Quelle est l'empreinte carbone des plus riches ?
D'où viennent leurs émissions ?

Quelle est l'empreinte carbone des plus riches ? D'où viennent leurs émissions ?

Par Guillaume Pakula · Publié le 27 février 2026 · Mis à jour le 17 octobre 2026

Une personne du 1 % qui émet le plus dans le monde rejette en moyenne 110 tCO2e par an, près de 70 fois plus que la moitié la plus sobre de l'humanité, selon le World Inequality Lab (données 2019). En France, les 10 % les plus riches émettent 16,2 tCO2e par leur consommation et 37,7 tCO2e quand on leur attribue les émissions de ce qu'ils possèdent. Ce périmètre, consommation seule ou patrimoine compris, explique des chiffres qui vont de 16 tonnes à près de 2 millions de tonnes.

En 2019, une personne du 1 % de l'humanité qui émet le plus a rejeté en moyenne 110 tCO2e (tonnes d'équivalent CO2), d'après le World Inequality Report 2022. La moitié la plus sobre de la population mondiale, 3,9 milliards de personnes, en a émis 1,6 tonne par personne, soit près de 70 fois moins.

Ces moyennes comptent ce que chacun consomme, mais aussi la part des usines que financent ses placements. D'où des chiffres publiés qui vont de 16 tonnes à près de 2 millions de tonnes par personne pour « les riches ». Les sections suivantes reprennent ces chiffres un par un, avec ce qu'ils comptent.

Combien émettent les plus riches dans le monde ?

Le World Inequality Report 2022, coordonné par Lucas Chancel, Thomas Piketty, Emmanuel Saez et Gabriel Zucman, part des comptes carbone de chaque pays. Il répartit leurs émissions selon les revenus, le patrimoine et les dépenses publiques, partagées à parts égales entre habitants.

Les 10 % et le 1 % qui émettent le plus

En 2019, les 10 % qui émettent le plus ont produit 47,6 % des émissions mondiales, avec 31 tonnes par personne en moyenne. On entre dans ce groupe au-delà de 13 tonnes par an. Le 1 % qui émet le plus réunit 77 millions de personnes, qui rejettent chacune 110 tonnes par an. Ce petit groupe produit 16,8 % du total, davantage que toute la moitié la plus sobre de l'humanité, qui en produit 12 %.

Plus haut, les chiffres changent d'ordre de grandeur. Le rapport compte 467 tonnes par personne pour le 0,1 % qui émet le plus. Il en compte 2 531 pour le 0,01 %, soit 771 000 personnes, avec une méthode que ses auteurs jugent plutôt prudente. Le classement porte sur les émissions, estimées à partir des revenus et du patrimoine : grande fortune et fortes émissions vont de pair.

Le 1 % qui émet le plus rejette davantage de gaz à effet de serre que toute la moitié la plus sobre de l'humanité.

Ce que disent le GIEC et Oxfam

Les autres travaux de référence vont dans le même sens. Dans son résumé de 2022 sur l'atténuation, le GIEC écrit que les 10 % des ménages qui émettent le plus par personne produisent 34 à 45 % des émissions liées à la consommation des ménages. La moitié la moins émettrice en produit 13 à 15 %. Ces parts excluent les placements.

Oxfam, avec l'Institut de l'environnement de Stockholm (SEI), classe la population par revenu et ne compte que le CO2. Dans son rapport de novembre 2023, le 1 % le plus riche a émis 16 % du CO2 mondial en 2019. C'est autant que les 66 % les plus pauvres, soit 5 milliards de personnes. On entre dans ce 1 % avec un revenu d'environ 140 000 dollars par an, en parité de pouvoir d'achat. Pour 2023, sa note de méthode de 2025 compte 298 tonnes de CO2 par an pour une personne du 0,1 % le plus riche, soit 817 kg par jour.

Et en France, combien émettent les plus aisés ?

Un habitant de la France a une empreinte carbone moyenne de 8,3 tCO2e en 2025, importations comprises, selon l'estimation provisoire de l'Insee et du service statistique du ministère de la Transition écologique publiée le 13 octobre 2026. Pour 2019, le World Inequality Report donne 8,7 tCO2e par habitant, placements compris. Selon sa méthode, les 10 % des Français qui émettent le plus rejettent 24,7 tonnes par personne, 5 fois la moitié la plus sobre. Le 1 % qui émet le plus monte à 77,5 tonnes.

Selon le revenu

Classés par revenu, les écarts restent nets, mais ils dépendent de ce que l'on compte et de l'unité de mesure, le ménage ou la personne :

Selon le patrimoine

Lucas Chancel et Yannic Rehm ont refait le calcul pour la France de 2017 en classant la population par patrimoine, dans un document de travail du World Inequality Lab mis à jour en 2025. Comptée par leur consommation, l'empreinte des 10 % les plus riches est de 16,2 tCO2e par personne. Si l'on attribue plutôt à chacun les émissions des entreprises et des biens qu'il possède, en plus de celles de son logement et de ses voitures, elle passe à 37,7 tCO2e.

L'écart grandit avec la fortune. Pour le 1 % le plus riche, l'empreinte passe de 24,6 tonnes par la consommation à 169 tonnes par la propriété. Pour le 0,1 %, elle monte à 498 tonnes par la propriété. La moitié la moins dotée connaît l'inverse, avec 7,8 tonnes par la consommation et 3,3 tonnes par la propriété. L'empreinte de l'épargne se calcule aussi pour un particulier, sur son assurance vie ou son livret A.

D'où viennent les émissions des plus riches ?

L'empreinte d'une personne très aisée tient en 3 postes de poids très inégaux : ce qu'elle consomme, ses jets et ses yachts, et ce qu'elle possède. La pièce ci-dessous les reprend un par un, avec le chiffre publié pour chacun.

Les jets privés et les yachts

Oxfam a suivi les jets privés et les yachts de 50 des plus grandes fortunes mondiales, dans une note de méthode d'octobre 2024. Les 23 milliardaires dont les jets ont pu être suivis ont fait en moyenne 184 vols en un an. Les jets de chacun ont émis en moyenne 2 074 tonnes de CO2 sur l'année. Oxfam a aussi suivi les yachts de 18 de ces 50 milliardaires, qui ont émis 5 672 tCO2e en moyenne.

À l'échelle mondiale, l'aviation privée a émis au moins 15,6 millions de tonnes de CO2 en 2023, soit 3,6 tonnes par vol, d'après une étude parue en 2024 dans Communications Earth & Environment. Ses émissions ont augmenté de 46 % entre 2019 et 2023, et près de la moitié des vols font moins de 500 km. En France, les vols privés au départ du territoire ont émis 383 061 tonnes de CO2 en 2022, selon une analyse du cabinet CE Delft pour Greenpeace. L'empreinte d'un vol de ligne, destination par destination, se lit dans l'article sur l'empreinte carbone de l'avion.

Les placements, premier poste des plus riches

Pour le 1 % mondial qui émet le plus, plus de 70 % des émissions viennent des placements et non de la consommation, d'après l'article de Lucas Chancel paru dans Nature Sustainability en 2022. Ce sont les émissions liées aux investissements dans l'appareil de production, comme la construction des usines et des machines, attribuées à ceux qui en possèdent le capital.

Pour les plus grandes fortunes, ce poste écrase le reste. Les entreprises dont 308 milliardaires détiennent au moins 10 % du capital ont émis 586 millions de tCO2e en 2024, à proportion de leurs parts, selon Oxfam. Cela fait 1,9 million de tonnes par milliardaire. Le même raisonnement s'applique à un fonds ou à une banque, qui mesure les émissions financées de son portefeuille.

Pour les plus grandes fortunes, ce qu'elles possèdent émet bien plus que leurs jets et leurs yachts.

Pourquoi les chiffres varient-ils autant ?

Pour une même question, les chiffres publiés vont de 16 tonnes à près de 2 millions, parce qu'ils ne mesurent pas la même chose. La pièce ci-dessous place les principaux sur une même échelle, chacun avec ce qu'il compte.

Avant de reprendre un chiffre, 4 questions suffisent à savoir ce qu'il mesure :

Les estimations sont aussi révisées d'une publication à l'autre. Pour le 1 % mondial en 2019, Lucas Chancel donnait 110 tonnes dans le rapport de 2021 et 101 tonnes dans son article de 2022, paru dans une revue scientifique à comité de lecture. La base de données du World Inequality Lab, mise à jour depuis, donne 21,7 tonnes aux 10 % des Français qui émettent le plus, contre 24,7 dans le rapport.

D'où vient le chiffre de 429 tonnes ?

Ce chiffre ne décrit pas une année d'émissions, mais un vol de quelques minutes. En juillet 2021, Lucas Chancel a estimé à 429 tonnes de CO2 par passager un vol touristique de Blue Origin au bord de l'espace, dans un document consulté par CheckNews, le service de vérification de Libération. Son calcul compte 71 tonnes pour le lancement et 358 pour la logistique au sol : production du carburant, construction du site et des fusées, salariés.

Ce calcul n'a pas été publié, et Blue Origin ne rend pas publiques les données de ses vols. Le World Inequality Report 2022 retient au moins 75 tonnes par passager pour un vol de 11 minutes, émissions indirectes comprises, et plus probablement 250 à 1 000 tonnes. En ne comptant que la production du carburant, le site de vérification allemand Correctiv arrive à moins de 25 tonnes. Le chiffre de 429 tonnes est revenu en avril 2025, après le vol de Blue Origin qui emportait 6 passagères. C'est l'ordre de grandeur de ce qu'émet en un an une personne du 0,1 % mondial qui émet le plus : 425 tonnes dans l'article de Lucas Chancel de 2022.

Comment réduire les émissions des plus riches ?

La stratégie nationale bas-carbone adoptée en juillet 2026 vise une empreinte moyenne de 2,3 à 3,1 tCO2e par habitant en 2050, selon le ministère de la Transition écologique. Le repère de 2 tonnes, souvent cité, n'est pas l'objectif officiel. Pour l'étape de 2030, le World Inequality Report calcule que les 10 % des Français qui émettent le plus devraient réduire leur empreinte de 61 %, contre 3 % pour la moitié la plus sobre.

Les vols

La fiscalité française distingue déjà l'aviation d'affaires. Depuis le 1er mars 2025, le passager d'un vol commercial en avion d'affaires à réacteur paie un tarif de solidarité de 420 € pour une destination européenne, selon l'article L422-22 du code des impositions sur les biens et services. Il descend à 210 € pour un avion à turbopropulseur et monte à 2 100 € pour une destination lointaine en avion à réacteur, contre 7,40 € pour un passager de classe économique vers l'Europe. La taxe ne vise que les vols commerciaux. Un vol privé non commercial, comme celui d'un propriétaire qui utilise son propre avion, n'y est pas soumis. Ce tarif dépend de la distance et de la classe, pas des émissions du vol. Le report vers le train sur les trajets courts se traite dans l'article sur le Bilan Carbone® du train face à l'avion.

Les placements

Puisque les placements font l'essentiel de l'empreinte des plus fortunés, le levier le plus lourd porte sur ce qu'ils financent. Lucas Chancel estime qu'une taxe carbone assise sur le contenu carbone des investissements serait payée pour 40 % par le 1 % mondial. Les 10 % qui émettent le plus en paieraient les 3/4. Elle se distingue du marché carbone européen des carburants et du chauffage, qui porte sur la consommation. Pour un épargnant ou une entreprise, le levier tient dans le choix des fonds, et la neutralité carbone ne s'achète pas par la compensation.

Dans une entreprise

Une entreprise ne mesure pas le patrimoine de ses dirigeants, mais elle mesure leurs déplacements professionnels. Le GHG Protocol les range dans la catégorie 6 du scope 3, avec ceux des autres salariés, et ils peuvent se suivre à part pour la direction. Les trajets domicile-travail forment la catégorie 7, que traite le plan de mobilité employeur. La politique de voyages qui privilégie le train s'applique à tous, du stagiaire au comité de direction, et s'inscrit dans le plan de transition de l'entreprise.

Pour nous, au Projet Celsius, un chiffre sur l'empreinte des plus riches ne sert que si l'on connaît son périmètre. Séparer la consommation et le patrimoine dit qui peut agir : la personne sur ses vols, son logement et ses voitures, l'investisseur ou le banquier sur ce qu'il finance. Pour une entreprise, la même séparation vaut entre son propre Bilan Carbone®, avec ses leviers de réduction, et les émissions qu'elle finance.

Ce qu'il faut retenir

Pour situer ces chiffres parmi les autres repères de l'empreinte carbone, voir les ordres de grandeur du carbone.

Questions fréquemment posées

Combien de CO2 émettent les plus riches ?

Dans le monde, une personne du 1 % qui émet le plus rejette en moyenne 110 tCO2e par an, et une personne des 10 % qui émettent le plus 31 tonnes, selon le World Inequality Report 2022 (données 2019). La moitié la plus sobre de l'humanité émet 1,6 tonne par personne. Ces chiffres comptent la consommation et les placements.

Les 1 % les plus riches polluent-ils plus que les autres ?

Oui. Selon Oxfam et l'Institut de l'environnement de Stockholm, le 1 % le plus riche a émis 16 % du CO2 mondial en 2019, autant que les 66 % les plus pauvres, soit 5 milliards de personnes. Le World Inequality Report 2022 donne 16,8 % pour le 1 % qui émet le plus, en comptant tous les gaz à effet de serre et les placements.

Quelle est l'empreinte carbone d'un milliardaire ?

Elle dépend surtout de ses placements. Oxfam estime que les entreprises dont 308 milliardaires détiennent au moins 10 % du capital ont émis 1,9 million de tCO2e par milliardaire en 2024, à proportion de leurs parts. Les jets privés de 23 milliardaires ont émis en moyenne 2 074 tonnes de CO2 par milliardaire en un an, et les yachts de 18 milliardaires 5 672 tCO2e en moyenne.

Quelle est l'empreinte carbone d'un jet privé ?

Dans le monde, l'aviation privée a émis au moins 15,6 millions de tonnes de CO2 en 2023, soit 3,6 tonnes par vol en moyenne, d'après une étude parue en 2024 dans Communications Earth & Environment. Ce chiffre ne compte que le CO2 émis en vol. Les émissions de l'aviation privée ont augmenté de 46 % entre 2019 et 2023.

Quelle est l'empreinte carbone moyenne d'un Français ?

Elle est de 8,3 tCO2e par personne en 2025, importations comprises, selon l'estimation provisoire publiée le 13 octobre 2026 par l'Insee et le service statistique du ministère de la Transition écologique. La stratégie nationale bas-carbone vise 2,3 à 3,1 tCO2e par habitant en 2050. Les 10 % les plus riches émettaient 16,2 tCO2e par leur seule consommation en 2017.

Pourquoi les chiffres sur les riches sont-ils si différents ?

Parce qu'ils ne comptent pas la même chose. Les études classent la population par revenu, par patrimoine ou par émissions, comptent la seule consommation ou aussi les placements, et retiennent le seul CO2 ou tous les gaz à effet de serre. Pour le 1 % le plus riche en France, l'empreinte est de 24,6 tCO2e par personne comptée par la consommation, et de 169 tCO2e comptée par ce qu'il possède.