Combien l'IA va-t-elle
polluer d'ici 2030, 2035 et 2050 ?

Combien l'IA va-t-elle polluer d'ici 2030, 2035 et 2050 ?

Par Guillaume Pakula · Publié le 3 novembre 2026

D'ici 2030, l'électricité des centres de données, tirée par l'IA, presque doublerait pour atteindre 945 TWh selon l'Agence internationale de l'énergie, presque la consommation du Japon. En 2035, elle tournerait autour de 1 200 TWh, autant que la Russie, et jusqu'à 1 637 dans le scénario le plus haut. Le CO2 de cette électricité et l'eau consommée suivraient la même pente. Pour 2050, aucune projection sérieuse ne porte sur l'IA : seules existent des prospectives du numérique, construites avant l'IA générative.

En 2025, les centres de données du monde ont consommé 485 TWh d'électricité (1 TWh, ou térawattheure, vaut 1 milliard de kilowattheures), un peu plus que toute la France. L'intelligence artificielle (IA) est devenue le premier moteur de cette hausse : la consommation des centres qui lui sont consacrés a bondi de 50 % en un an, selon la mise à jour d'avril 2026 de l'Agence internationale de l'énergie (AIE). Pour 2030 et 2035, l'agence publie 4 scénarios, que voici face à la consommation de pays connus.

Ces chiffres couvrent tous les usages des centres de données, du stockage en ligne à la vidéo. L'IA y grossit plus vite que le reste : les centres remplis de serveurs à cartes graphiques tripleraient leur consommation d'ici 2030. Au-delà de 2035, aucune projection de référence ne porte sur l'IA.

Combien d'électricité l'IA consommera-t-elle ?

L'AIE publie la série de référence pour les centres de données du monde : des scénarios jusqu'en 2035, posés dans son rapport Energy and AI d'avril 2025 et confirmés en avril 2026.

En 2030 : presque le Japon

Dans le scénario de référence de l'AIE, les centres de données consommeraient 945 TWh en 2030, presque le double de 2025. Le Japon a consommé 1 027 TWh en 2025, selon les données annuelles d'Ember, un groupe de réflexion sur l'énergie dont nous tirons les pays repères, sauf la France. Les 3 autres scénarios encadrent la référence de 833 à 1 008 TWh. Ces 945 TWh feraient environ 3 % de l'électricité mondiale, contre 1,5 % en 2024.

En 2035 : autant que la Russie, ou bien plus

L'agence prolonge ses scénarios jusqu'en 2035, en les qualifiant elle-même d'exploratoires. La référence y atteint 1 193 TWh, à peu près la consommation de la Russie (1 178 TWh en 2025). Le scénario le plus haut, dit de décollage, monte à 1 637 TWh, entre la Russie et l'Inde. Le plus bas s'arrête à 942 TWh, le niveau que la référence atteint dès 2030.

Et l'IA seule dans ce total ?

Aucun compteur ne sépare l'IA des autres usages. L'AIE suit les centres dits consacrés à l'IA, qui alignent des serveurs à cartes graphiques : ils passeraient à 465 TWh en 2030, la moitié du total, autant que la France à eux seuls (451 TWh en 2025 selon RTE, le repère de tous nos articles). D'autres études vont plus haut. GreenIT projette 1 169 TWh pour l'IA seule, parce qu'il suppose des serveurs utilisés à 69 % de leur capacité toute l'année.

Notre article sur la consommation électrique de l'IA compare ces études une à une, et le graphique des 3 projections pour 2030 les met côte à côte. La note du hub « l'IA autant que le Japon » dit ce que mesure vraiment la comparaison.

Pourquoi les projections varient-elles autant ?

En 2035, 695 TWh séparent le scénario le plus haut de l'AIE du plus bas, bien plus que toute l'électricité de la France. L'écart tient à 4 questions auxquelles personne ne sait encore répondre, et chaque scénario y répond à sa façon.

Combien de monde utilisera l'IA, et pour quoi faire ?

En un an, les principaux éditeurs de modèles ont vu leurs utilisateurs actifs tripler et leurs revenus quintupler, selon l'AIE. Les usages s'alourdissent aussi : les agents, ces programmes qui enchaînent seuls des dizaines d'étapes, les modèles qui raisonnent avant de répondre et la vidéo générée par IA demandent bien plus qu'une question écrite. Le scénario de décollage suppose une adoption plus forte et des freins levés.

Les modèles deviendront-ils plus sobres ?

Le scénario de haute efficacité suppose la même demande, servie par des modèles mieux dimensionnés et par plus de calcul fait sur les téléphones et les ordinateurs eux-mêmes. Il retient 1 013 TWh en 2035, 180 de moins que la référence. Les gains existent : Google a divisé par 33 en un an l'énergie d'une question médiane posée à Gemini, selon son rapport environnemental de 2026. Des usages plus nombreux les absorbent vite, comme le montre notre article sur la consommation d'une requête ChatGPT.

Le réseau électrique suivra-t-il ?

En 2025, l'AIE estimait qu'environ 20 % des projets de centres de données risquaient d'être retardés par un réseau électrique déjà sous tension. Les délais de livraison des transformateurs et des câbles avaient doublé en 3 ans, et les turbines à gaz se commandaient plusieurs années à l'avance. En 2026, l'agence ajoute une pénurie de puces mémoire pour l'IA, attendue au moins jusqu'à fin 2027.

L'argent continuera-t-il d'affluer ?

Les centres de données coûtent désormais trop cher pour être payés sur les seuls fonds des entreprises : ils dépendent des marchés financiers, donc de la confiance dans la rentabilité de l'IA. Le scénario des vents contraires suppose une IA qui se rentabilise mal, des taux d'intérêt élevés et des projets bloqués localement. Il s'en tient à 942 TWh en 2035. À l'opposé, le Shift Project, qui prolonge les annonces de capacité, voit jusqu'à 1 500 TWh dès 2030, cryptomonnaies comprises.

Combien de CO2, d'eau et de déchets en 2030 ?

Ce qu'émet l'électricité dépend des centrales qui la produisent. Les centres de données consomment aussi de l'eau et renouvellent vite leur matériel. Pour un seul bâtiment, voir notre article sur l'empreinte carbone d'un data center.

Le CO2 : autant que le Royaume-Uni en 2030

L'électricité des centres de données a émis 180 millions de tonnes de CO2 en 2024, selon l'AIE : les deux tiers du CO2 émis par la France cette année-là (264 millions, d'après le Global Carbon Project). Dans le scénario de référence, elles atteindraient 320 millions de tonnes en 2030, autant que le Royaume-Uni (313 millions en 2024). La mise à jour de 2026 les voit monter encore, vers 350 millions en 2035. Le gaz fournirait 30 % de cette électricité en 2030, le charbon 20 %.

Ces chiffres ne comptent que le CO2 des centrales. GreenIT ajoute la fabrication des serveurs et les autres gaz à effet de serre, pour l'IA seule : 636 millions de tonnes d'équivalent CO2 en 2030, si l'électricité reste aussi carbonée qu'en 2025. C'est bien plus que tous les gaz à effet de serre de la France (367 millions de tonnes d'équivalent CO2 en 2024, selon le Citepa). Notre article sur l'impact environnemental de l'IA détaille la méthode, et celui sur l'IA dans le Bilan Carbone® ramène ces totaux à l'échelle d'une PME.

L'eau : plus du double entre 2023 et 2030

Les centres de données consomment de l'eau pour se refroidir, et indirectement pour produire leur électricité et leurs puces. L'AIE estime cette eau consommée, c'est-à-dire évaporée et non rendue aux rivières, à 560 milliards de litres en 2023 et à 1 200 milliards en 2030. Les 2 tiers venaient de la production d'énergie. Aux États-Unis, un grand centre de 100 mégawatts consomme en moyenne 2 millions de litres par jour, eau de son électricité comprise, autant que 6 500 foyers.

Les situations locales comptent plus que le total : un même litre pèse peu en Scandinavie et beaucoup en Arizona. Notre article sur l'empreinte eau de l'IA va de la goutte par question au site entier.

Les déchets électroniques : jusqu'à 5 millions de tonnes

Une étude parue dans Nature Computational Science en octobre 2024 estime que l'IA générative pourrait produire 1,2 à 5 millions de tonnes de déchets électroniques cumulés entre 2020 et 2030, selon la vitesse de son développement. C'est peu face aux 62 millions de tonnes que le monde a jetées en 2022, tous appareils confondus, selon le Global E-waste Monitor 2024. Ce flux grossirait plus vite si les serveurs étaient renouvelés plus souvent ou si les restrictions d'importation de puces se durcissaient.

Selon les auteurs, réemployer, réparer et recycler les équipements des centres de données réduirait ces déchets de 16 à 86 %. Notre article sur la façon dont l'IA pollue montre le poids de la fabrication.

Et en France, que prévoit-on pour 2035 ?

En France, les projections viennent de RTE, le gestionnaire du réseau de transport d'électricité, qui suit les demandes de raccordement des centres de données. Elles portent sur les centres qui hébergent l'IA, pas sur l'IA seule.

De 4 ou 5 TWh en 2024 à plus de 30 en 2035

Selon son Bilan prévisionnel 2025, les centres de données installés sur des sites dédiés ont consommé 4 à 5 TWh en 2024, moins que le Luxembourg. RTE retient 2 trajectoires, selon la part des projets qui aboutiront : 10 à 15 TWh en 2030, puis 21 à 32 TWh en 2035. C'est entre la consommation de la Croatie et celle de l'Irlande. Une 3e trajectoire envisage une stagnation, si les investissements partent vers d'autres pays européens, si des communes imposent un moratoire ou si une bulle financière éclate.

Les 32 TWh de la trajectoire haute feraient environ 7 % de l'électricité consommée en France en 2025 (451 TWh selon le Bilan électrique de RTE). Le graphique du hub sur la France montre les 2 trajectoires.

Une électricité près de 9 fois moins carbonée

Un kilowattheure consommé en France émet 51,9 grammes d'équivalent CO2, fabrication des centrales et pertes comprises, selon la Base Carbone de l'ADEME. Dans le monde, un kilowattheure produit en émet 458 en moyenne, selon Ember. Même à 32 TWh, les centres de données installés en France émettraient de l'ordre de 1,7 million de tonnes d'équivalent CO2 par an, d'après notre calcul. C'est moins de 0,5 % des 367 millions émis par le pays en 2024.

Les Français se servent aussi de centres situés ailleurs : 53 % de leurs usages numériques étaient hébergés à l'étranger en 2022, selon une étude de l'ADEME publiée en 2025. En les comptant, l'agence estime que l'IA représentait 13 % de l'électricité des centres de données qui servent la France en 2025, selon une étude de 2026 citée par l'Arcep. Notre guide sur l'empreinte carbone du numérique en entreprise montre comment compter ces usages hébergés ailleurs.

Peut-on savoir ce que l'IA pèsera en 2050 ?

Aucune institution ne publie de projection propre à l'IA au-delà de 2035, et la plupart s'arrêtent en 2030. Pour 2050, il n'existe que des prospectives de tout le numérique.

Ce qui existe : une prospective du numérique

La prospective de référence sur le numérique français à 2050 est celle de l'ADEME et de l'Arcep, publiée en mars 2023. Elle couvre tout le numérique : téléphones, écrans, réseaux et centres de données. Sans changement, son empreinte carbone en France passerait de 17,2 millions de tonnes d'équivalent CO2 en 2020 à 49 millions en 2050, près de 3 fois plus. Selon le modèle de société retenu, elle irait de 9,3 millions si la sobriété l'emporte à 81 millions si l'on mise d'abord sur la technologie.

Cette étude a été construite avant l'essor de l'IA générative, comme le rappelle l'Arcep en mai 2026. Son périmètre était aussi plus étroit : la mise à jour de l'ADEME, qui compte les centres situés à l'étranger, trouve déjà 29,5 millions de tonnes pour 2022. La France envisage pourtant de stabiliser l'empreinte du numérique d'ici 2030 à 2035, dans sa stratégie nationale bas-carbone. Notre article sur les chiffres de la pollution numérique détaille ces trajectoires.

Ce qu'on ne peut pas dire

Personne ne sait combien de fois l'IA servira en 2050, combien d'électricité demandera chaque usage, ni d'où viendra cette électricité. L'AIE juge elle-même ses chiffres de 2035 exploratoires, et note que la croissance pourrait surprendre à la hausse après 2030. Un chiffre pour l'IA en 2050 qui circulerait sans scénario ni source relèverait de la spéculation. Tout dépendra de 3 choses : le volume des usages, l'électricité par usage et le carbone de cette électricité.

Au Projet Celsius, nous suivons plutôt l'écart entre les scénarios de 2035 : il dira, année après année, de quel côté penche la trajectoire. Les signaux se lisent chaque printemps dans les mises à jour de l'AIE et de RTE : livraisons de puces, raccordements signés, part du gaz dans les centrales des nouveaux sites.

Pour une organisation, la question utile est plus proche : combien pèse son propre usage, qui grossit plus vite que les modèles ne deviennent sobres. C'est l'objet de notre article sur le Bilan Carbone® de l'IA dans une entreprise, et notre Base IA publie les chiffres qui permettent de le calculer. Les gestes qui le réduisent sont dans notre guide pour réduire l'impact de l'IA.

Ce qu'il faut retenir

Pour savoir quelle IA consomme le moins, voir notre comparatif de ChatGPT, Claude et Gemini ; pour l'usage d'une seule personne, notre article faut-il boycotter l'IA ?.

Questions fréquemment posées

Combien d'électricité l'IA consommera-t-elle en 2030 ?

Selon le scénario de référence de l'AIE (avril 2026), les centres de données du monde consommeraient 945 TWh en 2030, contre 485 TWh en 2025, soit environ 3 % de l'électricité mondiale. Les centres consacrés à l'IA en feraient environ la moitié, 465 TWh. Les autres scénarios de l'agence vont de 833 à 1 008 TWh.

L'IA consommera-t-elle autant que le Japon ?

Presque, mais la comparaison porte sur tous les centres de données, pas sur la seule IA. Leurs 945 TWh projetés pour 2030 par l'AIE approchent les 1 027 TWh consommés par le Japon en 2025 (Ember). Les centres consacrés à l'IA, à 465 TWh, consommeraient à peu près autant que la France (451 TWh en 2025 selon RTE).

Combien de CO2 l'IA émettra-t-elle en 2030 ?

L'AIE projette environ 320 millions de tonnes de CO2 en 2030 pour l'électricité de tous les centres de données, contre 180 millions en 2024, puis environ 350 millions en 2035. GreenIT, qui compte la fabrication des serveurs et les autres gaz à effet de serre pour l'IA seule, arrive à 636 millions de tonnes d'équivalent CO2, à électricité inchangée.

Combien d'eau consommeront les data centers en 2030 ?

Environ 1 200 milliards de litres par an selon l'AIE, plus du double des 560 milliards estimés pour 2023. Il s'agit d'eau consommée, non rendue aux rivières, aux 2 tiers liée à la production d'énergie en 2023. Aux États-Unis, un grand centre de 100 mégawatts consomme en moyenne 2 millions de litres par jour, autant que 6 500 foyers.

Combien consommeront les data centers en France en 2035 ?

Selon le Bilan prévisionnel 2025 de RTE, les centres de données sur sites dédiés consommeraient 21 à 32 TWh en 2035, contre 4 à 5 TWh en 2024, selon la part des projets qui aboutiront. La trajectoire haute ferait environ 7 % de l'électricité française. RTE envisage aussi une stagnation.

Que dit l'ADEME de l'impact du numérique en 2050 ?

La prospective de l'ADEME et de l'Arcep (mars 2023) projette, sans changement, une empreinte carbone du numérique de 49 millions de tonnes d'équivalent CO2 en 2050 en France, près de 3 fois celle de 2020. Selon les scénarios, elle irait de 9,3 à 81 millions. Cette étude a été construite avant l'essor de l'IA générative.