Par Guillaume Pakula · Publié le 5 octobre 2026
Une vidéo de 5 secondes générée par IA émet environ 39 gCO2e, l'équivalent de 280 mètres en voiture : autant que 31 images. 2 fois plus longue, elle demande 4 fois plus d'énergie. Selon le générateur et ses réglages, les mesures vont de 0,06 à 180 gCO2e, et aucune ne porte sur un service commercial : le « 1 kWh par vidéo de Sora » est une estimation.
Générer une vidéo de 5 secondes avec une intelligence artificielle (IA) émet environ 39 gCO2e (grammes d'équivalent CO2) avec l'électricité moyenne mondiale, l'équivalent de 280 mètres en voiture. C'est ce que consomme, selon une étude publiée en septembre 2025, le générateur ouvert le plus téléchargé : 90 Wh (wattheures) d'électricité par vidéo, soit autant que 31 images ou 300 questions écrites.
Une vidéo 2 fois plus longue demande 4 fois plus d'énergie. Selon le générateur et ses réglages, les mesures publiées vont de 0,06 à 180 gCO2e, un rapport de 1 à 3 000, et nous n'avons trouvé aucune mesure publiée par Google, OpenAI ou les applications chinoises de vidéo pour leurs propres services.
La mesure vient de 3 chercheurs de Hugging Face, qui ont publié en septembre 2025 la consommation de 7 générateurs de vidéos ouverts, c'est-à-dire dont le code est public, testés sur une carte graphique de centre de données. Leur point de comparaison est le plus téléchargé d'entre eux : il consomme 90 Wh pour une vidéo de 81 images en 720p, la définition d'un écran HD, soit un peu plus de 5 secondes. C'est le 2e plus gourmand des 7 ; le modèle médian, qui produit des vidéos moins définies, consomme 25 Wh, soit 11 gCO2e.
Dans la même étude, le générateur le plus léger consomme 0,14 Wh, soit 0,06 gCO2e, pour une vidéo de moins de 2 secondes en basse définition ; le plus lourd, 415 Wh, soit 180 gCO2e, pour 5 secondes en 720p. Ce rapport de 1 à 3 000 tient autant aux réglages par défaut (durée, définition, nombre de passes de calcul) qu'aux générateurs eux-mêmes. D'une publication à l'autre, l'écart existe aussi : pour un même modèle, l'AIE retient 115 Wh pour la carte graphique seule et l'étude de 2025 en mesure 22, sans que cet écart de 1 à 5 soit expliqué.
Une image générée par IA consomme 2,9 Wh en moyenne et une question écrite à un assistant, aussi appelée requête, 0,3 Wh : la vidéo de 5 secondes vaut 31 images, ou 300 questions.
Elle demande aussi autant d'électricité que 1 h 10 de vidéo regardée en streaming, écran et réseau compris, d'après les 77 Wh par heure calculés par l'AIE pour 2019. Les centres de données ne pèsent que 5 % de cette heure : de serveur à serveur, générer 5 secondes revient à en diffuser 23 heures. La vidéo regardée fait l'objet de notre article sur l'empreinte carbone de TikTok.
Nos recherches du 2 octobre 2026 n'ont trouvé aucune mesure publiée par Google pour Veo, par OpenAI pour Sora, fermé en 2026, par Kuaishou pour Kling ni par Runway. Ces valeurs décrivent donc des modèles ouverts, et rien ne dit si les services commerciaux font mieux ou moins bien.
Elles viennent en outre d'une même équipe, celle de Sasha Luccioni chez Hugging Face, à l'origine des mesures reprises par l'AIE et par MIT Technology Review. L'impact environnemental de l'IA se joue aussi à l'échelle des centres de données, que ces mesures par vidéo ne montrent pas.
Une vidéo est une suite d'images : de 8 à 30 par seconde pour les générateurs de l'étude de 2025. Le générateur calcule toute la séquence d'un bloc, pour que les objets et les mouvements restent cohérents d'une image à la suivante. Chaque image ajoutée entre donc dans le calcul de toutes les autres.
L'étude de 2025 l'a mesuré sur le générateur le plus téléchargé : doubler la durée multiplie l'énergie par 4 environ. Une vidéo 2 fois plus longue, de près de 11 secondes, émettrait ainsi 160 gCO2e au lieu de 39. La règle a été vérifiée jusqu'à 100 images, soit près de 7 secondes ; au-delà, c'est une extrapolation.
Le nombre de pixels suit la même règle. Passer de 720p à 1080p, la « full HD », multiplie le nombre de pixels par 2,25 et l'énergie par 5 ; doubler la hauteur et la largeur la multiplie par 16. Le nombre de passes de calcul, ces étapes par lesquelles le générateur affine l'image, joue en proportion : 2 fois moins de passes, 2 fois moins d'énergie. Durée, définition et passes se multiplient entre elles.
Le chiffre a 2 origines. En mai 2025, MIT Technology Review a publié des mesures réalisées avec Sasha Luccioni sur un modèle ouvert, CogVideoX : 944 Wh pour 5 secondes avec sa nouvelle version, contre 30 Wh avec l'ancienne. En novembre 2025, un billet de blog intitulé « Every Sora AI video burns 1 Kilowatt hour » a estimé à 0,94 kWh, soit 940 Wh, une vidéo de 10 secondes de Sora, le générateur d'OpenAI, à partir d'une hypothèse d'analystes sur le temps de calcul.
Aucune de ces 2 valeurs n'est une mesure de Sora, dont OpenAI n'a jamais publié la consommation. En prolongeant la règle de l'étude de 2025 au-delà de ce qui a été vérifié, 10 secondes demanderaient 0,31 kWh en 720p et 1,6 kWh en 1080p : l'estimation du billet se situe dans cet intervalle. Le service n'existe plus : OpenAI a annoncé son arrêt le 24 mars 2026 et fermé l'application le 26 avril 2026, d'après son centre d'aide.
Aucune étude ne mesure l'eau par vidéo. Avec la méthode de notre article sur l'image, soit 1,1 litre par kWh pour refroidir les serveurs et 3,1 litres pour produire l'électricité, une vidéo de 5 secondes représente 0,1 litre d'eau de refroidissement et près de 0,4 litre au total. Le billet de novembre 2025 avance « un peu plus de 4 litres » pour 10 secondes, avec un facteur presque identique : l'écart vient de l'énergie supposée, 3 fois plus élevée que les 0,31 kWh de notre extrapolation, qui donnerait 1,3 litre. Les périmètres de ces facteurs sont détaillés dans notre article sur l'eau consommée par l'IA.
À raison de 1 vidéo de 5 secondes par jour, un an de génération émet 14 kgCO2e, l'équivalent de 100 km en voiture. À 30 vidéos par jour, la limite gratuite que proposait Sora en octobre 2025 selon Business Insider, le total atteindrait 430 kgCO2e avec notre repère : 5 % de l'empreinte carbone annuelle d'une personne en France, ou un cinquième d'un aller-retour Paris-New York. Le responsable du service jugeait alors son économie « actuellement complètement intenable ». Nous n'avons pas trouvé de décompte fiable du nombre de vidéos générées dans le monde.
Le 1er figure dans notre classement des gestes qui réduisent l'impact de l'IA. Une entreprise qui produit des vidéos avec l'IA peut les compter parmi ses achats de services numériques, comme l'explique notre guide sur l'IA dans le Bilan Carbone® ; notre calculateur d'empreinte carbone de l'IA en donne une première estimation.
La consommation électrique de l'IA à l'échelle du monde, le choix d'une IA plus écologique et la question faut-il boycotter l'IA ? prolongent ces ordres de grandeur.
Environ 90 Wh pour un peu plus de 5 secondes en 720p, selon la mesure publiée en 2025 sur le générateur ouvert le plus téléchargé : près de 5 recharges de téléphone, ou 39 gCO2e avec l'électricité moyenne mondiale. Le modèle médian de la même étude consomme 25 Wh, et les 7 modèles testés vont de 0,14 à 415 Wh. Nous n'avons trouvé aucune mesure publiée par un service commercial.
Aucune mesure n'a été publiée : OpenAI n'a jamais communiqué la consommation de Sora, fermé en avril 2026. Le chiffre vient d'une mesure faite en 2025 sur un autre générateur (944 Wh pour 5 secondes) et d'une estimation de blog (0,94 kWh pour 10 secondes). Notre extrapolation donne 0,31 à 1,6 kWh pour 10 secondes, selon la définition.
Moins d'un demi-litre pour 5 secondes, selon notre calcul : environ 0,1 litre pour refroidir les serveurs, et près de 0,4 litre en comptant l'eau utilisée pour produire l'électricité. Aucune étude ne mesure directement l'eau par vidéo. Le chiffre de 4 litres qui circule porte sur 10 secondes et suppose une énergie 3 fois plus élevée que notre extrapolation.
Nous n'avons trouvé aucun classement des services commerciaux, faute de données publiées. Parmi 7 générateurs ouverts testés en 2025, le plus léger consomme 3 000 fois moins que le plus lourd, mais il produit des vidéos plus courtes et moins définies. À générateur égal, la durée et la définition font l'essentiel de l'écart.
Oui : générer 5 secondes consomme autant d'électricité que regarder 1 h 10 de vidéo en streaming, écran et réseau compris, soit 90 Wh contre 77 Wh par heure regardée selon l'Agence internationale de l'énergie (valeur de 2019). En ne comptant que les centres de données, l'écart est environ 20 fois plus grand.