Par Guillaume Pakula · Publié le 5 octobre 2026
Le numérique pèse 4,4 % de l'empreinte carbone de la France et 11 % de son électricité, selon l'ADEME (données 2022). Les appareils en font 50 %, les centres de données 46 % et les réseaux 4 %. Dans le monde, The Shift Project l'évalue à 3,5 % des émissions de gaz à effet de serre en 2019. Chaque chiffre de cette page est donné avec sa source, son année et ce qu'il mesure.
Les chiffres de la pollution numérique : en France, le numérique pèse 4,4 % de l'empreinte carbone du pays, soit 29,5 millions de tonnes d'équivalent CO2 (MtCO2e), et 11 % de son électricité, selon l'ADEME, l'agence publique de la transition écologique (étude de janvier 2025, données 2022). Les appareils en font 50 %, les centres de données, ces bâtiments remplis de serveurs, 46 %, et les réseaux 4 %. Dans le monde, The Shift Project l'évalue à 3,5 % des émissions de gaz à effet de serre en 2019, après une hausse d'environ 6 % par an de 2015 à 2019.
Le chiffre de 2,5 % pour la France vient de l'édition précédente de la même étude, publiée en janvier 2022 sur des données de 2020, qui ne comptait pas les centres de données situés à l'étranger. Cette page a été mise à jour le 5 octobre 2026.
La fiche réunit 10 chiffres : 6 pour la France, 4 pour le monde, chacun avec sa source et une citation complète à copier.
Pour citer un chiffre dans un exposé, 3 informations suffisent : l'organisme, l'année de publication et l'année des données. Dans les études citées ici, les 2 années diffèrent : l'étude de l'ADEME publiée en janvier 2025 décrit l'année 2022, la note du Shift Project de mars 2021 décrit 2019, et écrire « 4,4 % en 2025 » serait une erreur de date.
Chaque pourcentage a aussi son périmètre, c'est-à-dire ce qu'il compte. Les 4,4 % sont une part de l'empreinte carbone de la France, c'est-à-dire des émissions liées à ce que le pays consomme, importations comprises : un téléphone fabriqué en Asie et vendu en France y est compté. Les 3,5 % du Shift Project sont une part des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Dans les 2 cas, l'unité est l'équivalent CO2 (CO2e), qui additionne tous les gaz à effet de serre en les convertissant en CO2.
En 2022, les biens et services numériques consommés en France ont émis 29,5 MtCO2e, sur une empreinte nationale de 671 MtCO2e. Selon l'ADEME, c'est « un peu moins que les émissions totales du secteur des poids lourds ». Rapporté à la population, cela fait 434 kgCO2e par personne et par an (kilogrammes d'équivalent CO2), autant qu'environ 3 050 km en voiture thermique (notre calcul).
Le numérique consomme aussi 51,5 térawattheures (TWh) d'électricité en France, soit 11 % de la consommation du pays ; 1 TWh vaut 1 milliard de kilowattheures. Ces 11 % ne comptent que l'électricité consommée en France : avec les centres de données situés à l'étranger qui servent des usages français, le total monte à 65 TWh, l'équivalent de 14 % de la consommation française.
La 1re édition de l'étude, publiée en janvier 2022 par l'ADEME et l'Arcep, le régulateur des télécoms, portait sur l'année 2020 : 17,2 MtCO2e (16,9 à sa parution). Elle ne comptait que les centres de données installés en France. Or l'ADEME estime qu'environ 53 % des usages numériques du pays sont hébergés à l'étranger.
La mise à jour de janvier 2025 les ajoute. La part des centres de données passe de 16 % à 46 %, et leurs émissions de 2,7 à 13,8 MtCO2e, soit 5 fois le niveau précédent (valeur de 2022 : notre calcul). L'ADEME a aussi revu la répartition des téléviseurs et intégré une étude sur la fourniture d'accès à internet. Au total, elle obtient des émissions 70 % supérieures à celles de l'étude précédente.
Le changement de périmètre pèse le plus dans cet écart : selon l'ADEME, le seul ajout des centres de données situés à l'étranger aurait augmenté de 47 % les émissions de l'étude sur 2020, pour une hausse totale de 70 %. Le passage de 2,5 % à 4,4 % ne se lit donc pas comme une hausse entre 2020 et 2022. L'ADEME juge par ailleurs ses résultats « conservateurs », c'est-à-dire plutôt sous-estimés : les réseaux situés hors de France et le développement de l'IA générative n'y sont pas comptés.
L'ADEME répartit l'empreinte carbone du numérique en 3 postes. Les appareils en font 50 % : téléphones, ordinateurs, télévisions, box, objets connectés. Les centres de données en font 46 % : ils hébergent les sites, les vidéos et les services en ligne. Les réseaux fixes et mobiles font les 4 % restants.
La fabrication de tous les équipements (appareils, serveurs, réseaux) fait 60 % de l'empreinte carbone du numérique, distribution et fin de vie comprises ; leur utilisation fait 40 %. L'édition précédente, qui ne comptait pas les centres de données situés à l'étranger, donnait 78 % pour la fabrication seule et 21 % pour l'utilisation.
L'étude compte aussi les ressources : produire et faire fonctionner ces équipements en mobilise 117 millions de tonnes par an, soit 1,7 tonne par personne, toutes matières confondues. L'empreinte eau n'est pas évaluée : l'ADEME juge les incertitudes trop importantes dans les données.
Un smartphone neuf pèse 80 kgCO2e sur l'ensemble de sa vie, dont 99 % ne dépendent pas de l'usage : fabrication, transport, fin de vie. Un ordinateur portable pèse 193 kgCO2e (96 % hors usage), une télévision 370 kgCO2e (92 %), soit environ 2 600 km en voiture (notre calcul). Ces valeurs viennent d'Impact CO2, le site de l'ADEME, et valent pour la France, où l'électricité est peu carbonée.
Trier ses mails pèse peu face à la fabrication d'un appareil : 1 smartphone neuf équivaut à environ 33 000 mails de 1 mégaoctet (Mo), soit 36 mails par jour pendant 2 ans et demi, ou à 1 250 heures de vidéo en ligne (nos calculs, avec les valeurs de référence de l'ADEME). La comparaison reste indicative : plus de la moitié de la valeur du mail et de l'heure de vidéo vient de la fabrication des appareils (notre calcul).
Garder un appareil plus longtemps répartit sa fabrication sur plus d'années. Un smartphone gardé 4 ans et demi au lieu de 2 ans et demi pèse 18 kgCO2e par an au lieu de 32, soit 44 % de moins (notre calcul). À l'échelle du pays, allonger de 2 ans la durée de vie des appareils éviterait 5,2 MtCO2e de fabrication en 2030 par rapport à la tendance, selon l'ADEME et l'Arcep.
D'après le Baromètre du numérique, 20 % des personnes équipées d'un smartphone en ont un d'occasion ou reconditionné, et 38 % des personnes qui ont au moins 1 équipement numérique en ont fait réparer au moins 1 en 3 ans (enquête de 2025). Pour les smartphones et les tablettes mis sur le marché depuis le 20 juin 2025, un règlement européen oblige les fabricants, les importateurs ou leurs représentants à fournir des pièces détachées pendant au moins 7 ans après la fin de la commercialisation. Voir le droit à la réparation.
Les chiffres par usage dépendent de ce que l'on compte : pour un mail, les valeurs de l'ADEME vont de 0,11 à 2,5 gCO2e (grammes d'équivalent CO2). Sa valeur de référence est de 2,5 gCO2e pour un mail de 1 Mo. 1 heure de vidéo en ligne pèse de 36 à 64 gCO2e selon l'Agence internationale de l'énergie et l'ADEME. Une question à un assistant d'IA pèse environ 0,13 gCO2e pour l'électricité des serveurs, d'après les 0,3 wattheure (Wh) estimés par l'organisme de recherche Epoch AI (notre conversion, avec l'électricité moyenne mondiale). Nous détaillons chacun dans l'empreinte carbone d'un mail, celle de TikTok et l'impact environnemental de l'IA.
Ces 3 valeurs ne comptent pas la même chose. Les 2,5 g du mail et les 64 g de la vidéo incluent une part de la fabrication des appareils ; les 36 g de la vidéo et les 0,13 g de la question à une IA ne comptent que de l'électricité.
Ces valeurs par usage n'expliquent pas le total national. Dans 1 heure de vidéo, les centres de données comptent pour 1 à 5 % selon l'Agence internationale de l'énergie, le Carbon Trust et l'ADEME. Dans l'empreinte du numérique en France, ils comptent pour 46 %, soit environ 200 kgCO2e par personne et par an (notre calcul). Nous n'avons trouvé aucune source qui répartisse ces 200 kg entre la vidéo, les services professionnels et les sites web.
Le groupe de réflexion The Shift Project a publié en mars 2021 une estimation mondiale : 1,84 milliard de tonnes de CO2e en 2019, soit 3,5 % des émissions de gaz à effet de serre, contre 2,9 % en 2013. Le calcul couvre la fabrication et l'utilisation des appareils, des réseaux et des centres de données, télévisions connectées et consoles de jeu comprises.
Ces émissions ont augmenté d'environ 6 % par an entre 2015 et 2019, un rythme qui correspond à un doublement en 12 ans (notre calcul). Pour 2025, la note décrit 4 scénarios, de 1,7 à 3,1 milliards de tonnes. Hors scénario de sobriété, c'est-à-dire de modération des équipements et des usages, le numérique devait faire 5,5 à 6,9 % des émissions mondiales en 2025, selon ces projections établies en 2021, dont nous n'avons pas trouvé de mise à jour.
D'autres travaux donnent des parts différentes : l'année, le périmètre et la méthode changent d'une étude à l'autre. L'étude de GreenIT publiée en 2025 arrive à 3,4 % en 2023, soit 1,8 milliard de tonnes. Une étude publiée en 2021 (Freitag et ses coauteurs) situe la part entre 2,1 et 3,9 % en 2020. Une autre, parue en 2024 (Malmodin et ses coauteurs), obtient 1,4 % en 2020, en comptant à part les téléviseurs.
Dans le monde, la consommation d'électricité des centres de données est passée de 165 TWh en 2014 à 420 TWh en 2024, hors cryptomonnaies, selon la synthèse du rapport d'octobre 2025 du Shift Project sur l'IA, qui cite l'Agence internationale de l'énergie ; l'agence publie pour sa part 415 TWh pour 2024. Cryptomonnaies comprises, le rapport l'estime à 530 TWh en 2023 et écrit qu'elle pourrait atteindre 1 250 à 1 500 TWh en 2030, soit environ 3 fois la consommation d'électricité de la France (notre calcul, avec les 451 TWh de 2025 selon RTE). Nous détaillons ces projections dans la consommation électrique de l'IA.
Le Shift Project a lui-même révisé ses chiffres. Son modèle de 2018 donnait, pour 2019, 4 % des émissions mondiales et une hausse de 8 % par an. Celui de 2021 donne 3,5 % ; pour la hausse, la note écrit « environ 6 % » par an dans son texte et 5,5 % dans son tableau 5. Son rapport de 2025 écrit « près de 4 % » pour 2020, en renvoyant à sa note de 2021.
En juin 2020, il a aussi reconnu qu'un chiffre donné par l'un de ses collaborateurs dans un entretien, 1,6 kg de CO2 pour une demi-heure de vidéo, était erroné, et qu'une erreur d'unité sur le débit avait été commise (3 mégaoctets par seconde au lieu de 3 mégabits, soit 8 fois trop : notre calcul). Ce chiffre ne vient pas de ses rapports, écrit-il.
Si rien ne change, l'empreinte carbone du numérique en France augmenterait d'environ 45 % entre 2020 et 2030, pour atteindre 25 MtCO2e, puis 49,4 MtCO2e en 2050, près de 3 fois le niveau de 2020. C'est le scénario dit tendanciel de l'ADEME et de l'Arcep, publié en mars 2023 : il prolonge les tendances observées et suppose un trafic de données multiplié par 6 et près de 65 % d'équipements en plus en 2030.
La même étude teste un scénario de sobriété : notamment un nombre d'appareils stabilisé et une durée de vie allongée de 2 ans. L'empreinte baisserait alors de 16 % par rapport à 2020 selon l'étude, à 14 MtCO2e en 2030 (-19 % en partant de 17,2 MtCO2e : notre calcul). Pour 2050, les 4 scénarios de l'ADEME vont de 9,3 MtCO2e (« Génération frugale ») à 81 MtCO2e (« Pari réparateur »).
Ces trajectoires ont été calculées avant la mise à jour de 2025 : elles partent de 17,2 MtCO2e en 2020 et ne comptent pas les centres de données situés à l'étranger. Elles ne se raccordent donc pas aux 29,5 MtCO2e évalués pour 2022. L'IA générative n'y figure pas non plus. D'après la synthèse du rapport d'octobre 2025 du Shift Project, l'IA représente 15 % de l'électricité des centres de données dans le monde en 2025, cryptomonnaies comprises (d'un cinquième à plus d'un tiers sans elles, selon les estimations), et en représenterait au moins 35 % en 2030.
Le monde a produit 62 millions de tonnes de déchets d'équipements électriques et électroniques en 2022, dont 22,3 % ont été collectés et recyclés de façon documentée ; le total atteindrait 82 millions de tonnes en 2030, selon l'UIT et l'UNITAR, 2 organismes des Nations unies. Ce décompte couvre tous les appareils à prise ou à pile, du réfrigérateur au téléphone.
Pour une entreprise, les leviers sont détaillés dans l'empreinte carbone du numérique en entreprise.
La pollution numérique désigne l'ensemble des impacts sur l'environnement des appareils, des réseaux et des centres de données : gaz à effet de serre, extraction de métaux, consommation d'électricité, déchets. Elle se produit à la fabrication des équipements, pendant leur utilisation et en fin de vie. En France, la fabrication des équipements et des infrastructures représente 60 % de l'empreinte carbone du numérique et leur utilisation 40 %, selon l'ADEME (données 2022).
En France, 4,4 % de l'empreinte carbone du pays en 2022, soit 29,5 millions de tonnes de CO2e, selon l'ADEME. Dans le monde, 3,5 % des émissions de gaz à effet de serre en 2019 selon The Shift Project, 3,4 % en 2023 selon GreenIT, et de 1,4 à 3,9 % en 2020 selon 2 autres études, dont le périmètre et la méthode diffèrent.
Les appareils et les centres de données, presque à égalité : 50 % et 46 % de l'empreinte carbone du numérique en France, contre 4 % pour les réseaux (ADEME, données 2022). Par étape, la fabrication des équipements et des infrastructures pèse 60 % et leur utilisation 40 %. À l'échelle d'un appareil, de 78 % (box internet) à 99 % (smartphone) de l'empreinte ne dépend pas de l'usage (notre calcul, d'après les valeurs d'Impact CO2).
Environ 79 kgCO2e pour la fabrication et le transport, sur un total de 80 kgCO2e pour 2 ans et demi d'usage, selon Impact CO2, le site de l'ADEME. L'électricité de la recharge compte pour moins de 1 kgCO2e sur cette durée. Garder le téléphone 4 ans et demi ramène son empreinte de 32 à 18 kgCO2e par an (notre calcul).
La réponse dépend de ce que l'on compte. The Shift Project évalue le numérique à 3,5 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre en 2019 et cite, pour le transport aérien civil, environ 2,5 % de ces émissions en 2018. Une autre étude (Malmodin et ses coauteurs, 2024) donne 1,4 % pour le numérique en 2020, téléviseurs comptés à part. Côté aviation, le secteur déclare 882 millions de tonnes de CO2 en 2023, soit environ 2 % des émissions humaines de CO2. Ces chiffres ne mesurent pas la même chose : tous les gaz à effet de serre, fabrication des appareils comprise, pour le numérique ; le seul CO2 du carburant pour le chiffre du secteur aérien, qui laisse de côté les autres effets de l'aviation sur le climat, comme les traînées de condensation.
D'abord en gardant ses appareils plus longtemps, en les faisant réparer et en achetant d'occasion ou reconditionné : 99 % de l'empreinte d'un smartphone ne dépend pas de son usage. Ensuite en limitant le nombre d'écrans : une télévision pèse 370 kgCO2e, un smartphone 80. Les valeurs par usage sont plus petites à l'unité (2,5 gCO2e pour un mail de 1 Mo, 36 à 64 gCO2e pour 1 heure de vidéo), et nous n'avons pas trouvé de source qui chiffre ce que ces gestes évitent du côté des centres de données.