Par Guillaume Pakula · Publié le 3 novembre 2026
Un grand data center construit pour l'IA, de 100 mégawatts, consomme autant d'électricité que 100 000 foyers et émet jusqu'à 400 000 tonnes de CO2e par an avec l'électricité moyenne du monde, 11 fois moins en France. Son empreinte dépend d'abord de son électricité, avant l'eau et la fabrication des serveurs. Tous ensemble, les centres de données du monde ont consommé 415 TWh en 2024, presque autant que la France, et en consommeraient 945 en 2030, poussés par l'IA.
Un data center, ou centre de données, est un bâtiment rempli d'ordinateurs, les serveurs, qui gardent nos données et font tourner les services en ligne, de la messagerie aux assistants d'intelligence artificielle (IA). Ensemble, les centres de données du monde ont consommé 415 TWh (térawattheures, soit des milliards de kilowattheures) d'électricité en 2024, presque autant que la France entière. L'Agence internationale de l'énergie (AIE) en attend 945 TWh en 2030, un peu plus que le Japon aujourd'hui.
Un seul grand centre construit pour l'IA, de 100 mégawatts (MW), consomme autant d'électricité que 100 000 foyers. Son empreinte carbone vient d'abord de cette électricité, donc du pays où il est branché : avec l'électricité française, le même centre émet 11 fois moins de gaz à effet de serre qu'avec l'électricité moyenne du monde. L'eau, la fabrication des serveurs et le bâtiment s'y ajoutent, dans des proportions bien moindres.
La taille d'un data center se compte en mégawatts : la puissance électrique qu'il peut tirer du réseau à chaque instant. Selon l'AIE, un centre classique fait 10 à 25 MW. Un grand centre conçu pour l'IA dépasse 100 MW, soit sur un an l'électricité de 100 000 foyers. Le plus grand en construction en 2025 approche 2 000 MW, 20 fois plus, et le plus grand projet annoncé atteint 5 000 MW.
En France, la plupart des projets qui demandent un raccordement au réseau à haute tension visent 100 à 200 MW, « l'équivalent de la consommation électrique de villes comme Le Mans ou Saint-Étienne », écrit RTE, le gestionnaire du réseau. Une dizaine de projets dépassent 400 MW.
Dans un centre moderne, les serveurs prennent environ 60 % de l'électricité, selon l'AIE. Le refroidissement en prend 7 % dans les grands centres les plus efficaces, et plus de 30 % dans les salles informatiques des entreprises. En moyenne dans le monde, en 2024, le refroidissement et le reste du bâtiment ajoutent environ 40 % à l'électricité des machines.
Additionnés, les centres de données ont pesé 1,5 % de l'électricité mondiale en 2024, et leur consommation augmente d'environ 12 % par an depuis 2017, 4 fois plus vite que celle du reste du monde. Les 945 TWh de 2030 tiennent dans un scénario de l'AIE ; notre analyse « L'IA consommera-t-elle autant que le Japon ? » montre ce que ce chiffre compte, et ce que disent les autres projections.
Le détail par région est sur le graphique de l'électricité des centres de données de notre hub : les États-Unis en consomment 45 %, la Chine 25 %, l'Europe 15 %. La part de l'IA, et ce que pèse une question posée à ChatGPT, sont dans notre article sur la consommation électrique de l'IA.
Un data center émet peu sur place : ses groupes électrogènes au fioul ne tournent qu'en cas de coupure. L'essentiel de ses émissions sort des centrales qui produisent son électricité. L'AIE estime à 180 millions de tonnes de CO2 les émissions liées à l'électricité des centres de données en 2024, 0,5 % du CO2 émis dans le monde en brûlant des combustibles. C'est environ les deux tiers du CO2 émis par la France en un an : 264 millions de tonnes en 2024, selon le Global Carbon Budget.
Le charbon reste la première source d'électricité des centres de données du monde, environ 30 % en 2024, devant les renouvelables (27 %), le gaz (26 %) et le nucléaire (15 %), selon l'AIE. Avec la croissance prévue, leurs émissions atteindraient 320 millions de tonnes de CO2 en 2030, avant de baisser légèrement.
Un kilowattheure produit dans le monde a émis en moyenne 458 grammes de CO2e en 2025 (le « e », pour équivalent, compte tous les gaz à effet de serre), selon les données d'Ember, contre 41 grammes en France, où l'électricité vient surtout du nucléaire et des barrages. S'il tournait à pleine puissance toute l'année, un centre de 100 MW émettrait environ 400 000 tonnes de CO2e avec l'électricité moyenne du monde, et 36 000 tonnes en France.
Le pays pèse autant que la taille : un centre de 100 MW branché sur le réseau américain émet presque autant qu'un centre 10 fois plus grand installé en France. Ces chiffres sont des plafonds, puisqu'un centre tourne rarement à pleine puissance.
Fabriquer les serveurs pèse aussi. Pour ses machines d'IA, Google calcule que l'électricité fait environ 70 % des émissions sur 6 ans de service, la fabrication l'essentiel du reste. Les géants du numérique publient souvent un chiffre bien plus bas, parce qu'ils déduisent l'électricité renouvelable achetée par contrat. Pour 2024, Meta déclare 1 358 tonnes de CO2e pour son électricité, et 5,97 millions de tonnes selon le réseau réellement utilisé. Notre analyse « Meta n'émet que 1 358 tonnes ? » explique l'écart.
Le même data center émet 11 fois moins de gaz à effet de serre branché sur l'électricité française que sur l'électricité moyenne du monde.
Pour une entreprise, les centres de données dont elle loue les serveurs entrent dans son poste numérique : c'est le premier endroit où l'empreinte d'un data center devient la sienne. Le guide du scope 3 dit dans quelle catégorie les ranger.
Les serveurs chauffent, et beaucoup de grands centres évacuent cette chaleur en évaporant de l'eau, dans des tours de refroidissement ou des systèmes dits adiabatiques, comme les rafraîchisseurs qui équipent certains bâtiments. Selon l'AIE, un centre de 100 MW aux États-Unis consomme en moyenne 2 millions de litres d'eau par jour, autant que 6 500 foyers. Plus de 60 % de cette eau est consommée hors du site, surtout pour produire son électricité.
La quantité dépend beaucoup de la technique de refroidissement et du climat. La climatisation à air des salles d'entreprise consomme très peu d'eau ; le refroidissement par évaporation, employé dans environ la moitié des très grands centres, en consomme beaucoup plus.
À l'échelle du monde, l'AIE estime que les centres de données ont consommé 560 milliards de litres d'eau en 2023, et en consommeraient 1 200 milliards en 2030. Environ deux tiers de cette eau servent à produire leur électricité, un quart à refroidir les serveurs sur place, le reste à fabriquer les puces : l'eau d'un data center dépend donc aussi de son électricité.
En France, les centres de données des 23 opérateurs suivis par l'Arcep, le régulateur des télécoms, ont prélevé ou consommé 6,5 millions de mètres cubes d'eau en 2024, en hausse de 8 % en un an. C'est la consommation annuelle de plus de 100 000 personnes. Ce volume pose surtout problème là où un centre puise dans une nappe ou une rivière déjà sollicitée. L'eau d'une question posée à une IA est détaillée dans notre article sur l'empreinte eau des IA.
L'IA tourne sur des serveurs dits accélérés, équipés de cartes graphiques, des puces qui font des milliards de calculs en même temps. Selon l'AIE, ils ont pris 15 % de l'électricité des centres de données en 2024. Leur consommation augmenterait de 30 % par an jusqu'en 2030, contre 9 % pour les serveurs classiques : ils feraient presque la moitié de la hausse.
Chaque génération de puces fait plus de calculs pour la même électricité, mais les usages croissent plus vite encore. Les images et surtout les vidéos générées pèsent lourd : voir l'empreinte d'une image générée et celle d'une vidéo. Une question posée à ChatGPT consomme de moins en moins, mais il s'en pose de plus en plus : voir ce que consomme une requête comparée à une recherche Google.
L'investissement dans les centres de données a presque doublé depuis 2022, pour atteindre 500 milliards de dollars en 2024, selon l'AIE. Les centres grandissent avec les modèles : 100 MW pour un grand centre d'IA aujourd'hui, 2 000 MW pour le plus grand en construction. L'IA aurait consommé entre 100 et 174 TWh en 2025 selon les estimations publiées, que notre base de chiffres de l'IA rassemble.
Cette croissance se concentre. En Irlande, les centres de données consomment déjà environ 20 % de l'électricité mesurée du pays ; en Virginie, aux États-Unis, 25 %, selon l'AIE. C'est là que l'IA pèse sur les réseaux, les prix et l'eau, bien plus que dans l'empreinte d'un utilisateur : un an d'usage régulier de l'IA pèse quelques kilos de CO2e, comme le montre notre article faut-il boycotter l'IA ?. Les gestes qui comptent sont dans comment réduire l'impact de l'IA.
Pour les autres conséquences, l'énergie, l'eau, les métaux et la fabrication des puces, voir l'impact environnemental de l'IA et comment l'IA pollue.
La France compte environ 300 data centers en 2026, selon RTE. La plupart sont raccordés au réseau de distribution avec quelques mégawatts ; 8 seulement sont branchés directement au réseau à haute tension, pour 800 MW au total. Les centres installés sur des sites dédiés ont consommé 4 à 5 TWh en 2024, environ 1 % de l'électricité du pays, selon le Bilan prévisionnel 2025 de RTE ; avec les salles informatiques des entreprises, 5 à 10 TWh.
Les projets ont changé d'échelle. En mai 2026, RTE avait réservé près de 18 GW (gigawatts, soit 18 000 MW) pour environ 80 projets, contre 5 GW fin 2024. L'Île-de-France en concentre environ 7 GW, les Hauts-de-France 6 GW. Au sommet Choose France 2026, SoftBank a annoncé 45 milliards d'euros pour 3 data centers dans les Hauts-de-France d'ici 2031.
Ces puissances ne seront pas consommées tout de suite : les opérateurs comptent 10 à 15 ans pour atteindre 80 % de la puissance demandée. RTE projette entre 21 et 32 TWh en 2035 pour les centres sur sites dédiés, 5 à 7 fois la consommation de 2024 ; notre graphique en montre les trajectoires.
Brancher un data center sur l'électricité française plutôt que sur l'électricité moyenne du monde divise par 11 les émissions de son électricité. Or, selon l'ADEME, environ 53 % des usages numériques des Français sont hébergés dans des centres de données à l'étranger, et les centres de données font 46 % de l'empreinte carbone du numérique français. L'arrivée de nouveaux centres tend pourtant les réseaux locaux : en Île-de-France, la puissance demandée par les projets, 6,5 GW, avoisine la puissance moyenne appelée par toute la région.
Les opérateurs suivis par l'Arcep ont émis 178 000 tonnes de gaz à effet de serre en 2024, 23 % de plus qu'en 2023, avec une électricité parmi les moins carbonées d'Europe. Pour la façon dont ces émissions se rangent dans un bilan, voir l'IA dans le Bilan Carbone®.
Pour nous, chez Projet Celsius, la bonne question à poser sur un data center est moins sa taille que l'électricité qui l'alimente et l'usage qu'il sert. Un centre branché sur une électricité peu carbonée, qui tourne pour des usages utiles, pèse peu ; le même centre au charbon, rempli de vidéos générées pour rien, pèse lourd. Pour une entreprise, la première étape est de savoir où tournent ses services et ses outils d'IA : c'est l'objet de notre article sur le Bilan Carbone® de l'IA dans votre entreprise.
À lire aussi : la pollution numérique en chiffres, et quelle IA choisir pour polluer le moins.
Cela dépend de sa taille. Selon l'Agence internationale de l'énergie, un centre classique fait 10 à 25 MW, et un grand centre construit pour l'IA dépasse 100 MW, soit sur un an l'électricité de 100 000 foyers. En France, la plupart des projets visent 100 à 200 MW, l'équivalent de villes comme Le Mans ou Saint-Étienne selon RTE. Tous ensemble, les centres de données du monde ont consommé 415 TWh en 2024.
Selon l'Agence internationale de l'énergie, un centre de 100 MW aux États-Unis consomme en moyenne 2 millions de litres d'eau par jour, autant que 6 500 foyers, dont plus de 60 % hors du site, surtout pour produire son électricité. Le reste s'évapore sur place, dans le refroidissement. Un centre refroidi par air consomme beaucoup moins d'eau qu'un centre refroidi par évaporation.
L'Agence internationale de l'énergie estime à 180 millions de tonnes de CO2 les émissions liées à l'électricité des centres de données en 2024, environ 0,5 % du CO2 émis dans le monde en brûlant des combustibles, et les deux tiers du CO2 émis par la France en un an. Elles atteindraient 320 millions de tonnes de CO2 en 2030. La fabrication des serveurs et des bâtiments s'y ajoute.
Environ 300 en 2026, selon RTE, dont 8 raccordés directement au réseau à haute tension. Ceux qui occupent des sites dédiés ont consommé 4 à 5 TWh en 2024, environ 1 % de l'électricité française. En mai 2026, RTE avait réservé près de 18 GW pour environ 80 projets, surtout en Île-de-France et dans les Hauts-de-France.
Oui, pour son électricité. Un kilowattheure produit en France a émis 41 grammes de CO2e en 2025, contre 458 grammes en moyenne dans le monde, selon les données d'Ember : le même centre émet donc environ 11 fois moins. La fabrication des serveurs, elle, ne dépend pas du pays où ils tournent.