Un Livret A émet environ 25 tonnes de CO₂ par million d'euros placés sur un an ; une assurance-vie en fonds euros, près de 175, soit sept fois plus. Derrière le même mot « placement », votre argent finance des choses très différentes, du logement social aux entreprises pétrolières. Ce guide explique d'où vient cette empreinte, ce que pèse chaque placement grand public, et comment rendre votre épargne plus sobre sans y perdre.
Vous avez sans doute un Livret A, peut-être une assurance-vie, quelques actions. Comme beaucoup d'épargnants, vous vous demandez peut-être si cet argent « dort » tranquillement sur un compte, ou s'il pèse quelque part pour le climat.
Il pèse, et l'écart d'un placement à l'autre est considérable. Un Livret A tourne autour de 25 tonnes de CO₂ par million d'euros placés et par an, une assurance-vie en fonds euros autour de 175 : un facteur 7. La vraie question n'est donc pas « est-ce que mon épargne émet ? », mais « combien, et comment réduire ? ». On commence par le plus simple : pourquoi un placement émet.
Un placement n'est pas une somme qui attend sur une étagère. Dès qu'il est confié à une banque, un assureur ou un courtier, l'argent est prêté ou investi dans des activités bien réelles. Et ce sont ces activités qui émettent des gaz à effet de serre, pas le compte sur lequel votre argent est inscrit.
Selon le placement, votre euro part vers des destinations très différentes :
Autrement dit, l'empreinte carbone d'un placement n'est qu'un reflet de ce qu'il finance. C'est exactement la logique du poste « émissions financées » dans le Bilan Carbone® d'une banque, simplement vue depuis votre relevé à vous plutôt que depuis le sien.
Pour comparer des placements de tailles très différentes, les spécialistes ramènent tout à une unité commune : la tonne de CO₂ (en réalité d'équivalent CO₂, pour inclure tous les gaz à effet de serre) par million d'euros placés et par an. On la note tCO₂e/M€/an. C'est la même unité que celle qui sert à mesurer le scope 3 d'une entreprise, ce que tout Bilan Carbone® cherche à chiffrer.
Pas besoin d'avoir un million d'euros pour que ça vous parle, c'est une simple règle de trois. Sur une intensité de 25 tCO₂e/M€, 10 000 € placés pèsent environ 0,25 tonne de CO₂ par an, soit à peu près 1 300 km en voiture. Le calculateur plus bas fait ce calcul pour votre montant et chaque type de placement.
Maintenant qu'on sait d'où vient l'empreinte, voici les ordres de grandeur 2024, du plus sobre au plus lourd. Chaque famille est expliquée au passage : pas besoin d'être un pro de la finance pour suivre.
Le Livret A, le LDDS (Livret de Développement Durable et Solidaire) et le LEP (Livret d'Épargne Populaire) forment l'épargne dite « réglementée ». Vos dépôts sont en grande partie centralisés par la Caisse des Dépôts, qui les emploie pour financer le logement social et des infrastructures longues. Résultat : ~25 tCO₂e/M€/an, l'empreinte la plus basse des placements grand public, pour un rendement net d'impôt autour de 3 % en 2026.
Le fonds euros, c'est le support « sans risque » de l'assurance-vie, celui dont le capital est garanti. Pour le tenir, les assureurs (CNP, Crédit Agricole, AXA) achètent surtout des obligations d'États et d'entreprises, plus une petite poche d'actions.
Comme ce panier reflète l'économie réelle française et européenne (donc une part de pétrole, gaz, ciment, acier), son empreinte grimpe à ~175 tCO₂e/M€/an selon Carbone 4. Quelques fonds euros labellisés Greenfin descendent autour de 80, mais ils restent minoritaires.
Acheter des actions, c'est détenir des parts d'entreprises cotées, en direct ou via un panier. Le PEA est l'enveloppe fiscale française pour le faire ; un ETF (Exchange Traded Fund, ou « tracker ») est un fonds qui réplique automatiquement un indice boursier, à frais très bas.
Tout dépend de ce que contient le panier. Un PEA CAC 40 reflète la France industrielle (~140 tCO₂e/M€ ; TotalEnergies pèse à elle seule 8 % de l'indice). Un ETF MSCI World, mondial et tiré par les géants de la tech américaine, tombe autour de 120. Sa version filtrée MSCI World Climate Paris Aligned, qui exclut charbon, pétrole et armes, descend à ~40 : trois fois moins, à diversification quasi identique.
Les SCPI (Sociétés Civiles de Placement Immobilier) investissent dans l'immobilier, surtout des bureaux. Leur empreinte, autour de ~70 tCO₂e/M€/an, couvre la construction et l'exploitation des bâtiments détenus. Elle varie beaucoup selon le parc : un immeuble neuf aux normes RE2020 pèse bien moins qu'un ancien à rénover.
Pour le même euro placé, l'empreinte d'une assurance-vie en fonds euros est sept fois celle d'un Livret A.
Pour passer de ces moyennes à votre situation, le calculateur ci-dessous traduit chaque intensité en kilos de CO₂ selon le montant que vous détenez, avec des équivalents parlants : kilomètres en voiture, jours de l'empreinte moyenne d'un Français. De quoi situer concrètement chacun de vos placements.
Ces chiffres ne sont qu'un résumé. Pour comprendre ce qu'ils veulent dire, il faut regarder ce que chaque famille finance concrètement : c'est là que se cachent les bonnes et les mauvaises surprises.
La Caisse des Dépôts publie chaque année le détail. Environ 57 % des sommes centralisées vont au logement social et à la rénovation thermique, ~25 % aux infrastructures (eau, transports propres, équipements publics), le reste à divers prêts longs. C'est le placement le plus directement aligné avec la transition, et le plus utile à la collectivité pour son coût.
À l'inverse, le fonds euros est le plus opaque. Derrière ses obligations souveraines et d'entreprises se cache un échantillon de toute l'économie : des énergéticiens, des cimentiers, des sidérurgistes. C'est ce qui explique son empreinte élevée. Et comme il pèse l'essentiel du patrimoine financier des Français, c'est sur lui que se joue le premier levier de décarbonation.
C'est paradoxalement sur les actions que vous avez le plus de prise. Passer d'un ETF MSCI World classique à sa version Climate Paris Aligned divise l'empreinte par 3 sans renoncer à la diversification mondiale ni, historiquement, à la performance. Aucun autre placement grand public n'offre un levier aussi simple. Les cryptomonnaies, elles, suivent une logique à part, traitée dans un guide dédié.
Au-delà des labels ISR et Greenfin (utiles, mais loin d'être suffisants, et désormais encadrés contre le greenwashing), voici 4 critères concrets pour juger un placement sur sa réalité carbone. C'est la partie la plus technique de ce guide : elle vous donne le vocabulaire exact à chercher dans la documentation d'un fonds.
Depuis 2023, le règlement européen SFDR oblige tout fonds coté en Europe à publier son intensité carbone (le sigle exact est WACI, Weighted Average Carbon Intensity). Cherchez le « PAI report » ou la classification « Article 9 » du gérant, dans la même logique de transparence que le reporting CSRD des entreprises. Repère simple : sous 50 tCO₂e/M€, c'est très bas-carbone ; au-dessus de 150, vous êtes dans la moyenne haute du marché.
Le ratio « % du portefeuille aligné SBTi » (Science Based Targets initiative) indique combien d'entreprises détenues ont un objectif de réduction validé sur une trajectoire 1,5 °C ou 2 °C. Un bon ETF climat vise 100 % d'ici 2030. C'est un signal d'engagement réel des entreprises, pas seulement de leur intensité à l'instant T.
Un vrai placement bas-carbone exclut au minimum le charbon thermique, les sables bitumineux, les armes controversées et le tabac. Les versions « Paris Aligned » y ajoutent les nouvelles exploitations pétrolières et gazières. Lisez la politique d'exclusion du fonds : c'est souvent là que se voit son sérieux, et c'est aussi un terrain surveillé de près en matière de greenwashing.
Le plus parlant pour finir : l'ITR (Implied Temperature Rise) traduit tout le portefeuille en degrés. La question qu'il pose : si toute l'économie émettait au rythme des entreprises que vous détenez, à quelle température finirait-on en 2100 ? Un MSCI World classique tourne autour de 2,7 °C, un Paris Aligned autour de 1,5 à 1,8 °C.
Une obligation verte émise par un pétrolier peut afficher zéro émission tout en finançant l'émetteur.
Pour un particulier, l'objectif n'est pas de tout solder du jour au lendemain, mais de savoir où va son argent et de flécher ses prochains versements vers les plus sobres. Pour les conseillers en gestion de patrimoine, ces ordres de grandeur objectivent le conseil ESG face aux clients. Et pour la méthode complète côté professionnel, place au guide PCAF des émissions financées, qui prolonge ce dossier avec les institutions financières. Celsius accompagne entreprises et investisseurs sur la mesure et la réduction de cette empreinte.
Partiellement. La Caisse des Dépôts publie chaque année le détail d'utilisation des dépôts centralisés (~60 % du Livret A) : ~57 % vont au logement social et à la rénovation thermique, ~25 % aux infrastructures (eau, transports, équipements publics), le reste à divers prêts longs. Les ~40 % non centralisés restent au bilan des banques distributrices, qui les utilisent comme refinancement classique. Le Livret A est donc partiellement aligné transition, mais ce n'est pas un placement à impact spécifique : pour cela, regardez les Livrets de Développement Durable et Solidaire (LDDS) avec option de don, ou les obligations vertes émises par la CDC.
Demandez à votre assureur le « rapport article 29 » de la loi Énergie-Climat : depuis 2022, il l'oblige à publier l'empreinte carbone et l'alignement climat de ses supports. Pour un contrat multisupport, l'empreinte dépend de la répartition que vous avez choisie entre fonds euros et unités de compte. À défaut de chiffre précis, utilisez les ordres de grandeur de cet article : ~175 tCO₂e/M€ pour le fonds euros, et l'intensité publiée de chaque ETF (via le PAI report) pour les unités de compte.
Non, les performances sont historiquement très proches du MSCI World classique. Sur 2020-2025, les indices Climate Paris Aligned ont sous-performé de moins de 0,5 % par an en moyenne, et parfois surperformé (notamment lors des chocs sur l'énergie). La diversification reste mondiale (1 200 à 1 500 titres typiquement) et les frais sont équivalents (0,20-0,40 % par an chez Amundi, BNP Paribas Easy, iShares). Le principal risque relatif vient de l'exclusion du secteur énergie traditionnel, qui peut sous- ou surperformer selon les cycles.
Non, et ce serait même contre-productif. L'empreinte carbone n'est qu'un critère parmi d'autres (rendement, liquidité, fiscalité, horizon de placement), et un placement à très faible intensité n'est pas forcément le plus utile à la transition. La démarche raisonnable : commencer par le levier le plus lourd (le fonds euros de l'assurance-vie), privilégier les versions labellisées ou « Paris Aligned » à l'occasion de vos prochains arbitrages, et garder une vue d'ensemble plutôt que de chercher un zéro carbone théorique.
Oui pour l'or physique, dont l'extraction est très énergivore (~30 tCO₂e par kg d'or selon le World Gold Council 2024) : pour 1 M€ détenu en or, l'empreinte cumulée de l'extraction représente ~500 tCO₂e, mais ce n'est pas une émission annuelle récurrente. Le cash sur compte courant n'est pas neutre non plus : il finance le bilan de votre banque, dont l'intensité moyenne tourne autour de 150-200 tCO₂e/M€/an pour une banque universelle française. Les ETF « or papier » sont équivalents à l'or physique côté empreinte.