Par Sébastien Pierfederici · Publié le 26 octobre 2026
Un prestataire de traçabilité EUDR peut collecter les géolocalisations des fournisseurs, les croiser avec les cartes de forêt, documenter le risque ou déposer les déclarations. L'entreprise qui met le produit sur le marché signe et répond seule, dès le 30 décembre 2026 pour les grandes et moyennes. Le règlement européen contre la déforestation importée n'impose aucun logiciel, et le système de la Commission est gratuit. Le bon achat dépend des flux, de leurs origines et des preuves que l'outil rend.
Dès le 30 décembre 2026, l'EUDR s'applique aux grandes et moyennes entreprises qui mettent sur le marché européen du cacao, du café, du soja, de l'huile de palme, du caoutchouc, du bois ou des bovins. Aucun lot n'y entre plus sans déclaration de diligence raisonnée déposée avant. En la déposant, l'entreprise « assume la responsabilité de la conformité du produit », dit le règlement. Le ministère de la Transition écologique ajoute qu'aucun outil n'est « homologué » pour garantir cette conformité.
Le bon achat se décide donc flux par flux. Il dépend du rôle de l'entreprise dans chaque flux, opérateur, opérateur en aval ou commerçant, et du niveau de risque du pays d'origine. Les sections suivantes reprennent ces prestataires un par un, puis les cas selon l'origine du produit.
La diligence raisonnée tient en 5 étapes : collecter les informations de chaque parcelle, les croiser avec les cartes de forêt, évaluer et atténuer le risque, déposer la déclaration, puis conserver le dossier 5 ans. Le marché des prestataires s'est découpé de la même manière.
Aucune famille ne couvre seule les 5 étapes, et chacune vend la sienne :
Le règlement ne connaît qu'une forme de délégation : le mandataire. Toute personne établie dans l'Union peut l'être, sur mandat écrit, même hors de la chaîne d'approvisionnement, et représenter plusieurs opérateurs, précise la FAQ de la Commission. Il dépose la déclaration au nom de l'opérateur, qui « conserve la responsabilité » de la conformité du produit.
Le mandataire n'est pas le représentant en douane : ce sont « deux fonctions distinctes », rappelle la douane, qui contrôle aussi, chez le même importateur, la déclaration carbone aux frontières. Une micro-entreprise peut aussi confier sa déclaration à l'acheteur suivant dans la chaîne, qui ne peut pas revendre le produit sans l'avoir déposée.
Plusieurs gestes ne se délèguent pas, quel que soit le contrat :
Un outil, un certificat ou un mandataire peuvent préparer la déclaration EUDR, aucun ne la signe à la place de l'entreprise.
Oui, pour déclarer et pour cartographier. La Commission met à disposition, gratuitement, de quoi déposer les déclarations et vérifier qu'une parcelle n'était pas couverte de forêt fin 2020.
Le système d'information est un module de la plateforme TRACES. Il sert à déposer et gérer les déclarations, et sa carte permet de dessiner, de saisir ou d'importer des parcelles au format GeoJSON. Un serveur d'essai, sans valeur juridique, permet de s'entraîner.
Le système est rouvert depuis le 30 juin 2026, selon le ministère, et la Commission y forme régulièrement les opérateurs en ligne. Pour le volume, une interface de programmation, publiée en 2024, dépose les déclarations depuis un logiciel. Un fichier de 25 Mo tient plus d'un million de points de géolocalisation.
L'observatoire européen de la déforestation publie une carte mondiale du couvert forestier au 31 décembre 2020, la date de référence du règlement, à 10 mètres de résolution. La FAQ de la Commission cite aussi des outils libres d'accès, comme Whisp de la FAO, et le ministère en liste d'autres, de Copernicus à OpenStreetMap.
Ces cartes ne tranchent rien seules. Selon le document d'orientation de la Commission, « l'observatoire n'est pas exclusif, n'est pas obligatoire et n'a aucune valeur juridique ». Une parcelle qui tombe en forêt sur la carte n'est pas pour autant non conforme : c'est le signal d'une vérification à faire, image et pièces à l'appui.
Le système de la Commission n'est pas un système d'information géographique : il n'affiche aucune image satellite de fond. Aucun outil public ne prend non plus en charge les tâches qui coûtent le plus de temps :
Le ministère le résume ainsi : aucun outil « ne permet d'assurer, à lui seul, la conformité avec le règlement », ni « ne décharge son utilisateur de sa responsabilité ».
Cacao, café, soja, huile de palme, caoutchouc, bois et bovins relèvent du même règlement, mais le besoin d'achat change d'un flux à l'autre, selon le rôle de l'entreprise et le pays d'origine du produit, bien plus que selon sa taille. La liste des produits et des codes douaniers concernés fixe d'abord les flux à examiner.
Une entreprise qui transforme un produit déjà déclaré, ou qui le revend, ne dépose aucune déclaration. Elle conserve 5 ans les coordonnées de ses fournisseurs et de ses clients, et le numéro de référence seulement si son fournisseur est l'opérateur. La Commission parle d'une « collecte passive » : un module de son logiciel de gestion suffit en général, avec un enregistrement dans le système si l'entreprise n'est pas une PME.
Pour un produit qui vient d'un pays à risque faible, l'opérateur peut appliquer une diligence simplifiée, sans évaluation ni atténuation du risque. La dispense ne vaut qu'après avoir évalué la complexité de la chaîne et le risque de mélange avec d'autres origines, et la géolocalisation reste due. Le besoin se concentre alors sur la collecte et le dépôt.
Dans son estimation des coûts, le rapport de la Commission du 4 mai 2026 compte 51 % des importateurs, contre 20 % auparavant, à la moitié du coût standard. Les autorités contrôlent chaque année au moins 1 % des opérateurs de ces origines.
Pour une origine à risque standard, l'opérateur évalue le risque sur 14 critères, de la présence de forêts à la corruption et à la complexité de la chaîne. Il l'atténue au besoin par des informations supplémentaires, des enquêtes ou des audits indépendants. C'est là que l'imagerie satellite et l'audit se justifient, et que les contrôles montent à 3 % des opérateurs.
Un importateur de fèves de cacao achète au Ghana, en Côte d'Ivoire et en Équateur, exemple construit pour l'article. La Commission classe le Ghana à risque faible, la Côte d'Ivoire et l'Équateur à risque standard. L'entreprise tient donc 2 régimes de diligence, et l'achat de prestations ne sera pas le même pour les 3 flux.
La diligence simplifiée ne vaut que pour les lots ghanéens gardés à part de bout en bout. Dès qu'un silo, un broyage ou une déclaration mêle les origines, tout le lot repasse en diligence complète, avec toutes ses parcelles déclarées. Le Ghana a déployé un système national de traçabilité du cacao, qui peut nourrir la collecte sans dispenser de vérifier.
Un prestataire se juge sur ce qu'il rend, sur ses réponses à quelques questions précises et sur les promesses qu'il ne fait pas. La même grille sert pour un logiciel de bilan carbone, un prestataire de passeport numérique ou l'auditeur de ses allégations environnementales.
Le livrable utile est un dossier par parcelle et par lot, conservé 5 ans et exportable :
Ces questions, 6 au total, départagent vite 2 offres qui se ressemblent sur le papier :
Certaines promesses contredisent le règlement ou la Commission. La plus fréquente, un outil « homologué » ou une « conformité garantie », se heurte à la position du ministère : aucun outil n'est homologué, ni par la Commission ni par une autorité nationale.
La plupart des offres sont sur devis, et aucun barème public ne fait référence pour ces prestations. Le coût suit le nombre de fournisseurs, de références et d'origines à risque standard, plus que la taille de l'entreprise : un importateur d'une seule origine à risque faible n'achète pas la même chose qu'un négociant de 10 origines.
Le seul repère public est collectif. La Commission estime que les simplifications apportées depuis 2023 réduisent le coût annuel de conformité des entreprises concernées d'environ 75 %, de 8,1 à 2,0 milliards d'euros par an pour toute l'Union.
C'est la partie la plus longue, à lancer bien avant le 30 décembre 2026, et aucun outil ne l'accélère seul : les données naissent chez des producteurs, des coopératives ou des négociants, souvent de rang 2 ou 3.
Le fournisseur transmet la géolocalisation de toutes les parcelles où la matière a été produite, avec la date ou la période de production. Pour les bovins, ce sont tous les établissements où l'animal a été gardé. La précision exigée, point ou polygone selon la surface, est détaillée dans notre article sur le règlement.
Une déforestation sur une parcelle disqualifie toute la production de cette parcelle. Un petit producteur d'un pays à risque faible qui a déposé une déclaration simplifiée unique transmet, lui, son identifiant de déclaration.
Le règlement demande des informations « suffisamment concluantes et vérifiables » que la matière a été produite selon la législation du pays de production, comme des titres fonciers ou des autorisations de coupe. Elles se rattachent à la parcelle et au lot, comme le dossier technique d'un emballage rattache chaque preuve fournisseur à une référence.
Le contrat d'achat fixe ce que le fournisseur transmet :
Une clause ne déplace pas la responsabilité. Quand le producteur fournit la géolocalisation, c'est l'opérateur qui répond de son exactitude, et une information fausse constitue un manquement, selon la Commission. Pour vérifier ce que transmet un fournisseur, les méthodes sont proches de celles du contrôle des données carbone fournisseurs, et la demande se formule comme une demande de données carbone à un fournisseur.
Oui, et c'est souvent la donnée qui manque. Le règlement vise lui-même à réduire la contribution de l'Union aux émissions de gaz à effet de serre, et la géolocalisation d'une parcelle sert aussi la comptabilité carbone.
Quand une forêt devient une plantation, le carbone qu'elle stockait part dans l'atmosphère. Dans un Bilan Carbone®, ces émissions passent par le facteur d'émission des achats de matières, au scope 3. Or la Base Empreinte de l'ADEME distingue rarement une matière issue de terres déboisées.
Pour le fruit du palmier à huile, l'une des rares paires de la base, le facteur passe de 0,109 kgCO2e par kilo sans déforestation à 1,57 kgCO2e avec, soit 14 fois plus. Seule la donnée de parcelle dit lequel des 2 s'applique.
Le standard du GHG Protocol sur le secteur des terres, publié le 30 janvier 2026, s'applique au 1er janvier 2027 dans sa version 1.1. Il organise ce calcul : calcul direct quand la traçabilité va jusqu'à la parcelle, approche statistique sinon, et répartition sur au moins 20 ans. La foresterie n'y entre pas encore, et ses règles diffèrent sur d'autres points de la méthode Bilan Carbone®.
Les 2 dates ne coïncident pas. L'EUDR regarde la déforestation après le 31 décembre 2020, le standard du GHG Protocol remonte sur 20 ans au moins : une parcelle déboisée en 2010 est conforme au règlement et porte encore des émissions dans un bilan de 2026.
La même géolocalisation sert les engagements climatiques. L'initiative SBTi exige une cible dédiée aux forêts, aux terres et à l'agriculture quand ces émissions pèsent au moins 20 % du total. Depuis la version 1.2 de son guide, du 19 mars 2026, l'engagement zéro déforestation se tient au plus tard 2 ans après la soumission de la cible, jamais après le 31 décembre 2030. Notre guide SBTi détaille ces cibles. Un tel engagement se prouve, et se fait vérifier par un tiers avant d'être affiché.
Pour nous, au Projet Celsius, le premier achat est rarement un logiciel. C'est la carte des flux par code douanier, par origine et par rôle, qui dit lesquels demandent une évaluation complète du risque ; l'outil se dimensionne ensuite pour ceux-là. Une collecte faite parcelle par parcelle se rentabilise une seconde fois dans le calcul des émissions d'un produit et dans le scope 3, là où les facteurs génériques ne voient pas la déforestation. Pour le bois, la même origine servira demain au passeport numérique des meubles, et la carte des émissions qui en sort guide le plan de réduction.
Pour les dates, les produits concernés et les sanctions, notre article sur le règlement déforestation fait le point, et notre guide du scope 3 dit quand ces émissions d'achats doivent entrer dans un bilan.
Non. Le règlement n'impose aucun logiciel : le système d'information de la Commission, un module gratuit de la plateforme TRACES, permet de déposer les déclarations en ligne ou par interface de programmation, et de dessiner ou d'importer les parcelles. Un logiciel devient utile quand les fournisseurs sont nombreux, pour collecter et relancer, ou quand les déclarations se comptent par centaines. Aucun outil n'est homologué, et aucun ne décharge l'entreprise de sa responsabilité.
Oui, s'il est votre mandataire : une personne établie dans l'Union, munie d'un mandat écrit, peut déposer la déclaration de diligence raisonnée au nom de l'opérateur. L'opérateur conserve la responsabilité de la conformité du produit. Le mandataire EUDR est distinct du représentant en douane, et un même mandataire peut représenter plusieurs opérateurs.
Non. Le recours à une certification ou à une vérification par un tiers est une décision volontaire, et la Commission précise qu'il ne constitue pas une voie réservée : l'opérateur exerce toujours sa diligence et en répond. Les informations d'un système certifié servent d'information complémentaire dans l'évaluation du risque, à condition de satisfaire aux exigences du règlement, géolocalisation des parcelles comprise.
La géolocalisation de toutes les parcelles de production avec la date ou la période de production, la quantité, le pays de production, ses coordonnées, et des informations suffisamment concluantes et vérifiables sur l'absence de déforestation après 2020 et sur la légalité de la production. S'il a lui-même déposé une déclaration dans l'Union, il transmet aussi son numéro de référence.
Auprès des producteurs, directement ou par une coopérative, un négociant ou un système national de traçabilité, par un relevé GPS sur le terrain ou un tracé sur une carte. Le système de la Commission accepte des points et des polygones au format GeoJSON, et le ministère de la Transition écologique liste des outils cartographiques gratuits. Quel que soit l'intermédiaire, l'opérateur reste responsable de l'exactitude des coordonnées.
C'est l'entreprise qui déclare qui répond : pour la Commission, une géolocalisation fausse est un manquement de l'opérateur, même si un tiers l'a fournie. Le règlement prévoit une amende maximale d'au moins 4 % du chiffre d'affaires annuel réalisé dans l'Union, la confiscation des produits et l'exclusion des marchés publics jusqu'à 12 mois. Au 24 octobre 2026, aucun texte français n'en fixait encore le détail.