Par Sébastien Pierfederici · Publié le 16 octobre 2026 · Mis à jour le 17 octobre 2026
Les résultats d'une ACV calculée sur SimaPro, openLCA ou un configurateur se vérifient par un praticien qui n'a pas construit le modèle, et qui l'ouvre au lieu de lire le seul rapport. Ce contrôle par un tiers n'est imposé par un texte général que pour une comparaison publiée, par une revue critique, et pour une FDES ou une EPD, par un vérificateur habilité. 7 contrôles se font d'abord en interne, et une revue par un expert seul coûte de l'ordre de 3 000 à 5 000 € HT.
Un logiciel d'analyse du cycle de vie, ou ACV, relie des processus, additionne des flux et leur applique une méthode d'impact, sans juger ce qu'on lui donne. Une consommation de 3,6 MJ saisie comme 3,6 kWh passe le calcul sans alerte. Ce type d'erreur existe jusque dans les bases de données, dont les fournisseurs publient les corrections version après version.
Les 7 contrôles de l'outil ci-dessus se font en interne, avant tout regard extérieur. Le choix de l'expert relecteur a son propre guide, sur la revue critique d'ACV.
Les logiciels experts, comme SimaPro, Sphera LCA for Experts, qui a remplacé GaBi, ou openLCA, font le même travail de fond que les outils sectoriels ou le calculateur public Ecobalyse. Le manuel d'openLCA, logiciel libre édité par GreenDelta, décrit 3 contrôles automatiques :
Le logiciel convertit aussi les unités, des grammes en kilogrammes ou des kilowattheures en mégajoules, à condition que l'unité déclarée soit la bonne. Il ne contrôle pas, en revanche :
Le nom exact des flux compte aussi. Selon le manuel d'openLCA, « carbon dioxide (fossil) » et « carbon dioxide, fossil » peuvent coexister, et un seul est en général caractérisé.
En 2015, Ivan Tengbjerg Herrmann et Andreas Moltesen ont comparé SimaPro et GaBi sur 100 processus unitaires tirés au hasard. Beaucoup de résultats étaient identiques ou presque, mais d'autres différaient assez pour changer les conclusions d'une étude. Pour un même flux élémentaire, l'écart atteignait un facteur 109.
Selon leur article de 2015, ces écarts venaient surtout d'erreurs dans les bases intégrées aux logiciels, et non du calcul. Une étude parue en 2016 dans le Journal of Industrial Ecology le dit dans son titre : le choix du logiciel peut influer sur les résultats.
Les fournisseurs de bases publient aussi leurs erreurs. Pour la version 3.3 d'ecoinvent, l'association suisse qui édite cette base d'inventaires tient une liste de problèmes connus. La production de coton américaine, chinoise et mondiale y comptait son électricité en mégajoules sans conversion en kilowattheures, soit 3,6 fois trop. La digestion anaérobie du lisier avait, elle, un bilan de masse faux.
Toute ACV de vêtement en coton calculée avec cette version, pour l'affichage environnemental textile comme pour un projet d'éco-conception textile, héritait donc de cette électricité gonflée. En septembre 2024, ecoinvent a aussi signalé 2 erreurs dans sa version 3.10. Les émissions de cobalt et d'anthracène de 2 procédés de production de coke étaient surestimées, ce qui gonflait les indicateurs de toxicité. Les volumes du marché de l'électricité brésilien étaient 3 ordres de grandeur trop faibles.
GreenDelta a relayé l'alerte aux utilisateurs d'openLCA dès le 12 septembre, et la correction, nommée 3.10.1, était annoncée pour début novembre 2024 avec la version 3.11. Pour une étude calculée entre-temps, seule la liste d'errata dit si ses processus sont touchés.
Le manuel ILCD du Centre commun de recherche de la Commission européenne détaille les contrôles prévus par l'ISO 14044 : complétude, sensibilité et cohérence. Il range les bilans de matière et d'énergie parmi les contrôles clés pour repérer les erreurs. 7 tests en découlent, faisables dans n'importe quel logiciel :
Prenons un exemple construit pour l'article : un emballage de 250 g déclare 2,5 kg de déchets en fin de vie. Le facteur 10 révèle une quantité saisie pour un lot de 10 emballages, et le bilan de masse le détecte avant tout calcul d'impact.
Ces tests ne demandent aucune licence supplémentaire et s'apprennent dans une formation ACV. Ils concluent toute première ACV de produit, avant que le chiffre ne nourrisse une démarche d'éco-conception.
Un logiciel d'ACV calcule exactement ce qu'on lui donne, erreurs de saisie comprises.
Les 7 contrôles restent un autocontrôle, même confiés à un collègue qui n'a pas construit le modèle. Dès que le résultat sort de l'entreprise, la vérification relève d'un tiers, comme pour la vérification d'un bilan carbone, et son cadre dépend de l'usage du résultat :
Côté INIES, un configurateur se vérifie comme une FDES : le vérificateur contrôle la FDES « mère », puis des configurations testées. Les FDES collectives qu'il produit sont réputées vérifiées ; une FDES individuelle issue du même outil se vérifie comme toute autre.
L'International EPD System distingue 3 niveaux d'outils pré-vérifiés. Avec le plus complet, la vérification de chaque EPD peut céder la place à une vérification annuelle. Les sigles sont expliqués dans notre guide EPD, FDES, PEP et ACV.
Un relecteur qui ne reçoit que le rapport ne peut rejouer aucun des 7 contrôles. Pour qu'il ouvre le modèle, le dossier comprend 5 pièces :
Rejouer un modèle prend plus de temps que lire un rapport. En ordre de grandeur constaté en 2026, une revue par un expert seul se situe entre 3 000 et 5 000 € HT, sur 2 à 4 semaines. Le reste du budget est détaillé dans notre article sur le prix d'une ACV, et les arbitrages dans notre guide pour faire une ACV à petit budget.
Pour nous, au Projet Celsius, le contrôle le plus rentable reste le recalcul à la main du poste dominant : il attrape les erreurs d'unité, les plus coûteuses une fois le chiffre publié. Nous relisons des modèles d'ACV construits par d'autres et formons des équipes à ces contrôles. La vérification d'une FDES ou d'une EPD reste l'affaire d'un vérificateur habilité par le programme.
Pour choisir l'expert qui relira ensuite le modèle, voyez notre guide sur la revue critique d'ACV.
Non. Le logiciel calcule juste à partir de ce qu'on lui donne, mais ne juge ni les quantités saisies ni le choix des jeux de données. Les bases intégrées ont aussi leurs erreurs : ecoinvent a corrigé en 2024 des volumes d'électricité brésilienne 3 ordres de grandeur trop faibles.
La revue critique suit l'ISO 14044 et l'ISO 14071 : un expert indépendant, ou un comité pour une comparaison publiée, rend un rapport sur l'étude. La vérification relève d'un programme, comme INIES pour les FDES : un vérificateur habilité autorise la publication de la déclaration comme vérifiée.
Consultez la liste des problèmes connus de la version exacte utilisée, publiée par le fournisseur de la base, et les annonces de l'éditeur du logiciel. Notez cette version dans le rapport, pour qu'un relecteur puisse refaire la vérification.
Cela dépend de la FDES. Dans le programme INIES, le configurateur est vérifié à partir de sa FDES « mère » et de configurations testées. Les FDES collectives qu'il produit sont réputées vérifiées ; une FDES individuelle issue du même outil passe par un vérificateur habilité.
Aucun barème public n'existe. En ordre de grandeur constaté en 2026, une revue par un expert seul se situe entre 3 000 et 5 000 € HT, davantage pour un comité. Les 7 contrôles internes ne coûtent que du temps, et une formation ACV apprend à les mener en équipe.