déclare ses références par fichier ou par une interface de programmation. Le dépôt précède toute communication sur le score. Depuis octobre 2026, un citoyen peut aussi y déclarer un produit, en passant par FranceConnect.
L'affichage environnemental est un score destiné au consommateur, visible au moment de l'achat. Le passeport numérique produit, prévu par le règlement européen ESPR, est un dossier de données accessible par un code, qui sert aussi aux réparateurs, aux recycleurs et aux autorités de contrôle. Les 2 s'appuient en partie sur les mêmes données de produit et de fournisseurs, mais ils ne relèvent ni des mêmes textes ni du même calendrier.
L'outil Ecobalyse et le dépôt sur le portail sont gratuits. Le coût vient de la collecte des données de fournisseurs et, si la marque veut aller plus loin, d'une analyse du cycle de vie, sans barème officiel : en ordre de grandeur constaté en 2026, 5 000 à 10 000 € HT pour une ACV simplifiée. Le Diag Éco-conception de Bpifrance laisse 5 400 ou 7 200 € HT à la charge d'une PME, selon sa taille.