Un client demande vos données carbone :
comment préparer une réponse fiable ?

Un client demande vos données carbone : comment préparer une réponse fiable ?

Par Guillaume Pakula · Publié le 17 octobre 2026

Un fournisseur peut préparer lui-même la réponse à un client qui demande ses données carbone, à condition de savoir laquelle il attend : le bilan de l'entreprise, l'empreinte d'un produit ou les émissions d'une livraison. Aucune loi n'impose de répondre, sauf pour le transport, et pour son rapport de durabilité un client ne pourra exiger sur le climat d'un fournisseur de 1 000 salariés au plus que son énergie et ses scopes 1 et 2. Un dossier préparé une fois sert ensuite à tous les questionnaires.

Une même demande de « données carbone » peut viser 3 choses très différentes : le bilan de l'entreprise, l'empreinte d'un produit ou les émissions d'une livraison. Le programme chaîne d'approvisionnement de CDP a sollicité à lui seul plus de 45 000 fournisseurs en 2025, et chaque client formule sa question à sa façon. Le travail commence donc par traduire la demande en l'une de ces 3 données.

Un fournisseur qui a préparé ces 3 données une fois répond ensuite à la plupart des questionnaires sans tout refaire, que la demande vienne d'un industriel, d'un distributeur ou d'un acheteur public.

Que demande vraiment le client ?

Derrière les formulations des services achats, « votre bilan carbone », « votre empreinte », « vos émissions », la donnée attendue se range presque toujours dans l'une de 3 familles. Les distinguer d'emblée évite de produire un bilan complet quand le client voulait l'empreinte d'une seule référence, ou l'inverse.

Le bilan de l'entreprise

C'est la demande la plus fréquente : les émissions de l'entreprise sur une année, scope 1 pour ses combustibles et ses véhicules, scope 2 pour l'électricité achetée, parfois scope 3 pour ses achats et ses transports. Elles se calculent selon le GHG Protocol ou la méthode Bilan Carbone®, dont notre comparatif détaille les écarts. La norme d'application volontaire publiée au Journal officiel de l'Union le 21 septembre 2026 y ajoute la consommation d'énergie en mégawattheures. Le client qui reçoit ce bilan doit ensuite le répartir pour isoler la part qui le concerne, et c'est souvent au fournisseur de lui donner la clé.

L'empreinte d'un produit

Un client qui calcule son propre scope 3 préfère l'empreinte du produit qu'il achète, du berceau à la sortie d'usine, parce qu'elle s'ajoute directement à ses quantités. Elle se calcule selon l'ISO 14067 ou la méthodologie PACT, par une démarche proche d'une analyse de cycle de vie, que le bilan de l'entreprise ne remplace pas. Pour un produit de construction, cette donnée existe déjà sous la forme d'une FDES vérifiée.

Les émissions d'une prestation

Pour un transporteur, la donnée est imposée par la loi. L'article L1431-3 du code des transports oblige toute personne qui organise une prestation de transport à informer son client de la quantité de gaz à effet de serre émise. Depuis le 1er janvier 2025, le manquement est passible d'une amende de 3 000 € au plus. Le calcul suit des valeurs par défaut, des moyennes propres à l'entreprise ou des mesures par prestation, détaillées dans notre article sur le bilan d'un transporteur.

Un fournisseur est-il obligé de répondre ?

En dehors du transport, aucune loi n'oblige un fournisseur à communiquer ses données carbone à un client. La contrainte est commerciale ou contractuelle, et le droit européen encadre désormais ce qu'un grand client peut exiger d'un fournisseur de taille moyenne.

Le contrat et l'appel d'offres

Une clause de contrat ou un critère d'appel d'offres crée l'obligation, au moins pour remporter le marché, et un client qui évalue ses fournisseurs avec EcoVadis en fait souvent une condition de référencement. Dans la commande publique, l'article 35 de la loi Climat et résilience impose qu'au moins un critère d'attribution porte sur les caractéristiques environnementales de l'offre, pour les consultations engagées depuis le 22 août 2026. Notre guide pour répondre au critère environnemental détaille la façon de marquer des points.

Le plafond fixé par la directive Omnibus

La directive Omnibus du 24 février 2026 protège les entreprises de 1 000 salariés au plus. Quand un client soumis à la CSRD leur demande des informations pour son rapport de durabilité, elles peuvent refuser tout ce qui dépasse la norme volontaire, et aucune clause contraire d'un contrat n'est contraignante. Le client doit les en informer, et il peut se fier à leur autodéclaration de taille.

Pour le climat, ce plafond est étroit. L'annexe II de la norme volontaire ne retient, pour une entreprise de plus de 10 salariés, que la consommation d'énergie et les émissions brutes des scopes 1 et 2, le scope 2 étant calculé selon le réseau local. Elle ne retient aucune donnée climat pour une entreprise de 10 salariés ou moins. Le plafond s'applique aux exercices ouverts à partir du 1er janvier 2027, et la directive doit être transposée au plus tard le 19 mars 2027.

Le scope 3 et l'empreinte produit restent donc hors plafond, ce qui ne les rend pas exigibles pour le rapport de durabilité. Une demande faite pour d'autres raisons, un appel d'offres ou une stratégie d'achats, n'est pas visée par ce droit de refus, comme le rappelle notre article sur les ESRS révisés. Notre article sur le scope 3 obligatoire détaille cette règle et ses limites.

Qui peut préparer la réponse ?

La réponse ne demande pas toujours un cabinet. Ce qui décide, c'est la donnée attendue et l'usage que le client en fera, comme pour le choix entre un logiciel et un cabinet pour un bilan complet.

En interne, pour les scopes 1 et 2

Les scopes 1 et 2 se calculent à partir des factures d'énergie, des carnets de carburant et des recharges de fluides frigorigènes, avec des facteurs d'émission publics. Une équipe qui tient ces chiffres peut le faire elle-même, avec les limites que décrit notre article sur le bilan fait soi-même, et le dire franchement dans sa réponse. Les erreurs d'unité, d'année ou de poste oublié sont fréquentes, et notre liste des pièges d'un premier bilan en recense d'autres.

Avec un appui, pour le scope 3 et l'empreinte produit

Le scope 3 et l'empreinte d'un produit demandent des choix de méthode qu'un client averti relira : périmètre, règle de répartition, sources des facteurs. Un appui extérieur se justifie dans 4 situations :

Un tiers, quand le client veut une donnée vérifiée

Un client peut demander que la donnée soit vérifiée. Pour un bilan, c'est une vérification par un tiers, souvent selon l'ISO 14064-3. Pour une empreinte produit échangée selon PACT, la méthodologie fait vérifier par un tiers indépendant le modèle de calcul jusqu'en 2030, plutôt que chaque empreinte. EcoVadis range de son côté la donnée vérifiée par un tiers au plus haut de ses 4 niveaux de fiabilité, comme le montre l'échelle ci-dessous.

Comment préparer une réponse fiable ?

Une réponse fiable est une réponse que le client peut relire et refaire. Elle se prépare en 4 temps, du cadrage à la documentation, et c'est ce que l'acheteur vérifiera, comme le décrit notre article sur la vérification des données fournisseurs.

Faire préciser la demande

Avant de calculer, 5 précisions évitent une réponse à côté : l'année visée, le périmètre (un site, l'entreprise, un produit), l'unité attendue, la méthode exigée et l'usage que le client fera du chiffre. Un client qui veut une empreinte par kilogramme ne peut rien faire d'un total annuel en tonnes.

Partir des données d'activité

Le GHG Protocol conseille aux acheteurs de demander de préférence les données que le fournisseur possède déjà, comme ses consommations d'énergie, et de calculer eux-mêmes les émissions, ce qui limite les erreurs. La norme volontaire demande d'ailleurs l'électricité d'après les factures du fournisseur d'énergie. Transmettre les kilowattheures et les litres, avec les facteurs appliqués, rend la réponse vérifiable par le client.

Répartir entre ses clients

Un bilan d'entreprise se répartit entre clients selon une clé. Le standard scope 3 du GHG Protocol demande la clé qui reflète le mieux la façon dont les émissions sont produites. La méthodologie PACT, à la suite de l'ISO 14067, privilégie une clé physique, tonnes, unités ou volume, et recommande la masse en cas de doute. La clé économique, au chiffre d'affaires, attribue davantage d'émissions aux produits chers, comme le montre le calcul ci-dessous, construit pour l'article.

Le fournisseur indique la clé retenue et la part de sa production achetée par le client. Le GHG Protocol admet aussi qu'il transmette son total et sa part de production, et laisse alors le client répartir lui-même.

Documenter la méthode

Une réponse sans note de méthode vaut une estimation. La note dit la norme suivie, les sources et les versions des facteurs d'émission, les exclusions, l'année des données et, pour une empreinte produit, la part de données primaires, que PACT fait toujours transmettre. Elle présente à part ce qui ne se déduit pas d'une empreinte : la compensation, que l'ISO 14067 place hors de son champ, le carbone stocké dans un produit et les garanties d'origine. Une neutralité carbone revendiquée n'a pas sa place dans le chiffre.

Un chiffre que le client peut refaire vaut mieux qu'un chiffre plus bas qu'il ne peut pas vérifier.

Que mettre dans un dossier fournisseur réutilisable ?

Le même dossier sert au questionnaire achats, à une 1re réponse au CDP, à EcoVadis, à la norme volontaire et à l'appel d'offres. Il tient en quelques pièces, à mettre à jour chaque année avec la clôture des comptes :

La confidentialité se règle par un accord de confidentialité, ou par une vérification confiée à un tiers à la place du détail des données d'activité, que le GHG Protocol cite comme alternative. Le dossier sert aussi en interne : il prépare la stratégie de réduction que les clients finissent par demander.

Aucun barème public ne fixe le prix de cette préparation. Il dépend surtout de ce qui existe déjà, un bilan récent ou rien, de la taille du site et de la demande d'empreinte produit, dont le coût suit celui d'une ACV. Notre parcours pour une PME sollicitée par un client reprend les étapes et les aides. Pour un bilan complet, notre article sur le prix d'un bilan carbone et notre simulateur donnent les ordres de grandeur.

Pour nous, au Projet Celsius, la bonne réponse à un client est celle qu'il peut refaire à partir des données transmises : des consommations, des facteurs datés, une clé de répartition expliquée. Un chiffre bas et opaque coûte plus cher le jour où l'acheteur le contrôle. Dans nos missions de bilan carbone, nous construisons ce dossier une fois, avec l'équipe du fournisseur, pour qu'il réponde ensuite seul aux questionnaires des années suivantes.

Ce qu'il faut retenir

Pour voir la même donnée du côté de l'acheteur, lire comment vérifier les données carbone de ses fournisseurs, et pour la méthode du scope 3, notre guide.

Un client peut-il m'obliger à donner mon bilan carbone ?

Aucune loi ne l'impose, sauf l'information sur les émissions d'une prestation de transport. Un contrat ou un appel d'offres peut en faire une condition. Pour son rapport de durabilité, un client soumis à la CSRD ne pourra exiger sur le climat d'un fournisseur de 1 000 salariés au plus que sa consommation d'énergie et ses émissions des scopes 1 et 2, à partir des exercices 2027.

Que répondre à un client qui demande mon empreinte carbone ?

Il faut d'abord lui faire préciser s'il veut le bilan de l'entreprise sur une année ou l'empreinte d'un produit, avec l'unité, l'année et la méthode attendues. Le bilan se calcule à partir des consommations d'énergie et des achats, l'empreinte produit selon l'ISO 14067 ou la méthodologie PACT. Dans les 2 cas, la réponse s'accompagne d'une note de méthode.

Comment répartir mon bilan carbone entre mes clients ?

On applique au total une clé de répartition. Le GHG Protocol demande celle qui reflète le mieux la production des émissions, et la méthodologie PACT privilégie une clé physique, tonnes, unités ou volume, avec la masse en cas de doute. La clé économique, au chiffre d'affaires, attribue davantage d'émissions aux produits chers. La clé retenue doit être indiquée au client.

Faut-il faire vérifier les données envoyées à un client ?

Ce n'est obligatoire que si le client ou le référentiel l'exige. EcoVadis place la donnée vérifiée par un tiers au plus haut de ses 4 niveaux de fiabilité, et la méthodologie PACT fait vérifier le modèle de calcul des empreintes produit. Une vérification par un tiers peut aussi remplacer la transmission de données d'activité confidentielles.

Un client peut-il exiger mon scope 3 ?

Pas pour son rapport de durabilité, si l'entreprise compte 1 000 salariés au plus : le scope 3 dépasse le plafond de la norme volontaire, et elle peut refuser. Le client peut le demander pour d'autres raisons, contrat ou stratégie d'achats, et l'estime sinon avec des moyennes. Transmettre ses consommations et sa clé de répartition lui permet de faire un calcul plus juste.

Combien coûte la préparation d'une réponse carbone à un client ?

Aucun barème public n'existe. Le coût dépend surtout de ce que l'entreprise a déjà, un bilan récent ou rien, et de la demande d'une empreinte produit, qui se rapproche d'une analyse de cycle de vie. Un dossier construit une fois et mis à jour chaque année réduit fortement le coût des réponses suivantes.