Présidentielle 2027 : quelles obligations peuvent bouger

Présidentielle 2027 : quelles obligations peuvent bouger

Par Sébastien Pierfederici · Publié le 3 septembre 2026

Un règlement européen résiste à une élection nationale, alors qu'une aide budgétaire disparaît en un arbitrage. Le PPWR, la CSRD, le BEGES et l'affichage environnemental (volontaire à ce jour) n'ont pas la même espérance de vie, parce que le texte qui les porte n'est pas le même, quelle que soit leur ambition. Voici comment ranger les vôtres avant la présidentielle de 2027.

4 étages, du plus solide au plus fragile

Le support juridique d'un texte dit ce qu'un gouvernement peut défaire et en combien de temps. Ni les programmes ni les sondages ne renseignent sur ce point.

1. Le règlement européen : hors de portée d'une élection nationale

Un règlement s'applique directement dans les 27 États, sans loi de transposition. Aucun gouvernement français ne peut le suspendre seul : il faudrait convaincre le Parlement européen et le Conseil.

Relèvent de cet étage le règlement emballages PPWR, le mécanisme d'ajustement carbone aux frontières, l'écoconception ESPR et son passeport numérique et le règlement batteries, qui impose une déclaration d'empreinte carbone. Sur ces textes, le calendrier européen est le vôtre, quel que soit le résultat du scrutin.

2. La directive : l'objectif tient, les modalités se négocient

Une directive fixe un résultat et laisse à chaque État le soin d'écrire sa loi. La marge nationale porte sur les seuils, les sanctions et le calendrier.

La CSRD après l'Omnibus montre les 2 bouts de cette marge. L'Union a relevé elle-même les seuils à 1 000 salariés et 450 millions d'euros de chiffre d'affaires, sortant environ 80 % des entreprises initialement visées. Et la France doit transposer avant le 19 mars 2027, un mois avant le premier tour.

3. La loi française : modifiable, mais pas d'un trait de plume

Une loi se défait par une autre loi, donc par une majorité parlementaire. C'est l'étage où l'élection compte le plus, et l'épisode des zones à faibles émissions montre que ce n'est pas pour autant instantané.

Leur suppression a été votée en avril 2026 dans la loi de simplification de la vie économique, puis censurée le 21 mai par le Conseil constitutionnel (décision n° 2026-903 DC). Le Conseil y a vu un cavalier législatif sans lien avec le texte. L'assouplissement du ZAN est tombé pour le même motif, et 25 des 84 articles de la loi ont été censurés en tout ou partie.

Aucune ZFE n'a donc disparu. Une abrogation devra passer par un texte dédié, ce qui coûte du temps parlementaire.

L'interdiction de louer les passoires thermiques, qui vise les logements classés F au 1er janvier 2028 après les G depuis 2025, relève du même étage. Elle fait déjà l'objet d'un projet de loi présenté en avril 2026, qui propose de laisser louer au-delà de 2028 en échange d'un engagement de travaux. Il n'est pas adopté, et la règle actuelle s'applique donc entièrement.

4. Le décret, l'arrêté, la ligne budgétaire : l'étage qui bouge sans prévenir

C'est l'étage le plus fragile. Un décret se remplace par un décret, et une aide disparaît avec le budget qui la finance, sans passer par un débat dédié.

MaPrimeRénov' l'a montré. Le guichet a fermé le 1er janvier 2026 faute de budget voté, puis rouvert le 23 février, après la promulgation de la loi de finances. Pendant 7 semaines, aucun dossier n'a pu être déposé, et pas une ligne de texte n'a été abrogée. Le dispositif existait toujours, mais il n'était plus financé.

La stratégie nationale bas-carbone relève du même support, avec des conséquences autrement plus lourdes qu'une aide à la rénovation. La SNBC-3 a été adoptée par le décret n° 2026-636 du 16 juillet 2026, publié au Journal officiel 2 jours plus tard. Elle fixe les budgets carbone de la France par tranches de 5 ans jusqu'en 2038, vise la division par 2 des émissions territoriales d'ici 2030 et la neutralité en 2050.

Autrement dit, la feuille de route climatique française tient dans un décret. Un autre décret peut la réviser, sans passer devant le Parlement. La programmation pluriannuelle de l'énergie, parue au Journal officiel en février 2026, relève du même support. Il en va de même pour la trajectoire d'adaptation TRACC, inscrite au code de l'environnement par un décret et un arrêté du 23 janvier 2026.

Une aide cesse d'exister dès qu'elle n'est pas financée, sans qu'aucun texte ait besoin de l'abroger.

Où se rangent les obligations carbone et ACV ?

Les textes qui commandent les analyses de cycle de vie et les bilans carbone se répartissent sur les 4 étages, mais pas de la même façon selon qu'ils visent un produit ou une entreprise.

Sur les produits, presque tout est européen

L'empreinte d'un produit est encadrée par des règlements, donc par le premier étage. L'ESPR et le passeport numérique imposeront une donnée environnementale par produit. Le règlement batteries exige déjà une déclaration d'empreinte carbone. Le PPWR fixe des taux de recyclé, le CBAM un prix aux frontières.

2 exceptions relèvent du droit français : l'affichage environnemental, porté par la loi Climat et Résilience et décliné secteur par secteur, et les FDES du bâtiment, adossées à la RE2020. Ces deux-là sont les plus exposées d'un dossier produit par ailleurs très solide.

Sur les entreprises, le partage est moins favorable

Le BEGES est une obligation française, inscrite au code de l'environnement et précisée par décret. Il vise les entreprises de plus de 500 salariés, tous les 4 ans, avec un scope 3 obligatoire pour les seules entreprises soumises au rapport de durabilité, et une amende portée à 50 000 euros par la loi industrie verte. Le seuil, la périodicité et le montant se modifient tous les trois par la voie parlementaire.

À côté, la CSRD et la taxonomie sont européennes. La stratégie bas-carbone, elle, relève du décret : elle ne crée pas d'obligation directe pour une entreprise, mais elle commande les politiques sectorielles dont dépendent les aides, les normes et les appels d'offres.

Les obligations d'une entreprise dépendent aussi du droit français, qui peut changer plus vite que les règlements européens encadrant les produits.

Le calendrier européen peut-il bouger aussi ?

L'européen n'est pas immuable pour autant, et l'ETS2 le montre.

Ce second marché carbone étend le prix du CO₂ au chauffage des bâtiments et au carburant routier. La directive de 2023 le prévoyait pour 2027. Les États membres l'ont repoussé d'un an, et la Commission le donne désormais pour pleinement opérationnel en 2028. Un texte européen échappe donc à une élection nationale, mais il reste soumis à l'arbitrage politique.

En pratique, cela déplace la veille : sur un texte européen, surveillez les révisions plutôt que les scrutins. Sur un texte français, c'est l'inverse.

Comment investir sans parier sur le scrutin ?

Avant de vous demander si une obligation survivra, demandez-vous ce que devient votre investissement si elle disparaît.

Un équipement dimensionné pour tenir un été à +2,7 °C garde son utilité même si la trajectoire d'adaptation change de nom, parce que le climat, lui, ne vote pas. À l'inverse, un projet dont toute la rentabilité repose sur une aide reconductible chaque année porte un risque politique.

Ces réflexes tiennent quel que soit le résultat de 2027 :

La pression réglementaire n'est d'ailleurs qu'une partie de la contrainte. Donneurs d'ordre, banques et assureurs réclament des données climat que nulle élection ne rendra facultatives, notamment sur les émissions indirectes.

Ce qu'il faut retenir

Classez vos obligations par étage juridique avant de les classer par échéance. Un règlement européen se planifie, une directive se surveille au moment de sa transposition, une loi dépend d'une majorité, une aide dépend d'un budget.

Et gardez en tête ce que le support juridique ne permet pas de trancher : ce qu'un gouvernement voudra faire. Il dit uniquement ce qu'il pourrait faire, et à quel rythme. Pour le reste, les obligations issues de la stratégie bas-carbone et les aides existantes donnent le paysage actuel, à relire après le scrutin.

Une élection peut-elle annuler la CSRD pour mon entreprise ?

Pas directement. La CSRD est une directive européenne : un gouvernement national ne peut ni l'abroger ni en sortir seul. Ce qu'une majorité peut faire, c'est transposer au minimum, retarder la transposition ou alléger les sanctions. C'est d'ailleurs l'Union elle-même qui a le plus réduit le champ, avec l'Omnibus.

Le PPWR ou le CBAM peuvent-ils être suspendus par la France ?

Non. Ce sont des règlements européens, d'application directe. Leur calendrier ne dépend pas du droit français. Seule une révision au niveau européen peut les modifier, et elle suppose un accord entre le Parlement européen et le Conseil.

Faut-il attendre 2027 avant d'engager des travaux de rénovation ?

Attendre expose à 2 risques opposés : perdre une aide encore ouverte, ou engager des travaux calibrés sur un dispositif qui change. La suspension de MaPrimeRénov' dans l'attente du budget 2026 montre que l'incertitude joue dans les deux sens. Un projet qui reste rentable sans l'aide n'a pas de raison d'attendre.

Les ZFE sont-elles supprimées ?

Non. Leur suppression a été votée en avril 2026 puis censurée en mai par le Conseil constitutionnel, pour un motif de procédure. Les zones en place restent en vigueur, et une abrogation devrait passer par un texte dédié.

Comment savoir de quel étage relève une obligation qui me concerne ?

Regardez le texte source cité par votre administration ou votre fédération : règlement UE, directive UE, loi, décret ou arrêté. Le mot figure toujours dans la référence. C'est le meilleur indicateur de sa durée de vie, bien plus que le niveau d'ambition affiché.