Mesurer et piloter l'IA de son entreprise :
qui peut vous aider ?

Mesurer et piloter l'IA de son entreprise : qui peut vous aider ?

Par Guillaume Pakula · Publié le 6 novembre 2026

Pour mesurer l'IA d'une organisation, un ordre de grandeur se calcule seul avec des outils gratuits. Pour la piloter, des plateformes de gouvernance, des services spécialisés, des cabinets carbone et numérique et Projet Celsius accompagnent, sur devis. Le poste reste faible aujourd'hui. La taille du modèle et le lieu du calcul font varier l'empreinte d'un facteur 10 à 18, et réserver les grands modèles aux demandes qui en ont besoin en retire déjà 40 %.

En 2025, 18 % des entreprises françaises de 10 salariés ou plus utilisaient au moins une technologie d'intelligence artificielle (IA), 3 fois plus qu'en 2023, selon l'Insee. Côté mesure, le seul chiffre publié porte sur les grands groupes. Dans une enquête de Capgemini publiée en janvier 2025 auprès de 2 000 dirigeants d'organisations de plus de 1 milliard de dollars de chiffre d'affaires, 12 % seulement disaient mesurer l'empreinte de leur IA générative.

Pour une entreprise de bureau, le poste reste petit, quelques kilos de CO2e par an, comme le montre notre calculateur du Bilan Carbone® de l'IA, loin derrière les achats et les déplacements d'un premier Bilan Carbone®. Le mesurer sert surtout à suivre sa croissance, et les règles d'usage qui le contiennent demandent peu d'effort. Les sections suivantes suivent l'ordre des décisions d'un acheteur.

Que faut-il mesurer, et pourquoi maintenant ?

Mesurer l'IA d'une organisation, c'est compter ses usages réels, puis les convertir en électricité, en CO2e (équivalent CO2) et en coût. Une démarche de numérique responsable classique, dite Green IT, ne les voit pas. Elle part de l'inventaire des appareils et des centres de données, qui font 50 % et 46 % de l'empreinte du numérique en France selon l'étude de l'ADEME de janvier 2025, et cette étude ne compte pas l'IA générative. 3 raisons poussent à s'y mettre dès 2026 : les usages se multiplient, leur nature change, et les acheteurs comme les financeurs commencent à poser la question.

Des usages qui se multiplient

Les entreprises qui utilisent une IA d'analyse du langage écrit, la famille de ChatGPT, de Copilot et de Mistral, employaient 48 % des salariés en 2025, contre 27 % un an plus tôt, toujours selon l'Insee. Les usages changent aussi de nature : un agent, un programme qui enchaîne seul des dizaines d'étapes, consomme bien plus qu'une question, comme l'explique notre article sur la consommation électrique de l'IA.

Les obligations légales, et qui elles visent

Le règlement européen sur l'IA oblige depuis le 2 août 2025 les fournisseurs de modèles d'IA à usage général à documenter la consommation d'énergie de leurs modèles (annexe XI). Il n'impose rien de tel aux entreprises qui les utilisent. Pour elles, l'IA entre dans le bilan d'émissions comme tout achat de service numérique, dans les émissions indirectes, comme le détaille notre guide pour intégrer l'IA dans son Bilan Carbone®.

Les collectivités ont une raison de plus. Le guichet « Territoires d'IA » de la Banque des Territoires, ouvert le 22 mai 2026, cofinance 30 à 50 % de leurs licences d'IA pendant 1 an. Il ajoute 10 % de financement aux dossiers qui engagent une « démarche d'IA frugale », au sens du référentiel de l'AFNOR. Les communes et intercommunalités de plus de 50 000 habitants doivent aussi tenir, depuis le 1er janvier 2025, une stratégie numérique responsable qui fait l'objet d'un bilan annuel.

Les 4 informations à compter

4 informations font l'empreinte d'une organisation, et ce sont les mêmes qui servent ensuite à la piloter :

Que pouvez-vous mesurer seul, et où ça coince ?

Un ordre de grandeur se calcule seul, avec des outils gratuits. Le pilotage demande des données que peu d'organisations ont sous la main, et quelqu'un pour en tirer des règles.

Un ordre de grandeur avec un calculateur public

Le calculateur d'EcoLogits, un outil ouvert, estime l'empreinte d'un volume de requêtes modèle par modèle, avec un mode pour une organisation entière. La Base IA de Projet Celsius publie ses facteurs par tâche, d'une question rapide à une heure d'agent, et notre calculateur en tire l'empreinte d'une entreprise à partir de ses effectifs et de ses usages. Pour une première question, « l'IA pèse-t-elle chez nous ? », ces outils suffisent ; notre article sur l'empreinte carbone de l'IA donne les ordres de grandeur d'une requête.

Les consoles des éditeurs

Le rapport d'usage de Microsoft 365 Copilot compte les utilisateurs actifs et le nombre de demandes envoyées. La documentation du tableau des émissions de Microsoft 365 précise, elle, que Copilot n'y est pas inclus. Chez Google, le suivi carbone de Google Cloud couvre l'API Gemini et Vertex AI ; Gemini dans Google Workspace ne figure pas dans la liste des services couverts. Les consoles donnent donc des volumes, rarement des émissions.

Où ça se complique

Le passage de l'ordre de grandeur au pilotage bute presque toujours sur les mêmes points :

Que risquez-vous à ne pas piloter ?

Pour une organisation de bureau, l'IA pèse aujourd'hui quelques kilos à quelques centaines de kilos de CO2e par an, une part très faible de son bilan. Les risques tiennent à ce que le poste devient quand les usages changent, et à ce qu'il coûte.

Un poste qui change d'échelle

Une heure d'agent de code émet autant que près de 1 500 questions à un modèle moyen, selon la Base IA, et un clip vidéo de 10 secondes autant qu'environ 1 100. Dans l'exemple d'une collectivité de 1 000 utilisateurs détaillé plus bas, faire de 5 % des demandes des vidéos générées multiplie l'empreinte par 4 à 12, selon la durée des clips.

Un coût qui suit la taille du modèle

Les grands modèles coûtent aussi plus cher. Sur la grille publique d'Anthropic au 6 novembre 2026, le million de jetons produits coûte 0,50 dollar avec Claude Haiku 5.5 et 20 dollars avec Claude Opus 5.5, de la même génération, 40 fois plus. Réserver les grands modèles aux demandes qui en ont besoin réduit la facture autant que l'empreinte.

Une question restée sans réponse

Un client interroge ses fournisseurs sur l'IA dans un questionnaire climat, un élu veut savoir ce qu'émettent les outils déployés, un comité de direction arbitre un budget de licences. Sans chiffre propre à l'organisation, la réponse reste générale.

La taille future du poste IA dépendra surtout des règles d'usage que les organisations fixent maintenant.

Qui peut vous accompagner ?

7 familles d'acteurs aident à mesurer ou à piloter l'IA d'une organisation. Comme dans le tableau d'ouverture, elles sont rangées du plus grand client au plus petit, avec les mêmes rubriques : pour qui, ce qu'elles livrent, leur prix, leurs limites. Projet Celsius en fait partie.

Les plateformes de gouvernance de l'IA

Elles s'adressent aux grandes entreprises qui déploient de nombreux systèmes d'IA et veulent les recenser. Fruggr se présente comme une plateforme de gouvernance de l'IA qui cartographie les usages, « Shadow AI compris », et relie chaque coût à un résultat. Sa page anglaise annonce aussi la mesure de l'empreinte carbone de l'ensemble de ses systèmes d'IA. Aucun prix n'est publié, l'accès passe par une démonstration. La limite tient au format : un logiciel à déployer, pensé pour la DSI, la finance et la conformité.

Une plateforme d'IA peut aussi afficher l'empreinte à chacun. Chez Orange, la plateforme interne Live Intelligence montre à chaque salarié son bilan carbone en grammes et oriente par défaut vers les modèles les moins impactants, selon la page de ses métiers de l'IA. L'affichage ne couvre que les requêtes passées par cette plateforme.

Les cabinets carbone et numérique responsable

Ils servent les organisations qui veulent former leurs équipes ou évaluer un service numérique précis. Carbone 4 propose un module en ligne de 15 à 20 minutes sur l'IA et l'environnement, gratuit pour les particuliers, sur devis pour un groupe. Carbone 4 a collaboré avec l'ADEME à l'analyse du cycle de vie de Mistral Large 2, que Mistral a publiée en juillet 2025 et présente comme la première analyse complète d'un modèle d'IA. Hubblo, qui a relu cette étude, réalise sur mesure des analyses du cycle de vie de solutions numériques, IA comprise.

Leurs prix sont sur devis. Leur limite, pour notre sujet : ni l'un ni l'autre ne publie d'offre de mesure et de pilotage des usages d'une organisation.

Les services spécialisés de mesure de l'IA

Ils s'adressent aux organisations qui dépensent déjà beaucoup en IA. TokenClimate promet de dire « combien coûte votre usage de l'IA et ce qu'il émet, équipe par équipe », puis de chercher les réductions avec le client, dans un rapport mensuel. Il vise les organisations qui dépensent au moins 2 000 € par mois en IA, et donne son prix par écrit après un échange de 30 minutes. Sa limite : ce seuil écarte la plupart des PME, et l'offre ne porte pas sur le Bilan Carbone®.

Projet Celsius

Nous accompagnons les PME, les ETI et les collectivités, de quelques dizaines à quelques milliers d'utilisateurs, qui veulent un chiffre défendable et des règles d'usage. Ce que nous livrons, dans l'ordre :

Notre prix est sur devis. Nos limites : aucun avis juridique sur le règlement européen sur l'IA, aucune mesure sur des serveurs que l'organisation exploite elle-même, et pas de plateforme qui oriente les requêtes vers un modèle.

Les outils ouverts et les référentiels

Ils conviennent aux équipes qui veulent estimer seules. EcoLogits, porté par l'association CodeCarbon, est une suite d'outils ouverts qui estiment l'empreinte des modèles d'IA générative à l'usage. CodeCarbon mesure l'énergie du code qui tourne sur ses propres machines ou serveurs, utile à une équipe qui entraîne ou héberge ses modèles. Côté méthode, le référentiel de l'AFNOR et le référentiel RIA31 de l'Institut du Numérique Responsable rassemblent les bonnes pratiques.

Pour l'image et la vidéo, l'alliance GenAI footprint, lancée le 18 juin 2026 par 9 grandes entreprises européennes, dont Publicis, AXA, Engie et La Poste, verse ses mesures dans EcoLogits et dans e-footprint, un outil ouvert hébergé par l'association Boavizta. Tous ces outils sont gratuits. Leur limite : il faut saisir soi-même les volumes, et aucun ne dit quelles règles adopter ni comment les faire accepter.

Vos équipes, avec une formation

Cette option convient aux organisations qui ont un responsable RSE ou numérique disponible. Une personne formée lit les consoles, fait tourner un calculateur et propose des règles ; le MOOC de l'Institut du Numérique Responsable ou le module de Carbone 4 donnent les bases. Elle ne coûte que du temps, sans le regard extérieur d'un tiers.

Que gagne-t-on à piloter ?

Quelques règles d'usage réduisent l'empreinte de 40 % à plus de 90 %, et complètent les gestes individuels que notre article chiffre un par un. Les 2 calculs qui suivent viennent du moteur de la Base IA, avec l'électricité moyenne mondiale sauf mention contraire.

Pour un salarié de bureau

Prenons le travail d'un comptable qui confie 865 tâches par an à l'IA : des questions rapides, des e-mails, des tableurs, des PDF, des résumés. Avec un grand modèle et un raisonnement poussé pour tout, son année émet 6,0 kgCO2e. Avec le réglage par défaut d'un modèle moyen, 378 g. En passant les tâches simples sur un petit modèle, 294 g, soit 20 fois moins que le mode le plus lourd et 22 % de moins que le réglage par défaut.

Pour une collectivité de 1 000 utilisateurs

Prenons une collectivité fictive de quelques milliers d'agents, dont 1 000 utilisent un assistant d'IA. Chacun confie à l'IA, sur un an, 300 questions rapides, 40 recherches sur le web, 20 PDF à interroger et 10 résumés de longs documents, soit 370 000 demandes. Avec 30 % de grands modèles et un lieu de calcul inconnu, l'année émet 252 kgCO2e, environ 250 g par utilisateur. Des agents ou des images feraient monter ce total, comme le montre notre calculateur. Ce total est aussi le chiffre qu'attendent les élus et le bilan annuel de la stratégie numérique responsable.

La première règle porte sur la taille du modèle : réserver les grands modèles aux demandes qui en ont besoin retire 40 %, s'en passer 52 %, un petit modèle pour tout 86 %. Le classement des IA les plus polluantes montre les mêmes écarts modèle par modèle.

Le lieu du calcul, l'image et la vidéo

La seconde règle porte sur l'endroit où tourne le modèle. Les mêmes modèles servis en France retirent 91 %, parce que l'électricité française émet environ 11 fois moins par kWh que la moyenne mondiale. Un modèle moyen servi en France, qui combine la taille et le lieu, retire 94 %. Cette règle dépend de l'offre des éditeurs, détaillée dans notre article sur les IA dites écologiques. La troisième règle porte sur l'image et la vidéo, chiffrées dans le 2e onglet de la figure ci-dessus : 3 % d'images ajoutent 6 % à l'empreinte, quand 5 % de vidéos la multiplient par 4 à 12. Réserver la vidéo générée aux équipes qui en ont besoin évite ce changement d'échelle.

Combien coûte un accompagnement ?

Aucun barème public n'existe pour mesurer et piloter l'IA d'une organisation. Les outils ouverts et le référentiel de l'AFNOR sont gratuits ; les plateformes de gouvernance et les cabinets travaillent sur devis, et Projet Celsius aussi.

Les éléments qui font varier le prix

4 éléments font l'essentiel d'un devis de diagnostic :

Notre recommandation

Pour une PME, une ETI ou une collectivité qui déploie Copilot, ChatGPT ou Mistral, nous recommandons un premier diagnostic des usages réels, puis 3 ou 4 décisions de gouvernance suivies dans le temps. Les plus utiles : un modèle plus léger par défaut, les grands modèles sur demande, l'image et la vidéo réservées aux équipes qui en ont besoin, un calcul servi en France quand l'offre existe. C'est le profil pour lequel nous recommandons Projet Celsius : nous mesurons avec des facteurs publics, nous chiffrons les scénarios et nous suivons les décisions dans un outil.

À d'autres profils, nous recommandons quelqu'un d'autre. Un grand groupe qui veut recenser des dizaines de systèmes d'IA et leur conformité ira vers une plateforme de gouvernance. Une équipe qui entraîne ses propres modèles mesurera ses serveurs avec CodeCarbon. Une question juridique sur le règlement européen relève d'un avocat, et une petite structure qui veut seulement un ordre de grandeur peut s'arrêter au calculateur d'EcoLogits ou au nôtre.

Ce qu'il faut retenir

Pour situer le poids de l'IA dans votre propre bilan avant d'en parler à un prestataire, commencez par notre calculateur du Bilan Carbone® de l'IA.

Questions fréquemment posées

Une entreprise est-elle obligée de mesurer l'empreinte de son IA ?

Non. Le règlement européen sur l'IA oblige depuis le 2 août 2025 les fournisseurs de modèles d'IA à usage général à documenter leur consommation d'énergie, pas les entreprises qui les utilisent. Pour celles-ci, l'IA entre dans le bilan d'émissions comme un achat de service numérique. Les communes et intercommunalités de plus de 50 000 habitants doivent en revanche tenir une stratégie numérique responsable.

Combien émet l'IA d'une entreprise ?

Quelques kilos de CO2e par an pour une PME de bureau, environ 12 kg pour 50 personnes selon la Base IA de Projet Celsius, et plusieurs tonnes avec des agents de code ou de la vidéo générée. Pour une organisation fictive de 1 000 utilisateurs qui confie 370 000 demandes par an à l'IA (questions, recherches, documents), le calcul donne environ 250 kgCO2e avec l'électricité moyenne mondiale.

Microsoft Copilot affiche-t-il ses émissions de CO2 ?

Non. Le rapport d'usage de Microsoft 365 Copilot donne le nombre d'utilisateurs actifs et de demandes envoyées, et la documentation du tableau des émissions de Microsoft 365 indique que Copilot n'y est pas inclus. Ces volumes servent de point de départ : il faut leur appliquer des facteurs par modèle et par lieu de calcul.

Quel outil gratuit pour estimer l'empreinte de l'IA d'une organisation ?

Le calculateur d'EcoLogits, outil ouvert porté par l'association CodeCarbon, estime l'empreinte d'un volume de requêtes par modèle et propose un mode pour une organisation. La Base IA de Projet Celsius publie ses facteurs par tâche et alimente un calculateur pour les entreprises. CodeCarbon mesure le code qui tourne sur ses propres serveurs.

Comment réduire l'empreinte de l'IA dans une organisation ?

Par quelques règles d'usage. Prenons un exemple de 1 000 utilisateurs calculé avec la Base IA de Projet Celsius. Réserver les grands modèles aux demandes qui en ont besoin retire 40 %, un petit modèle pour tout 86 %, et les mêmes modèles servis en France 91 %. Faire de 5 % des demandes des vidéos multiplierait au contraire l'empreinte par 4 à 12.

Combien coûte un diagnostic de l'IA d'une organisation ?

Aucun barème public n'existe : les cabinets et les plateformes travaillent sur devis, Projet Celsius aussi. Le prix dépend du nombre d'utilisateurs et d'équipes, des outils et de l'accès à leurs consoles, du livrable attendu (un chiffre, des scénarios, une note pour des élus) et du suivi dans le temps. Les outils ouverts sont gratuits.