Par Sébastien Pierfederici · Publié le 17 octobre 2026
La déclaration d'empreinte carbone d'une batterie se fait vérifier par un organisme notifié, indépendant du fabricant ; une comparaison publiée, par un comité de revue critique. La vérification deviendra obligatoire 12 à 18 mois après l'entrée en vigueur de la méthode, toujours attendue au 17 octobre 2026. Le dossier repose sur les données d'usine, la preuve du mix électrique et une étude qui documente chaque choix.
L'analyse du cycle de vie d'une batterie peut être relue par 2 tiers très différents, selon ce que fera le résultat. La déclaration d'empreinte carbone du règlement européen sur les batteries passe par un organisme notifié, qui visite les usines. Une étude publiée pour se comparer à un concurrent passe par une revue critique selon la norme ISO 14044. Dans les 2 cas, le dossier tient sur 3 pièces : les données d'usine des cellules et des matériaux actifs, la preuve du mix électrique et une étude qui documente chaque choix.
Les règles de calcul ne sont pourtant pas encore adoptées. Le projet d'acte de la Commission pour les batteries de véhicules électriques a été publié pour avis le 30 avril 2024, et le Centre commun de recherche a publié en avril 2025 ses règles pour les batteries industrielles. Un fabricant qui prépare son dossier aujourd'hui travaille sur ces 2 documents, en sachant qu'ils peuvent encore bouger.
Tout dépend de l'usage du chiffre, comme pour la vérification d'un bilan carbone interne. Le règlement européen sur les batteries impose une déclaration d'empreinte carbone aux batteries de véhicules électriques, de moyens de transport légers et aux batteries industrielles rechargeables de plus de 2 kWh. Le reste, comparaison publiée, dossier client ou étude interne, relève de la norme ou du contrat.
L'article 17 du règlement, dans sa version consolidée du 13 août 2026, exclut l'autocontrôle pour l'empreinte carbone. La déclaration passe par l'un des 2 modules avec organisme notifié, décrits à son annexe VIII :
L'article 25 du même règlement fixe l'indépendance de l'organisme : ni lui ni son personnel ne peuvent concevoir, fabriquer ou distribuer les batteries qu'ils évaluent, ni exercer une activité qui menacerait leur jugement. La liste des organismes notifiés au titre du règlement se consulte dans la base NANDO de la Commission. Le prestataire qui a calculé l'empreinte ne peut donc pas la vérifier, comme pour la vérification d'une FDES.
La revue critique suit le chapitre 6 de la norme ISO 14044. Elle est obligatoire pour une comparaison publiée, avec un comité de parties intéressées d'au moins 3 membres, et facultative ailleurs au regard de la norme ; un client peut toutefois l'exiger dans son cahier des charges. Notre article sur le choix d'un expert indépendant détaille son déroulement, et son prix varie surtout avec le nombre de relecteurs.
Les 2 démarches ne se remplacent pas. Un rapport de revue critique ne vaut pas vérification réglementaire. L'avis d'un organisme notifié ne couvre que la conformité à la méthode européenne, pas une affirmation comparative, que le droit des allégations environnementales encadre par ailleurs. Une revue faite avant le dépôt sert en revanche de répétition générale : elle repère les trous du dossier pendant qu'on peut encore les combler.
L'organisme notifié vérifie que la déclaration d'empreinte carbone respecte la méthode de l'acte délégué, et cet acte manque encore. Pour les véhicules électriques, le projet d'acte et son annexe ont été soumis au public le 30 avril 2024 et ont reçu 127 contributions ; la fiche de l'initiative ne porte aucune date d'adoption au 17 octobre 2026. Pour les batteries industrielles, le rapport du Centre commun de recherche, le JRC, d'avril 2025 sert de base technique.
Le projet d'annexe, section 3.2, lui demande de vérifier que les données sont cohérentes, fiables et traçables et que les calculs sont justes. Ses contrôles portent sur 4 points :
Il lit 2 documents. L'étude complète porte les tables d'inventaire, les jeux de données, les facteurs d'allocation et les preuves. Sa version publique donne l'empreinte par étape du cycle de vie, la note de qualité des données et le mix électrique retenu.
Le projet ajoute une règle qui pèse sur la durée : si l'empreinte augmente de plus de 10 %, par un changement de fournisseur, d'origine des matériaux, de procédé ou d'électricité, la batterie devient un nouveau modèle. Il faut alors un nouveau calcul et une nouvelle déclaration, donc une nouvelle vérification.
Toute la production principale se modélise avec des données propres à l'entreprise : matériaux actifs de cathode et d'anode, électrodes, électrolyte, cellules, modules et pack, puis la distribution. Pour les étapes en amont, les plus pertinentes, comme les précurseurs de cobalt, de nickel, de lithium ou de graphite, le fabricant choisit entre une donnée de la liste de la Commission et une donnée propre à son fournisseur.
Les règles de collecte, reprises par le rapport du JRC, sont précises et vérifiables :
Un fournisseur qui refuse de livrer son inventaire complet peut transmettre un jeu de données agrégé, directement ou par un tiers. Le fabricant doit alors s'assurer que l'organisme notifié reçoit du fournisseur toutes les informations nécessaires. Selon le rapport pour les batteries industrielles, ce jeu porte au moins l'empreinte par kg ou par kWh, par étape, et la teneur de 16 éléments, dont le cobalt, le nickel et le lithium. C'est la même logique que les données carbone demandées aux fournisseurs dans un bilan d'entreprise.
Pour une donnée propre à l'entreprise sur une étape amont, le rapport fixe une note de qualité maximale, 2,5 ou 3 selon l'existence d'une donnée secondaire acceptable. La méthode de calcul, fondée sur l'empreinte environnementale de produit, dite PEF, et le choix des données font l'objet de notre guide pour faire l'ACV d'une batterie industrielle, et les postes les plus lourds d'une batterie disent où concentrer la collecte.
Le projet d'annexe retient par défaut le mix moyen de consommation du pays de chaque usine. Il ne fait qu'une exception : l'électricité produite dans la même installation ou livrée par une ligne directe, au sens de la directive européenne 2019/944 sur l'électricité. Le considérant 5 du projet d'acte écarte les instruments contractuels, garanties d'origine et contrats d'achat d'électricité par le réseau compris, faute de pouvoir exclure un double comptage hors de l'Union.
Pour revendiquer une électricité directement connectée, l'étude en apporte la preuve, par ces pièces :
Le rapport du Centre commun de recherche pour les batteries industrielles renvoie à l'acte définitif des véhicules électriques pour la modélisation de l'électricité. Un calcul fait aujourd'hui avec un contrat d'achat d'électricité verte risque donc d'être refait. Le mix du pays compte, même si les matières pèsent davantage, comme le montre notre article sur les postes qui font l'empreinte d'une batterie.
Les pièges d'une ACV de batterie tiennent à 2 choses : des règles de calcul propres au secteur, et un calendrier qui n'est pas encore fixé.
Plusieurs règles n'existent pas dans la méthode générale, ou changent d'une catégorie de batterie à l'autre :
La déclaration s'appliquera 12 mois après l'entrée en vigueur de l'acte délégué et de l'acte d'exécution pour les véhicules électriques, et 18 mois après les leurs pour les batteries industrielles. Une étude calée sur un projet peut devoir être reprise sur le texte adopté : mieux vaut garder un modèle paramétré qu'un résultat figé. Les mêmes contrôles valent pour toute ACV calculée sur logiciel.
La revue critique porte sur l'étude ; la vérification de l'organisme notifié porte sur l'étude et sur les sites. Les 2 se préparent avec le même dossier, dans un ordre qui évite les allers-retours.
La vérification se joue dans plusieurs usines, souvent dans plusieurs pays. Un ordre de travail évite de découvrir les manques le jour de l'audit :
Avant de signer, 4 points se vérifient auprès de l'organisme :
Aucun barème public n'existe pour la vérification par un organisme notifié. Le calcul lui-même suit les ordres de grandeur de notre article sur le coût d'une ACV. La déclaration nourrit aussi le passeport de batterie et, plus largement, le passeport numérique des produits : une donnée vérifiée une fois sert plusieurs fois, jusqu'à la méthode de calcul du passeport numérique.
Pour nous, au Projet Celsius, la pièce à demander en premier est une preuve : les relevés d'énergie par atelier et les rendements des usines de cellules, que les fournisseurs n'ont pas l'habitude de transmettre. Nous réalisons des ACV et des revues critiques selon la norme ISO 14044 ; la vérification de la déclaration revient ensuite à un organisme notifié indépendant, que le fabricant choisit. Une équipe qui veut mener elle-même sa première ACV produit peut se former avec notre formation ACV.
Pour le règlement dans son ensemble, voir notre guide du règlement batteries ; pour le calcul, notre guide sur l'ACV d'une batterie industrielle.
Un organisme notifié au titre du règlement (UE) 2023/1542, par le module D1 pour une batterie fabriquée en série ou le module G pour une batterie fabriquée à l'unité. L'autocontrôle n'est pas permis pour l'empreinte carbone. L'organisme doit être indépendant du fabricant, de ses partenaires et de ses investisseurs, et sa liste se consulte dans la base NANDO de la Commission.
Non. La revue critique juge une ACV au regard de la norme ISO 14044 ; la vérification réglementaire juge la déclaration au regard de la méthode de l'acte délégué, avec des visites d'usines. Une revue faite avant le dépôt reste utile pour repérer les manques du dossier, mais elle ne remplace pas l'organisme notifié.
12 mois après l'entrée en vigueur de l'acte délégué et de l'acte d'exécution, la date la plus tardive comptant, pour les batteries de véhicules électriques, 18 mois après leur propre acte pour les batteries industrielles de plus de 2 kWh, et au plus tôt le 18 août 2028 pour les moyens de transport légers. Au 17 octobre 2026, aucun de ces actes n'est adopté : le projet pour les véhicules date d'avril 2024.
Pas selon le projet d'acte d'avril 2024 : il retient le mix moyen de consommation du pays et écarte les contrats d'achat et les garanties d'origine. Seule l'électricité produite sur le site ou livrée par une ligne directe peut être comptée à part, preuves de production et d'injection à l'appui. Le texte définitif peut encore changer ce point.
Soit son inventaire complet, soit un jeu de données agrégé propre à son usine, transmis directement ou par un tiers. Ce jeu donne au moins l'empreinte par kg ou par kWh, par étape du cycle de vie, les paramètres de qualité du produit et la teneur en 15 éléments dans le projet pour les véhicules, 16 dans le rapport pour les batteries industrielles, dont le cobalt, le nickel et le lithium. L'organisme notifié doit pouvoir en recevoir le détail.
Selon le projet d'acte, une hausse de plus de 10 % due à un changement de matériaux, de fournisseurs, de procédé ou d'électricité fait de la batterie un nouveau modèle. Le fabricant refait alors le calcul et la déclaration, et l'organisme notifié vérifie de nouveau.