Quelle est la consommation électrique de l'IA ? Les chiffres et les prévisions pour 2030

Quelle est la consommation électrique de l'IA ? Les chiffres et les prévisions pour 2030

Par Guillaume Pakula · Publié le 5 octobre 2026

Les centres de données consomment déjà plus d'électricité que la France, et l'IA en prend une part que personne ne mesure directement : d'un cinquième à plus d'un tiers selon les estimations. Pour 2030, 3 prévisions annoncent 2 à 3 fois la France, sans compter la même chose. Les questions écrites à ChatGPT pèsent moins de 1 % de l'électricité des centres de données. Chez Google, une question demandait 33 fois moins d'électricité en mai 2025 qu'un an plus tôt, et la consommation totale a augmenté de 37 %.

La consommation électrique de l'intelligence artificielle (IA) représente en 2025 l'équivalent de 22 à 39 % de celle de la France, selon les estimations : entre 100 et 174 TWh par an (1 TWh, ou térawattheure, vaut 1 milliard de kilowattheures). Elle n'est pas mesurée à part. L'IA tourne dans des centres de données, ces bâtiments remplis de serveurs qui hébergent aussi les sites web, le stockage en ligne et la vidéo à la demande : tous usages confondus, ils consomment 1,5 à 1,7 % de l'électricité mondiale selon l'Agence internationale de l'énergie (AIE), soit un peu plus que la France entière.

D'ici 2030, les centres de données consommeraient 2,1 fois la France selon l'AIE, et jusqu'à 3,3 fois dans la trajectoire haute du Shift Project, qui compte aussi les cryptomonnaies. 3 prévisions récentes vont de 945 à 1 500 TWh, mais elles ne mesurent pas le même périmètre. En France, les centres de données pèsent environ 1 % de l'électricité et en pèseraient 2 à 3 % en 2030, d'après les trajectoires de RTE, le gestionnaire du réseau de transport d'électricité.

Quelle est la consommation électrique de l'IA en 2025 ?

1,5 à 1,7 % de l'électricité mondiale pour tous les centres de données

Les centres de données ont consommé 415 TWh en 2024, soit 1,5 % de l'électricité mondiale, puis 485 TWh en 2025. La hausse atteint 17 % en un an, quand la demande mondiale d'électricité progressait de 3 %. Les États-Unis consomment 46 % de l'électricité des centres de données, la Chine un quart et l'Europe 15 %. La France entière a consommé 451 TWh en 2025.

L'IA : d'un cinquième à plus d'un tiers de ce total

Aucun compteur ne sépare l'IA des autres usages : sa part est une estimation. Le Shift Project retient 100 TWh en 2025, d'après Schneider Electric : environ un cinquième de la consommation des centres de données. L'AIE attribuait 15 % de la consommation de 2024 aux serveurs équipés de cartes graphiques, les puces qui effectuent les calculs de l'IA, un indicateur qu'elle juge imparfait.

L'association GreenIT part du matériel : elle compte les cartes graphiques en service, puis ajoute le stockage, le réseau et les bâtiments. Elle arrive à 174 TWh, soit plus d'un tiers des 485 TWh estimés par l'AIE. Les chiffres de l'AIE conduisent à moins : d'après notre calcul, moins de 155 TWh pour les centres spécialisés dans l'IA.

L'IA seule pèse déjà autant qu'un pays comme les Pays-Bas

« L'IA consommera bientôt autant qu'un pays » : la phrase est dépassée. Les centres de données consomment déjà plus que la France, et l'IA seule est de l'ordre de la consommation des Pays-Bas, environ 110 TWh en 2024. Beaucoup de chiffres sur l'impact environnemental de l'IA mélangent ces 2 périmètres.

De 0,3 Wh à 485 TWh : de la question aux centres de données du monde

0,3 Wh pour une question, 90 Wh pour une vidéo

Une question écrite à ChatGPT consomme environ 0,3 Wh (wattheure), une image générée 2,9 Wh en moyenne, une vidéo de 5 secondes 90 Wh avec le générateur ouvert le plus téléchargé. Une personne en France consomme chez elle environ 6 kWh d'électricité par jour (calcul d'après RTE et l'Insee) : autant que près de 70 vidéos, ou 20 000 questions.

ChatGPT en une journée : la consommation électrique de 145 000 personnes

Dans son avis de juillet 2026, l'ADEME (Agence de la transition écologique) fait le calcul pour ChatGPT : 2,6 milliards de questions par jour, à 0,34 Wh chacune si l'on se fie au chiffre avancé par Sam Altman, le dirigeant d'OpenAI. Le service consommerait 884 MWh (mégawattheures) par jour. L'agence y voit l'équivalent de la consommation électrique de 145 000 personnes en France, ce qui correspond aux 6 kWh par jour et par personne des logements.

Sur un an, cela représenterait 0,32 TWh : environ 1 500 fois moins que l'ensemble des centres de données. L'AIE fait un calcul plus large : 10 milliards de questions simples par jour, soit 4 fois le trafic de ChatGPT, consommeraient 3,6 TWh par an, ce qui revient à compter environ 1 Wh par question, 3 fois notre repère, et reste moins de 1 % de l'électricité des centres de données.

Le reste va à l'entraînement, aux usages lourds et à tout ce qui n'est pas de l'IA

L'essentiel de l'électricité va donc à ce qui n'est pas de l'IA (stockage, sites web, vidéo regardée en ligne, sujet de notre article sur l'empreinte carbone de TikTok), à l'entraînement des modèles, détaillé dans notre article comment l'IA pollue, et aux usages lourds de l'IA. La vidéo, les modèles dits de raisonnement et les agents, ces programmes qui enchaînent seuls des dizaines d'étapes, en font partie : selon l'AIE, certains consomment des centaines à des milliers de fois plus par demande qu'une question simple.

Pourquoi la consommation augmente alors que chaque question demande moins d'électricité

33 fois moins d'électricité par question en un an chez Google

Google a mesuré l'électricité d'une question de texte posée à son assistant Gemini : elle a été divisée par 33 entre mai 2024 et mai 2025, selon sa propre méthode. Le gain vient surtout de modèles plus sobres (23 fois moins) et de serveurs mieux remplis (1,4 fois moins). L'électricité totale de l'entreprise a pourtant augmenté de 27 % en 2024, puis de 37 % en 2025, d'après son rapport environnemental : 43,6 TWh, l'équivalent de près de 10 % de la consommation de la France.

Des usages plus nombreux et plus lourds : vidéo, raisonnement, agents

Une explication avancée est l'effet rebond : quand un service coûte moins cher à produire, on s'en sert davantage, et pour des tâches plus lourdes. En France, 48 % des 12 ans et plus utilisaient l'IA générative en 2025, contre 20 % en 2023, selon le Baromètre du numérique.

Une vidéo de 5 secondes consomme autant que 300 questions. En mode raisonnement, le modèle décompose le problème avant de répondre : des mesures faites sur 22 modèles en accès libre pour un rapport de l'Arcep, le régulateur des télécoms, donnent jusqu'à 92 % d'énergie en plus en moyenne, et jusqu'à 9,5 fois plus sur une tâche d'écriture de code. En 2025, la consommation des centres de données spécialisés dans l'IA a augmenté de 50 % selon l'AIE, soit 3 fois plus vite que celle de l'ensemble des centres d'après notre calcul.

2 fois plus de cartes graphiques, chacune 3 fois plus puissante

GreenIT compte 13 millions de cartes graphiques dédiées à l'IA en service en 2025 et en attend 25 millions en 2030, chacune appelant 3 fois plus de puissance (de 700 à plus de 2 000 watts). Selon l'AIE, la puissance installée des centres de données passerait de 114 GW (gigawatts) en 2025 à 226 GW en 2030, et les plus grandes entreprises technologiques ont consacré plus de 400 milliards de dollars à leurs investissements en 2025.

En septembre 2024, Microsoft s'est engagé à acheter pendant 20 ans la production du réacteur n° 1 de Three Mile Island, en Pennsylvanie, soit environ 0,8 GW. Arrêté en 2019 pour des raisons économiques, il voisine le réacteur accidenté en 1979 ; son exploitant vise un redémarrage en 2027. L'AIE s'attend aussi à voir les centres de données s'équiper de 15 à 27 GW de centrales à gaz sur leurs propres sites d'ici 2030, surtout aux États-Unis.

Les prévisions pour 2030 : de 2 à 3 fois la France

De 945 à 1 500 TWh selon ce que l'on compte

3 prévisions récentes pour 2030 portent sur 3 périmètres différents. L'AIE attend 945 TWh pour tous les centres de données, sans les cryptomonnaies : 2,1 fois la consommation de la France en 2025, et près du double de leur propre niveau cette année-là. Le Shift Project annonce 1 250 à 1 500 TWh, cryptomonnaies comprises, si les tendances actuelles se prolongent : jusqu'à 3,3 fois la France. GreenIT arrive à 1 169 TWh pour l'IA seule, soit 2,6 fois la France.

L'écart tient à 2 hypothèses : combien de centres, et à quel régime

La 1re est le nombre de projets qui seront réellement construits. L'AIE part des livraisons de serveurs attendues et tient compte des délais de fabrication et de raccordement au réseau électrique : ses scénarios vont de 833 à 1 008 TWh. Le Shift Project prolonge les rythmes actuels. GreenIT part des ventes prévues de cartes graphiques, 3 fois plus puissantes en 2030, et ses auteurs se demandent eux-mêmes si l'on pourra construire et alimenter autant de centres.

La 2e est le régime de fonctionnement. GreenIT suppose des serveurs d'IA utilisés à 69 % de leur capacité toute l'année ; l'AIE retient des centres de données qui tournent en moyenne à 48 % de leur puissance. Au total, GreenIT prévoit 1 169 TWh pour l'IA seule, plus que les 945 TWh de l'AIE pour tous les centres de données. Pour les seuls centres spécialisés dans l'IA, l'AIE retient 465 TWh : 2,5 fois moins que GreenIT, sur des périmètres voisins.

Près de 3 % de l'électricité mondiale dans le scénario de référence de l'AIE

Dans le scénario de référence de l'AIE, les centres de données consommeraient en 2030 l'équivalent du Japon, soit près de 3 % de l'électricité mondiale. Ils représenteraient moins de 10 % de la hausse de la demande mondiale d'électricité d'ici là, mais près de la moitié aux États-Unis.

En France, 1 % de l'électricité ; en Irlande, près d'un quart

4 à 5 TWh en 2024, 10 ou 15 en 2030

Selon le Bilan prévisionnel de RTE, les centres de données installés sur des sites dédiés à cet usage ont consommé 4 à 5 TWh en 2024, soit environ 1 % de l'électricité du pays ; le total atteint 5 à 10 TWh avec les salles informatiques internes des entreprises et des administrations. Pour 2030, RTE chiffre 2 trajectoires, selon la part des projets qui se réaliseront parmi ceux qui ont demandé à être raccordés au réseau de transport avant cette date : 10 TWh pour 30 %, 15 TWh pour 60 %, soit 2 à 3 % de la consommation française.

Une 3e trajectoire, de stagnation, envisage le départ des investissements vers d'autres pays européens, des moratoires locaux ou l'éclatement d'une bulle financière. Pour 2035, les 2 premières donnent 21 et 32 TWh. L'Arcep mesure de son côté 2,7 TWh en 2024, en hausse de 12 % en un an, chez les 23 principaux hébergeurs.

18 GW de raccordements signés, 20 % de la puissance réellement appelée

En mai 2026, RTE avait réservé près de 18 GW de puissance pour environ 80 projets de centres de données, contre 5 GW fin 2024. La puissance réservée est le maximum qu'un site pourra appeler ; l'énergie qu'il consomme dépend du temps pendant lequel il l'appelle. À pleine puissance toute l'année, ces 18 GW consommeraient près de 160 TWh, un tiers de l'électricité française.

Or les centres raccordés au réseau de RTE depuis 2 à 3 ans n'appellent en moyenne que 20 % de la puissance demandée : à ce régime, 18 GW représenteraient 32 TWh par an, autant que la trajectoire haute de RTE pour 2035. Selon RTE, les principaux opérateurs estiment qu'il leur faudra 10 à 15 ans pour atteindre environ 80 % de la consommation demandée.

Plus de la moitié de nos usages numériques tournent à l'étranger

Ces chiffres ne décrivent que les centres installés en France. Or 53 % des usages numériques français étaient hébergés à l'étranger en 2022, selon une étude de l'ADEME publiée en 2025. En comptant ces centres, l'agence estime dans une étude de 2026, citée par l'Arcep, que l'IA représentait en 2025 13 % de la consommation des centres de données qui servent la France. Notre article sur les chiffres de la pollution numérique replace ces ordres de grandeur dans l'empreinte du numérique.

En Irlande, près d'un quart de l'électricité part dans les centres de données

En Irlande, les centres de données ont consommé 23 % de l'électricité relevée aux compteurs en 2025, contre 5 % en 2015, selon l'office statistique irlandais : plus que l'ensemble des logements urbains (18 %). Dans l'Union européenne, ils passeraient de 68 TWh en 2024 à 114 TWh en 2030, soit 3,2 % de l'électricité, selon un rapport de la Commission européenne qui reprend les chiffres de l'AIE.

Cette électricité est-elle bas carbone ?

Au moins 8 fois moins de CO2 par kWh en France que dans le monde

L'électricité française émet 51,9 gCO2e par kWh (grammes d'équivalent CO2), amont et pertes du réseau compris, contre 435 g en moyenne mondiale pour les seules émissions des centrales : au moins 8 fois moins. Or 70 % de l'électricité des centres de données est consommée aux États-Unis et en Chine. L'AIE évaluait à 180 millions de tonnes de CO2 les émissions de l'électricité consommée par les centres de données en 2024, et à environ 320 millions en 2030 dans son scénario de référence de 2025.

Selon la méthode de calcul, Google émet 5 fois plus pour son électricité

Google publie 2 chiffres pour l'électricité qu'il a consommée en 2025 : 2,8 millions de tonnes de CO2e en tenant compte de ses contrats d'achat d'électricité renouvelable, et 15,1 millions avec l'intensité carbone des réseaux où ses centres sont branchés. Notre guide sur l'IA dans le Bilan Carbone® explique comment une entreprise utilisatrice compte ces émissions.

Ce qu'il faut retenir

À l'échelle d'une personne, notre classement des gestes qui réduisent l'impact de l'IA part de ces ordres de grandeur, et le guide pour choisir une IA plus écologique examine ce que publient 4 services d'IA et les grands assistants. La comparaison entre ChatGPT et une recherche Google et l'article sur l'eau consommée par l'IA complètent le tableau, comme notre réponse à ceux qui se demandent s'il faut boycotter l'IA. Notre calculateur d'empreinte carbone de l'IA donne une première estimation pour une entreprise.

Combien d'électricité consomme ChatGPT par jour ?

Environ 884 MWh par jour, selon le calcul de l'ADEME : 2,6 milliards de questions quotidiennes, à 0,34 Wh chacune d'après le chiffre avancé par le dirigeant d'OpenAI, qui n'a pas publié ce qu'il inclut. C'est l'équivalent de la consommation électrique de 145 000 personnes en France selon l'agence, soit 0,32 TWh sur un an. Ce chiffre laisse a priori de côté l'entraînement des modèles et les usages plus lourds, comme la vidéo.

Quelle part de l'électricité mondiale l'IA consomme-t-elle ?

Entre 0,35 et 0,6 % environ en 2025. Les centres de données consomment 1,5 à 1,7 % de l'électricité mondiale selon l'Agence internationale de l'énergie, et l'IA représente d'un cinquième à plus d'un tiers de leur consommation selon les estimations, soit 100 à 174 TWh. Aucune mesure directe n'existe : ces parts sont des estimations.

Combien consommeront les centres de données en 2030 ?

945 TWh selon le scénario de référence de l'Agence internationale de l'énergie, soit près du double de 2025 et près de 3 % de l'électricité mondiale ; ses autres scénarios vont de 833 à 1 008 TWh. Le Shift Project annonce 1 250 à 1 500 TWh en comptant les cryptomonnaies et en prolongeant les tendances actuelles.

Combien consomment les data centers en France ?

4 à 5 TWh par an en 2024 pour les sites dédiés selon RTE, soit environ 1 % de l'électricité du pays, et 5 à 10 TWh en comptant les salles informatiques internes des entreprises et des administrations. Pour 2030, RTE chiffre 10 ou 15 TWh selon la trajectoire. Les « data centers » sont les centres de données ; ces chiffres ne comptent pas les centres situés à l'étranger, qui hébergeaient 53 % des usages numériques français en 2022 selon l'ADEME.

Faut-il construire de nouvelles centrales pour alimenter l'IA ?

Cela dépend du pays, et du lieu. Sur l'année, la France dispose de marges : elle a exporté 92 TWh de plus qu'elle n'a importé en 2025, soit 6 fois les 15 TWh de la trajectoire haute de RTE pour ses centres de données en 2030. La difficulté se pose réseau par réseau : en Île-de-France, la puissance demandée par les projets (6,5 GW) avoisine la puissance moyenne appelée par toute la région (7 GW). Aux États-Unis, qui concentrent près de la moitié de la consommation mondiale des centres de données, l'exploitant d'un réacteur nucléaire vise son redémarrage en 2027 pour Microsoft, et l'Agence internationale de l'énergie attend 15 à 27 GW de centrales à gaz sur les sites des centres de données d'ici 2030.

L'IA consomme-t-elle plus d'électricité que les cryptomonnaies ?

Les 2 sont du même ordre de grandeur. L'Agence internationale de l'énergie estime la consommation des cryptomonnaies à environ 125 TWh en 2023, soit 0,5 % de l'électricité mondiale, et la compte à part des centres de données. Pour l'IA, les estimations de 2025 vont de 100 à 174 TWh, et la consommation des centres spécialisés dans l'IA a augmenté de 50 % en 2025.