Par Guillaume Pakula · Publié le 18 octobre 2026
Les données environnementales d'un passeport numérique produit restent à la charge de l'entreprise qui le met sur le marché : le règlement européen sur l'écoconception les veut exactes, complètes et à jour, et aucun prestataire n'en répond à sa place. Un tiers n'est imposé que dans 2 cas : la copie de sauvegarde, chez un prestataire indépendant, et la vérification par un organisme notifié quand le texte du produit la prévoit, comme pour l'empreinte carbone des batteries. Aucun barème public ne fixe le prix de ces prestations.
Autour d'un même passeport numérique produit, le règlement européen sur l'écoconception fait intervenir jusqu'à 5 acteurs. Les fournisseurs transmettent leurs données, le fabricant calcule ou fait calculer les valeurs et en répond seul, un organisme notifié les vérifie quand les règles du produit l'imposent. Un prestataire de services garde une copie du passeport, et les autorités contrôlent.
Le mot « prestataire DPP » recouvre donc des métiers qui ne rendent pas le même service. Le bon interlocuteur dépend de la question posée : calculer une valeur, la prouver, ou la garder disponible pendant toute la vie du produit. La méthode de calcul elle-même est traitée dans notre article sur la méthode de calcul des données du passeport.
Le passeport numérique produit vient du règlement européen sur l'écoconception, dit ESPR, dont chaque acte délégué précisera, famille par famille, qui crée le passeport et qui peut le mettre à jour.
L'article 9 de l'ESPR pose la règle : les données du passeport sont « exactes, complètes et à jour ». L'article 27 en charge le fabricant. Avant la mise sur le marché, il applique la procédure d'évaluation de la conformité prévue par l'acte délégué, établit la documentation technique et la déclaration UE de conformité, puis les conserve 10 ans.
Il peut confier le calcul à un bureau d'études, l'hébergement à un éditeur ou l'enregistrement à un tiers, mais la responsabilité ne suit pas. Le règlement d'exécution sur le registre le dit pour l'enregistrement : l'opérateur qui autorise un tiers à agir en son nom « reste pleinement responsable ».
La plupart des données d'un passeport naissent chez les fournisseurs : la composition d'une mousse, l'origine d'un acier, l'électricité d'une filature. L'article 38 de l'ESPR leur donne 3 obligations, quand l'acte délégué du produit le prévoit :
Tant qu'aucun acte n'a activé ces obligations pour un produit, seul le contrat d'achat fait répondre un fournisseur, comme pour les données carbone qu'un client réclame.
Le fabricant peut conserver lui-même son passeport ou le confier à un tel prestataire. Une règle ne se discute pas : il met à disposition une copie de sauvegarde de la version la plus à jour par l'intermédiaire d'un prestataire de services (articles 10 et 27). Le passeport doit rester accessible même après une faillite de l'opérateur, et le prestataire ne peut ni vendre ni réutiliser les données au-delà de son service, sauf convention spécifique avec l'opérateur (article 11).
Les exigences pour devenir prestataire, et le cas échéant un système de certification, viendront d'un acte de la Commission dont l'adoption est prévue au 4e trimestre 2026 , sans projet publié au 17 octobre 2026. Le registre européen prévoit une liste de prestataires « vérifiés », mais ce statut prouve leur identité, pas la qualité de leur service.
Une plateforme de passeport garde la donnée intacte et disponible, elle ne dit rien de sa justesse.
Pas en règle générale. L'ESPR laisse à l'acte délégué de chaque produit le choix de la procédure d'évaluation de la conformité, et donc la décision de faire intervenir un tiers ou non (article 4, paragraphe 5).
La procédure la plus légère est le module A, le contrôle interne de la production : le fabricant « assure et déclare, sous sa seule responsabilité » que son produit respecte l'acte délégué (annexe IV). Les modules B à H1 font intervenir un organisme notifié, qui certifie le produit ou le système qualité de l'usine. L'article 43 demande à la Commission de choisir selon le type de produit, les exigences et les risques.
Au 17 octobre 2026, aucun acte délégué d'écoconception par produit n'est publié au Journal officiel : seul le règlement délégué (UE) 2026/296, sur les invendus, complète l'ESPR. Personne ne sait encore si l'empreinte d'un vêtement ou d'un meuble passera par un tiers, et le calendrier de l'ESPR et du passeport donne l'ordre de passage prévu.
Le règlement batteries a tranché pour l'empreinte carbone et le contenu recyclé : son article 17 n'admet que les modules D1 ou G, tous 2 avec organisme notifié. La déclaration d'empreinte attend encore son acte de calcul, en projet au 17 octobre 2026, alors que le passeport de ces batteries arrive le 18 février 2027. La revue indépendante d'une ACV de batterie détaille ce que l'organisme vérifie.
Le règlement sur les produits de construction a créé un système 3+ : un organisme notifié y valide les données d'entrée, les hypothèses et le calcul environnemental du fabricant, puis inspecte l'usine. Ses actes d'application diront quels produits y passent.
Une fois le registre européen relié à leurs systèmes, les douanes vérifieront l'identifiant du produit et son code de marchandise. La mise en libre pratique « n'est pas réputée constituer une preuve de conformité » (article 15). Le registre ne contrôle que la forme des données. Leur exactitude matérielle relève des autorités de surveillance du marché, qui peuvent, en cas de non-conformité, faire payer à l'opérateur le coût des essais (article 66). Une erreur dans un passeport se découvre donc après la mise sur le marché.
Les textes découpent la fiabilité en garanties distinctes : une valeur juste, des données d'entrée réelles, une donnée à jour, un passeport intact et disponible, un produit enregistré. Chacune a son garant, et le tableau ci-dessous montre qu'aucun acteur ne les couvre toutes.
Un organisme notifié, ou un vérificateur choisi volontairement, atteste qu'une valeur respecte une méthode, sur un périmètre et à une date. Pour une batterie, c'est un modèle dans une usine donnée ; pour une empreinte carbone vérifiée à la demande d'un client, c'est le périmètre écrit dans la déclaration. Son avis ne couvre ni les autres modèles du catalogue, ni la version suivante du produit.
Son indépendance est écrite. Un organisme notifié ne peut être ni le concepteur ni le fournisseur du produit qu'il évalue, et l'article 52 lui interdit les activités qui menaceraient son jugement, « en particulier » les services de conseil. Le bureau d'études qui a calculé une empreinte ne peut donc pas la valider, pas plus qu'une revue critique d'ACV ne se confie à son auteur.
Certaines formules commerciales n'ont pas de base dans les textes au 17 octobre 2026. Elles se repèrent à leur formulation :
Un passeport fait appel à 3 métiers qui se choisissent sur des critères différents. Les garder distincts garantit l'indépendance, et c'est une obligation quand un organisme notifié intervient.
Il doit connaître la méthode que l'acte délégué imposera, le plus souvent la méthode européenne PEF et ses règles par catégorie de produits, et savoir travailler avec les données des fournisseurs plutôt qu'avec des moyennes. Son rapport doit pouvoir entrer tel quel dans la documentation technique, avec les bases de données citées et leur version.
La plateforme met en forme et diffuse le passeport ; la copie de sauvegarde passe par un prestataire de services indépendant. L'ESPR exige des données transférables « sans dépendance à l'égard des fournisseurs » (article 10) et un passeport disponible pendant toute la durée de vie du produit. Un passeport conforme aux 6 normes européennes citées au Journal officiel le 15 juillet 2026 (EN 18216 et EN 18219 à EN 18223) est présumé respecter ces exigences (article 41).
Pour une vérification réglementaire, seul un organisme notifié au titre du texte du produit convient. Pour une vérification volontaire demandée par un client, un vérificateur indépendant de celui qui a calculé et compétent dans le secteur suffit, comme pour une FDES ou un PEP ou pour l'audit des allégations environnementales. Les questions à poser sont les mêmes pour les 3 prestataires :
Côté budget, le calcul suit le prix d'une ACV : de l'ordre de 5 000 à 10 000 € HT pour une ACV simplifiée et de 10 000 à 25 000 € HT pour l'ACV complète d'un produit courant. Ce sont des ordres de grandeur constatés en 2026, sans barème officiel, et une première ACV produit sert ensuite de base aux suivantes. Pour la plateforme, la sauvegarde et l'organisme notifié, aucun barème public n'existe : seuls des devis sur le même périmètre se comparent.
Un passeport fiable se construit avant le choix de l'outil, dans la façon dont chaque valeur est documentée. La fiche ci-dessous, construite sur une chaise fictive, montre ce qu'une valeur doit porter pour résister à une vérification ou à un contrôle.
Chaque valeur renvoie à sa source : la déclaration du fournisseur, le relevé du compteur, la base de données et sa version. Ces pièces entrent dans la documentation technique, conservée 10 ans après la mise sur le marché. Les dossiers qui bloquent une vérification ont presque toujours le même défaut : un chiffre juste dont plus personne ne sait d'où il vient. Le même travail se fait déjà pour le dossier technique des emballages. Chaque valeur se relie aussi aux événements qui la font recalculer, car une donnée exacte au lancement peut devenir fausse au 2e lot (article 27).
En attendant que l'acte délégué active l'article 38, le contrat d'achat fait le travail. 4 clauses évitent la plupart des trous, et la vérification des données fournisseurs se fait ensuite sur pièces :
Pour nous, au Projet Celsius, la question utile à poser à une plateforme n'est pas « êtes-vous conformes ? » mais « que garantissez-vous, et sur quoi ? ». Nous recommandons de séparer les 3 rôles : un calcul documenté par un bureau d'études, une vérification par un tiers qui n'a pas calculé, une sauvegarde réversible chez un prestataire indépendant. Le chantier le plus long reste celui des données fournisseurs, et il commence avant le choix de l'outil, ce que notre offre passeport numérique organise dès le cadrage.
Pour savoir si et quand votre produit aura un passeport, notre outil en 2 minutes et le guide du passeport numérique font le point famille par famille.
Non. Une plateforme met en forme, héberge et diffuse le passeport ; elle peut garantir l'intégrité et la disponibilité des données, pas leur justesse. L'exactitude reste à la charge du fabricant, et seule une vérification par un organisme notifié, quand l'acte délégué du produit l'impose, l'atteste devant les autorités.
C'est un tiers indépendant, autorisé par l'opérateur qui met le produit sur le marché, qui traite les données du passeport pour les rendre accessibles à ceux qui y ont droit. Le fabricant doit lui confier une copie de sauvegarde de la dernière version. Les règles détaillées de ce métier viendront d'un acte de la Commission prévu fin 2026.
Pas en règle générale. Chaque acte délégué choisit la procédure d'évaluation de la conformité : le contrôle interne par le fabricant, ou un module avec organisme notifié. Pour l'empreinte carbone et le contenu recyclé des batteries, le règlement de 2023 prévoit déjà un organisme notifié, même si la déclaration d'empreinte attend encore son acte de calcul.
Non. Un organisme notifié doit être indépendant du produit qu'il évalue et s'interdit les services de conseil. Pour une vérification volontaire, les clients et les programmes de vérification attendent la même séparation : celui qui calcule et celui qui vérifie sont 2 entreprises distinctes.
Seulement si l'acte délégué du produit active l'article 38 de l'ESPR : ils devront alors fournir gratuitement les informations disponibles et ouvrir leurs sites aux contrôles. D'ici là, c'est le contrat d'achat qui fixe ce qu'ils transmettent, sous quel format et à quel rythme.
Aucun barème public n'existe au 17 octobre 2026 pour les plateformes, la sauvegarde ou les organismes notifiés. Le prix dépend du nombre de références, du niveau du passeport (modèle, lot ou article) et de la durée de conservation. Le calcul d'empreinte suit le prix d'une ACV, de 5 000 à 10 000 € HT pour une ACV simplifiée.