Quelle est l'empreinte carbone d'un mail ? Le chiffre actuel et ce qu'il pèse

Quelle est l'empreinte carbone d'un mail ? Le chiffre actuel et ce qu'il pèse

Par Guillaume Pakula · Publié le 5 octobre 2026

Combien de CO2 pour un mail ? Les 4 g et les 19 g que l'on cite encore datent de 2010 et de 2011, et leurs auteurs les ont révisés. Selon la valeur de référence de l'ADEME, un mail de 1 Mo émet environ 2,5 gCO2e : il en faut environ 2 000 pour égaler un repas avec du bœuf. Sans pièce jointe, l'essentiel du poids d'un mail vient de la fabrication de l'appareil qui sert à l'écrire, d'après notre calcul.

L'empreinte carbone d'un mail est d'environ 2,5 gCO2e (grammes d'équivalent CO2) selon la valeur de référence de l'ADEME, pour un mail de 1 Mo (mégaoctet), fabrication des appareils comprise. Sans pièce jointe, écrit en 3 minutes sur un téléphone, il pèse 1,6 g d'après notre calcul ; le simulateur de l'ADEME affiche 0,11 g, sans la fabrication du téléphone. C'est minuscule : il faut environ 2 000 mails à 2,5 g pour émettre autant qu'un seul repas avec du bœuf.

Le poids du mail a été revu à la baisse par ceux qui l'avaient calculé. Le chiffre de l'ADEME pour un mail de 1 Mo est passé de 19 g en 2011 à 2,5 g en 2022, et l'auteur des 4 g de 2010 a révisé son estimation. Dans un mail sans pièce jointe, le poids vient surtout du temps passé sur l'appareil, dont la fabrication est aussi le premier poste de la pollution numérique.

Empreinte carbone d'un mail : les chiffres de l'ADEME en 2026

Impact CO2, l'outil grand public de l'ADEME, affiche 2 valeurs pour un mail, lues le 3 octobre 2026. Sa valeur de référence pour « 1 email », celle qui sert aux comparaisons, est de 2,46 gCO2e. Son simulateur affiche par défaut 0,11 gCO2e pour un mail sans pièce jointe, écrit en 3 minutes sur un téléphone connecté en wifi.

La 1re inclut la fabrication des appareils et correspond à un mail de 1 Mo, d'après notre recoupement avec les règles de calcul que publie l'ADEME. La 2e laisse de côté la fabrication du téléphone. En refaisant le calcul avec ces règles, le même mail sans pièce jointe pèse 1,6 gCO2e fabrication comprise : c'est notre calcul, décrit dans les sources.

D'où viennent les 4 grammes et les 19 grammes

Les 4 g viennent du livre How Bad Are Bananas?, publié en 2010 par le chercheur Mike Berners-Lee : 4 g pour un mail ordinaire, 50 g avec de longues pièces jointes. Les 19 g viennent d'une étude de l'ADEME de juillet 2011, pour un mail de 1 Mo envoyé à 1 destinataire et lu 5 minutes à l'écran. En 2014, la Base Carbone, la base de données d'émissions de l'ADEME, a enregistré 4 g pour « 1 mail » et 35 g avec pièce jointe : ces 2 valeurs y figuraient encore le 3 octobre 2026.

Des chiffres révisés par leurs auteurs

L'édition 2020 du livre de Mike Berners-Lee compte 0,2 à 0,3 g pour un mail court et 17 g pour un mail long, écrit en 10 minutes, d'après le Carbon Literacy Project. La même année, selon des propos rapportés par la BBC et lus dans une reprise, l'auteur décrivait son estimation de 2010 comme un calcul de coin de table, utile pour ouvrir la discussion.

En 2022, l'ADEME a mis en ligne un nouveau calculateur : un mail avec une pièce jointe de 1 Mo y pèse 2,5 g en moyenne, d'après un article du site AlloForfait du 22 novembre 2022, soit près de 8 fois moins qu'en 2011. Les hypothèses ont changé : les règles de calcul actuelles comptent 3 minutes d'écriture et 10 secondes de lecture, là où l'étude de 2011 supposait 5 minutes de lecture.

Un mail face à un repas, un trajet en voiture, un vol

Avec les repères de l'ADEME, un repas avec du bœuf (4,97 kgCO2e) équivaut à environ 2 000 mails à 2,46 g. Un aller-retour Paris-New York en avion, 2,06 tonnes de CO2e par passager, en vaut 840 000. Dans l'autre sens, un mail équivaut à 17 mètres en voiture. Sur ce que pèse un vol, voir le budget avion.

En 2011, l'ADEME estimait les mails d'un salarié à 136 kgCO2e par an, pour 33 mails de 1 Mo envoyés chaque jour travaillé. Le même calcul avec sa valeur de référence actuelle donne 18 kgCO2e par an, moins de 4 repas avec du bœuf et 0,2 % de l'empreinte carbone d'une personne en France (8,2 tCO2e en 2024). Sans pièce jointe, le total va de 12 kg par an sur un téléphone à 18 kg sur un ordinateur fixe (notre calcul).

À la valeur de référence, 10 mails par jour font 5,4 kgCO2e par an et 100 mails par jour 54 kgCO2e ; nous n'avons pas trouvé de mesure récente pour un salarié en France.

À l'échelle du monde, le cabinet Radicati prévoyait 376 milliards de mails envoyés et reçus chaque jour en 2025. Mike Berners-Lee estimait, d'après le Carbon Literacy Project, que l'ensemble des mails pouvait atteindre 150 millions de tonnes de CO2e en 2019, soit environ 0,3 % de l'empreinte carbone mondiale.

Ce qui pèse dans un mail : le temps passé sur l'appareil

Les règles de calcul de l'ADEME attribuent au mail une part de la fabrication de l'appareil, proportionnelle au temps passé à l'écrire et à le lire. Sur un téléphone, cela fait environ 0,5 g par minute d'après notre calcul, soit 94 % d'un mail sans pièce jointe écrit en 3 minutes ; le réseau y pèse moins de 1 %. C'est une répartition comptable : le téléphone est déjà fabriqué, et écrire plus vite ne réduit pas ses émissions. Le professeur Chris Preist, de l'université de Bristol, le disait à la BBC en 2020 : ne pas envoyer un mail évite bien moins de 1 g, parce que les appareils et les réseaux fonctionnent de toute façon.

L'effet d'une pièce jointe est beaucoup moins sûr. Les mêmes règles ajoutent environ 1 g par mégaoctet, en supposant le mail conservé 10 ans en 6 copies, 3 chez l'expéditeur et 3 chez le destinataire ; leurs auteurs notent que ce calcul du stockage demande des explications. Le repère de stockage que publie aussi l'ADEME, 0,24 g pour 1 Go (1 000 Mo) conservé 1 an, donne environ 70 fois moins à durée et à nombre de copies égaux (notre calcul).

La suppression des mails hérite de cette incertitude. Les auteurs d'une étude canadienne de 2022 écrivent dans The Conversation que supprimer 1 000 mails évite environ 5 gCO2e. Pour 1 000 mails de 1 Mo conservés 10 ans en 6 copies, le repère de stockage de l'ADEME donne environ 14 g, et ses règles de calcul du mail environ 1 kg, soit environ 20 % d'un repas avec du bœuf.

L'effet le mieux établi tient à la durée de vie des appareils. Dans notre calcul, un téléphone gardé 4 ans et demi au lieu de 2 ans et demi fait passer le mail sans pièce jointe de 1,6 g à 1 g. Fabriquer un ordinateur portable émet 182 kgCO2e selon l'ADEME : le garder 7 ans au lieu de 5 évite 10 kgCO2e par an. La page de l'ADEME qui conseille, en octobre 2025, de faire le ménage dans sa boîte mail recommande aussi de garder son ordinateur 4 ans plutôt que 2, et la loi française encadre un droit à la réparation.

Un mail, une question à une IA, une heure de vidéo

Dans Impact CO2, la valeur de référence de 1 heure de vidéo en streaming est de 64 gCO2e, autant que 26 mails à 2,46 g, et celle d'une recherche sur le web de 1,2 g. Ces valeurs comptent les appareils, comme celle du mail. Ce que pèse une heure de vidéo dépend surtout de l'écran et du réseau.

Une question écrite à une IA émet environ 0,13 gCO2e côté serveurs avec l'électricité moyenne mondiale, pour 0,3 Wh (wattheure) d'électricité selon une estimation d'Epoch AI. C'est l'ordre de grandeur des 0,11 g du mail sans pièce jointe, fabrication de l'appareil non comptée dans les 2 cas. Les 2 chiffres ne couvrent pas les mêmes postes et ne disent pas lequel émet le plus : voir combien consomme une requête ChatGPT.

Pris un par un, ces usages se comptent en grammes. L'impact environnemental de l'IA se joue à l'échelle des centres de données, et se réduit par d'autres gestes.

Ce qu'il faut retenir

À lire aussi : l'empreinte carbone du numérique en entreprise, l'empreinte carbone d'un site internet et l'empreinte carbone d'une image générée par IA.

Combien de CO2 émet un mail ?

Environ 2,5 gCO2e pour un mail de 1 Mo, selon la valeur de référence de l'ADEME (2,46 g), fabrication des appareils comprise. Son simulateur Impact CO2 affiche 0,11 g pour un mail sans pièce jointe écrit en 3 minutes sur un téléphone, sans compter la fabrication du téléphone ; en la comptant, ce mail pèse 1,6 g d'après notre calcul. Les 4 g et les 19 g encore cités datent de 2010 et de 2011.

Faut-il supprimer ses mails pour réduire son empreinte carbone ?

L'effet est faible et mal connu. Supprimer 1 000 mails évite environ 5 gCO2e selon les auteurs d'une étude canadienne de 2022. Pour 1 000 mails de 1 Mo conservés 10 ans en 6 copies, le repère de stockage de l'ADEME donne environ 14 g, et ses règles de calcul du mail environ 1 kg. Trier sa boîte reste utile pour gagner de la place ou retrouver un message. Garder ses appareils plus longtemps a un effet mieux établi : fabriquer un ordinateur portable émet 182 kgCO2e selon l'ADEME.

Un mail avec pièce jointe pollue-t-il plus ?

Oui, mais on ne sait pas bien de combien. Les règles de calcul de l'ADEME pour le mail ajoutent environ 1 gCO2e par mégaoctet, en supposant le mail conservé 10 ans en 6 copies. Son repère de stockage (0,24 g pour 1 Go conservé 1 an) donne environ 70 fois moins, à durée et à nombre de copies égaux. Le nombre de destinataires compte aussi : sans pièce jointe, un mail envoyé à 10 personnes pèse 2,8 g au lieu de 1,6 g, fabrication du téléphone comprise. Le gramme par mégaoctet, le rapport de 70 et les 2,8 g viennent de notre calcul avec ces règles.

D'où vient le chiffre de 4 grammes par mail ?

Du livre How Bad Are Bananas?, publié en 2010 par le chercheur Mike Berners-Lee, qui donnait 4 g pour un mail ordinaire et 50 g avec de longues pièces jointes. L'édition 2020 du même livre compte 0,2 à 0,3 g pour un mail court et 17 g pour un mail long, d'après le Carbon Literacy Project. La Base Carbone de l'ADEME contient une valeur de 4 g pour « 1 mail », créée en 2014 et en ligne en octobre 2026.

Un mail pollue-t-il plus qu'une question à ChatGPT ?

Les chiffres publiés ne permettent pas de trancher, parce qu'ils ne comptent pas les mêmes postes. Sans compter la fabrication de l'appareil, un mail sans pièce jointe pèse 0,11 gCO2e selon l'ADEME, et une question écrite à une IA environ 0,13 gCO2e côté serveurs, avec l'électricité moyenne mondiale. En comptant la fabrication du téléphone, le même mail pèse 1,6 g d'après notre calcul. Dans tous les cas, on reste à quelques grammes au plus, très loin d'un repas ou d'un trajet en voiture.