Empreinte carbone des dirigeants : pourquoi le CODIR pèse si lourd dans le bilan

Empreinte carbone des dirigeants : pourquoi le CODIR pèse si lourd dans le bilan

Par Guillaume Pakula · Publié le 27 février 2026 · Mis à jour le 27 mai 2026

Dans une entreprise de services, les déplacements du CODIR représentent souvent 5 à 15 % du Bilan Carbone® total - concentrés sur 4 % des effectifs. Le poste est connu des consultants, rarement affiché dans les plans d'action. Pourtant, c'est là que se joue la crédibilité : impossible de demander aux salariés de changer leurs habitudes si le top management continue de prendre l'avion court-courrier pour des trajets de moins de 4 heures.

Quand une entreprise de services fait son premier Bilan Carbone®, il y a un moment de surprise qui revient presque systématiquement : les déplacements aériens du comité de direction représentent une part disproportionnée du bilan total. Pas 1 ou 2 %, mais 5 à 15 % de l'empreinte de l'entreprise - concentrés sur quelques personnes.

Ce n'est pas un reproche, c'est de la physique. Un vol long-courrier émet des quantités massives de CO₂, et les fonctions de direction impliquent structurellement plus de déplacements internationaux. Mais c'est un fait qu'il faut regarder en face quand on parle de stratégie de réduction.

Pourquoi l'empreinte carbone est corrélée au niveau hiérarchique

Prenons une PME de 200 salariés avec un CODIR de 8 personnes. Si chaque membre fait 2 vols européens et 1 vol intercontinental par an, ça représente environ 24 tonnes de CO₂ - soit l'empreinte annuelle de 3 Français moyens concentrée sur les déplacements professionnels de 8 personnes.

En parallèle, un salarié sédentaire qui fait 30 km en voiture chaque jour émet environ 1,5 tonne par an en déplacements domicile-travail. Rien qu'en avion, un membre du CODIR émet donc environ 3 tonnes par an, 2 fois ce que ce salarié émet pour venir travailler. C'est un ordre de grandeur qu'on retrouve dans la grande majorité de nos missions en entreprise de services.

Les ordres de grandeur par destination

Pour piloter une politique de déplacements, il faut connaître le coût carbone réel de chaque trajet. Voici les chiffres que nous utilisons dans nos bilans, issus de la Base Empreinte ADEME et validés par nos 120+ missions.

L'effet crédibilité : pourquoi les salariés regardent en haut

Au-delà des tonnes de CO₂, il y a un enjeu de crédibilité interne qui peut faire ou défaire un plan climat. Les salariés connaissent de mieux en mieux les ordres de grandeur. Ils voient passer les posts LinkedIn, ils lisent la presse, ils font leurs propres calculs.

Demander aux salariés de trier leurs déchets et de baisser le chauffage pendant que les dirigeants prennent l'avion 10 fois par an crée une dissonance qui mine la crédibilité de toute la démarche. Ce n'est pas du moralisme - c'est un constat qu'on fait sur le terrain : les plans climat qui embarquent les équipes sont ceux où la direction montre l'exemple.

Le premier acte d'un plan climat crédible, c'est souvent le plus simple : la direction renonce à un ou deux vols par trimestre, remplacés par des visios. L'impact en tonnes est modeste. L'impact en crédibilité interne est considérable.

Trois leviers concrets pour réduire l'empreinte des déplacements

La règle des 4 heures

Pour tout trajet faisable en train en moins de 4 heures, l'avion est supprimé de la politique de déplacements. Paris-Lyon (2h), Paris-Bruxelles (1h22), Paris-Londres (2h15), Paris-Bordeaux (2h04). Pour ces trajets, l'avion n'a aucun avantage en temps porte-à-porte et 10 à 20 fois plus d'impact carbone.

Le quota annuel de vols

Chaque collaborateur dispose d'un budget carbone déplacements annuel. Libre à lui de l'utiliser comme il veut, mais une fois épuisé, c'est visio. Ça responsabilise sans interdire et pousse naturellement à prioriser les déplacements à forte valeur ajoutée.

La visio par défaut

Le changement le plus structurant : inverser le réflexe. Le présentiel n'est plus la norme, c'est l'exception justifiée. La pandémie a prouvé que la visio fonctionne à grande échelle. Les entreprises qui appliquent ce principe divisent leurs déplacements par 2 à 3 sans perte de productivité mesurable.

Ce qu'il faut retenir

L'empreinte carbone des déplacements professionnels est concentrée en haut de l'organigramme. Ce n'est pas une fatalité - c'est un levier de réduction majeur et un signal de crédibilité pour toute la démarche climat.

Questions fréquemment posées

Mon CODIR fait beaucoup de vols, est-ce que ça pèse vraiment dans le bilan ?

Oui. Dans les entreprises de services, les déplacements aériens du CODIR représentent 5 à 15 % du bilan total. C'est souvent plus que le poste énergie des bureaux. Un Bilan Carbone® vous donne la ventilation exacte.

Comment mettre en place la règle des 4 heures sans braquer les dirigeants ?

En commençant par les chiffres, pas par l'interdiction. Montrez le coût carbone par trajet et le temps réel porte-à-porte (souvent comparable en train). La plupart des dirigeants adoptent la règle quand ils voient les données. Et après quelques semaines, plus personne ne demande à reprendre l'avion sur Paris-Lyon.

La compensation carbone des vols est-elle une solution ?

C'est un complément, pas un substitut à la réduction. La neutralité carbone par la compensation ne fait pas disparaître les émissions de l'atmosphère. La priorité reste de réduire les vols, puis de compenser le résiduel incompressible.

Quel est le coût d'un Bilan Carbone® pour une PME de services ?

En ordre de grandeur, entre 10 000 et 30 000 € HT pour un bilan scopes 1-2-3 selon la complexité, dès 3 000 € HT pour une très petite structure au périmètre simple. Le Diag Décarbon'Action Bpifrance finance 40 % pour les PME < 500 salariés (reste à charge 6 000 € HT).

Les salariés en télétravail émettent-ils moins ?

Oui, significativement. Le télétravail est le levier mobilité le plus puissant : un jour de télétravail par semaine réduit les émissions de déplacement de 20 %. C'est particulièrement efficace en zone rurale où il n'y a pas d'alternative à la voiture.

Quel poids ont les plus riches dans les émissions mondiales ?

Selon le rapport d'Oxfam « Climate Equality » publié en 2023, le 1 % le plus riche de la population mondiale émet 16 % des émissions mondiales. Pour comparaison, le budget carbone compatible avec l'Accord de Paris (+2 °C) est d'environ 2 tCO2e par personne et par an, quand un Français moyen émet environ 8 tCO2e. La même concentration se retrouve dans les entreprises de services : les déplacements aériens du comité de direction, qui représente environ 4 % des effectifs, pèsent souvent 5 à 15 % du Bilan Carbone® total.

Que peut faire l'entreprise face à l'empreinte carbone de ses dirigeants ?

Elle peut agir sur la politique de déplacements, qui concentre l'essentiel du sujet. La règle des 4 heures supprime l'avion pour tout trajet faisable en train en moins de 4 heures, comme Paris-Lyon, Paris-Bruxelles ou Paris-Londres. Un quota carbone annuel par collaborateur responsabilise sans interdire, et la visioconférence par défaut fait du déplacement l'exception justifiée. Ces mesures sans coût réduisent le poste de 30 à 50 %. La direction doit montrer l'exemple, car un plan climat perd sa crédibilité si le CODIR continue de prendre l'avion sur des trajets courts.