Bilan carbone d'un laboratoire : par où commencer ?

Bilan carbone d'un laboratoire : par où commencer ?

Par Guillaume Pakula · Publié le 27 octobre 2026

Un premier bilan carbone de laboratoire commence par le périmètre et par les données d'achats, qui font en moyenne la moitié des 6,2 tCO2e par personne mesurées dans plus de 200 laboratoires français. Le bâtiment, les missions, les trajets du personnel et le matériel informatique complètent le calcul, que l'outil public et gratuit GES 1point5 fait pour un laboratoire public. Le laboratoire n'a pas d'obligation propre : le BEGES est celui de sa tutelle, qui ne s'obtient pas en additionnant les bilans de ses unités.

Dans plus de 200 laboratoires de recherche français, le bilan carbone moyen atteint 6,2 tCO2e par personne et par an, et la moitié vient de ce que le laboratoire achète : équipements, consommables, services. C'est le résultat d'une étude publiée en 2024 sur plus de 300 bilans de laboratoires. Les bilans de 2019, qui ne comptaient pas encore les achats, s'arrêtaient à 3,6 t par personne, traînées des avions comprises, sur un échantillon différent.

Un premier bilan se monte avec 5 jeux de données que le laboratoire possède déjà, dispersés entre son ou sa gestionnaire, le service qui gère le bâtiment et chaque membre de l'équipe.

Un laboratoire doit-il faire son bilan carbone ?

Non, pas en son nom propre. L'article L. 229-25 du code de l'environnement impose un bilan des émissions de gaz à effet de serre, le BEGES, aux personnes morales de droit public de plus de 250 agents, avec une mise à jour tous les 3 ans. Les personnes morales de droit privé y sont tenues au-delà de 500 salariés (250 outre-mer), tous les 4 ans. Dans les 2 cas, un plan de transition accompagne le bilan. L'article vise des personnes morales : un laboratoire, unité d'un organisme ou unité mixte de plusieurs, n'en est pas une.

L'obligation de la tutelle

Les laboratoires du CNRS sont, pour la très grande majorité, des unités mixtes de recherche, soutenues à la fois par le CNRS et par un ou plusieurs autres organismes, leurs tutelles. C'est chaque tutelle, CNRS, université, Inserm ou INRAE, qui publie son propre BEGES. Une fondation de recherche, de droit privé, relève du seuil de 500 salariés. Le guide du BEGES réglementaire détaille ce que ce bilan doit contenir.

Ces bilans d'organismes sont publics, poste par poste, sur la plateforme de l'ADEME. Ils montrent 2 façons de faire : ceux qui comptent leurs achats y trouvent de 43 à 91 % de leurs émissions, les autres publient surtout leur énergie.

Pourquoi les laboratoires le font quand même

Le 22 octobre 2020, le CNRS et la Conférence des présidents d'université ont invité les directeurs de laboratoire à utiliser GES 1point5, mis en ligne le même mois par le collectif Labos 1point5. Près de 2 000 laboratoires et structures y sont inscrits, et près de 4 800 bilans y ont été créés, selon le compteur de l'outil au 27 octobre 2026. Le bilan d'un laboratoire montre ses postes à lui, que le BEGES d'un organisme national fond dans un total.

Qui porte le projet au laboratoire

Un premier bilan repose sur 3 personnes. La direction d'unité donne le mandat et ouvre l'accès aux données. Un référent, chercheur, ingénieur ou membre de l'administration, rassemble les fichiers et suit le questionnaire. Le ou la gestionnaire extrait les missions et les achats. À l'échelle d'un institut, un bilan porté par des dizaines de contributeurs montre comment cette organisation se démultiplie.

Quel périmètre retenir pour un premier bilan ?

Quel que soit l'outil, 4 choix de périmètre changent nettement le résultat. Ceux de GES 1point5, suivis par la plupart des laboratoires publics, rendent un bilan comparable aux autres.

L'année et l'effectif

Le bilan porte sur une année civile. Une personne compte dans l'effectif si elle a fait partie du laboratoire sur les 12 mois de l'année : stagiaires et visiteurs restés moins d'un an en sortent, ce qui déplace le ratio par personne. Pour une année de référence, mieux vaut écarter une année rendue atypique par la crise sanitaire, comme 2020. La question du rythme des bilans se pose ensuite comme en entreprise.

Les crédits de toutes les tutelles

Missions, achats et matériel informatique se comptent quand ils sont financés sur les crédits du laboratoire, toutes tutelles confondues, quelle que soit la tutelle qui a payé. Une mission prise en charge par l'organisateur d'un colloque ne se compte pas. À l'inverse, le laboratoire qui organise une conférence et paie le voyage de ses invités les compte chez lui.

Les bâtiments partagés

Chauffage, électricité, eau et construction du bâtiment se répartissent au prorata de la surface occupée par le laboratoire. Il faut donc 2 chiffres par bâtiment : ses consommations annuelles et la surface utile du laboratoire. Un laboratoire de biologie installé avec des bureaux reçoit une moyenne, alors que ses congélateurs, ses sorbonnes et ses postes de sécurité microbiologique consomment sans doute plus que leur part de surface.

Les plateformes et le terrain

Une animalerie ou une plateforme d'imagerie hébergée dans un autre bâtiment n'entre que par ses factures, comme un achat. Le matériel acheté par le laboratoire et hébergé ailleurs lui revient, serveurs et heures de calcul compris.

Quelles données réunir, et auprès de qui ?

Un premier bilan demande 5 jeux de données, que le laboratoire possède déjà mais qui dorment chez 3 interlocuteurs. Les voici dans l'ordre où il vaut mieux les demander, du plus long à préparer au plus rapide :

S'y ajoutent, s'il y en a, les véhicules du laboratoire, les recharges de fluides frigorigènes et les heures de calcul. Le scope 3 d'un laboratoire tient presque entier dans les 3 premiers jeux.

Les achats, le fichier le plus délicat

Dans GES 1point5, le module achats lit une seule chose : la liste des codes NACRES et des montants. Les codes déjà comptés ailleurs, électricité, billets de mission ou ordinateurs, sont neutralisés pour éviter les doubles comptes. Le fichier brut demande pourtant une mise en forme soigneuse avant d'être chargé, et la méthode n'est prévue que pour les structures publiques qui codent leurs achats en NACRES : universités, EPST et certaines grandes écoles.

Le questionnaire, à lancer tôt

Le questionnaire domicile-travail tient en quelques questions, et son taux de réponse compte. Un taux faible biaise le résultat, puisque les répondants ne représentent plus tout le personnel. Dans GES 1point5, le télétravail n'est pas demandé : les émissions passées au domicile restent hors du bilan.

Quel outil choisir pour faire le calcul ?

Trois voies existent : l'outil public GES 1point5, un tableur nourri de la Base Empreinte, ou un Bilan Carbone® mené par l'organisme ou un cabinet. Pour un laboratoire public qui code ses achats en NACRES, GES 1point5 est le choix par défaut.

L'outil est gratuit et en ligne. Il prend ses facteurs d'énergie et de déplacements dans la Base Empreinte de l'ADEME, ceux du numérique dans la base Ecodiag du CNRS, et ceux des achats dans une base de Labos 1point5, moyenne de 3 bases monétaires, française et américaines. Les vols y comptent les traînées de condensation. Il garde les bilans d'un laboratoire d'une année sur l'autre, ce qui en fait un outil de suivi autant qu'un diagnostic, et présente le résultat selon le GHG Protocol et au format du bilan réglementaire.

Un ordre de grandeur, pas une comptabilité

Sa documentation pose ses limites. L'outil veut indiquer « seulement un ordre de grandeur des émissions et sa répartition en grandes masses », pas une comptabilité financière. Il estime les postes les plus significatifs d'un laboratoire, quand la méthode Bilan Carbone® vise l'exhaustivité, et ses résultats valent pour une structure implantée en France.

La méthode Bilan Carbone®

La méthode Bilan Carbone® couvre tous les postes et s'articule avec le GHG Protocol. Elle prend le relais quand le périmètre dépasse le laboratoire : un institut entier, un BEGES à publier, une fondation privée sans codes NACRES, un site qui mêle recherche, soins et enseignement.

Pour un petit laboratoire, un tableur nourri de la Base Empreinte perd la comparaison avec les autres. Le bilan fait en interne et le choix entre logiciel et cabinet se posent dans les mêmes termes qu'en entreprise.

Quels postes pèsent le plus dans un labo ?

L'une des plus grandes séries publiées réunit plus de 300 bilans de plus de 200 laboratoires, dont 167 bilans de 108 laboratoires avec leurs achats, faits pour la plupart entre 2019 et 2021 avec GES 1point5 (De Paepe et al., 2024). Hors construction, grandes infrastructures, déchets et repas, le bilan moyen y atteint 6,2 tCO2e par personne, pour une médiane de 5,6 t. C'est l'équivalent des 3/4 de l'empreinte annuelle d'un Français, 8,3 t en 2025, et les ordres de grandeur du carbone aident à situer chaque poste.

Les achats, la moitié du bilan

Les postes se rangent ainsi dans cette série :

Les émissions d'achats suivent le budget, en ligne droite, à 0,31 kgCO2e par euro en moyenne. Avant que les achats soient comptés, la série de 2019 donnait 3,6 t par personne sur 112 bilans (Mariette et al., 2022), et 3 postes y faisaient jeu égal : missions, trajets et chauffage.

Un laboratoire émet d'abord par ce qu'il achète, puis par ses missions, son chauffage et les trajets de son personnel.

Selon la discipline

La nature des achats change avec le domaine. En sciences et technologies, les équipements font 44 % des émissions d'achats. En sciences de la vie et de la santé, les consommables dominent, à 38 %, réactifs, plastiques et organismes vivants compris. Les sciences humaines et sociales ont l'intensité la plus faible, 0,22 kgCO2e par euro, contre environ 0,3 en sciences et technologies et en sciences de la vie, et 0,43 pour les plateformes de service.

Les gaz du laboratoire

Dans l'outil, l'azote liquide, le CO2 en bouteille et la glace carbonique pèsent 1,9 kgCO2e par euro en 2024, plus de 4 fois les produits chimiques courants. Ce poste lourd par euro est aussi le plus incertain : pour les bouteilles de gaz, les facteurs tirés d'analyses de cycle de vie sont bien plus bas que les facteurs monétaires, selon la même étude de 2024.

Que faire du premier résultat ?

Un premier bilan sert d'abord à hiérarchiser : 2 ou 3 postes font l'essentiel, et c'est sur eux que portent les décisions. Il se lit avec les conventions de calcul en tête, parce que certaines déplacent le résultat d'une année à l'autre.

Les pics d'une année

GES 1point5 suit une approche par flux : le matériel acheté une année porte toute sa fabrication cette année-là. L'outil prévient que ce choix « peut conduire à de forts pics et creux d'émissions selon les années ». Un laboratoire qui renouvelle ses congélateurs voit son bilan bondir, puis retomber. Le fichier d'achats accepte une colonne d'amortissement pour étaler un gros équipement.

Le facteur par euro est une moyenne de famille d'achats : il dit ce que le bilan affichera, pas l'empreinte d'un modèle précis. Avec les facteurs de l'outil, un congélateur à -80 °C entre au bilan pour 0,37 tCO2e par tranche de 1 000 € hors taxes, l'année de son achat, avec une incertitude que l'outil chiffre lui-même à 70 %.

Son électricité pèse peu en France : 3 500 à 8 000 kWh par an, soit 0,18 à 0,42 t avec le facteur de l'outil. Dans le bilan, faire durer l'appareil pèse donc plus que le régler, d'autant que GES 1point5 ne voit son électricité qu'à travers celle du bâtiment. Le passage de -80 °C à -70 °C réduit pourtant sa consommation de 20 à 22 %, d'après des tests de l'Université de Copenhague, qui n'ont trouvé aucune étude montrant que -80 °C conserve mieux les échantillons.

Les actions qui pèsent

En sciences et technologies comme en sciences de la vie, 7 mesures sur les achats, appliquées ensemble, réduisent les émissions d'achats d'environ 40 % et le bilan total d'environ 20 % ; en sciences humaines et sociales, de 6 % seulement. Elles portent sur des gestes concrets :

Les missions se traitent à part : l'empreinte d'un vol par passager et le train sur les trajets européens donnent les ordres de grandeur. La plateforme Transition 1point5 recense 391 actions publiées par 104 structures, au 27 octobre 2026, et les leviers d'une organisation valent aussi pour un laboratoire.

Le bilan de l'organisme

Le bilan d'un laboratoire n'entre pas tel quel dans le BEGES de sa tutelle : le CNRS calcule le sien au niveau national, à partir de ses propres fichiers d'achats et de ses fichiers comptables, et additionner des bilans pris toutes tutelles confondues ferait compter 2 fois les achats partagés.

Le CNRS chiffre ses achats avec les facteurs monétaires de Labos 1point5, et en souligne lui-même les limites. Un groupe de travail du ministère, auquel contribuent le CNRS et le groupement de recherche Labos 1point5, prépare des facteurs physiques, comptés en kilos plutôt qu'en euros. Le plan de transition de l'organisme reprend ensuite les postes qui pèsent.

Pour nous, au Projet Celsius, GES 1point5 est le bon point de départ d'un laboratoire public : gratuit, partagé par près de 2 000 structures, et franc sur ses limites. La question utile vient ensuite : quels achats, parmi ceux qui pèsent, sortir des ratios en euros pour les compter avec des données de fournisseurs, et comment un institut réunit ses unités sans compter 2 fois les achats qu'elles partagent.

Ce qu'il faut retenir

Pour le bilan d'un établissement entier, campus et enseignement compris, le guide du bilan carbone d'une université prend le relais.

Questions fréquemment posées

Comment faire le bilan carbone d'un laboratoire ?

En réunissant 5 jeux de données de l'année : les achats avec leur code NACRES et leur montant hors taxes, les missions financées par le laboratoire, les consommations et la surface du bâtiment, un questionnaire domicile-travail et la liste du matériel informatique acheté. L'outil public GES 1point5, conçu pour les laboratoires, calcule ensuite le bilan avec la Base Empreinte de l'ADEME et, pour les achats, une base de facteurs par euro propre à Labos 1point5.

Qu'est-ce que GES 1point5 ?

C'est l'outil en ligne de calcul du bilan de gaz à effet de serre des laboratoires de recherche, développé par le collectif Labos 1point5 et mis en ligne en octobre 2020. Il couvre bâtiments, missions, domicile-travail, matériel informatique, achats, repas et activités de recherche. Près de 2 000 laboratoires et structures y étaient inscrits au 27 octobre 2026.

GES 1point5 est-il gratuit ?

Oui. GES 1point5 est un outil web gratuit, ouvert aux laboratoires et aux structures de recherche, et son code source est public. Son module achats n'est prévu que pour les structures publiques qui codent leurs achats en NACRES, comme les universités et les établissements publics de recherche.

Quelle est l'empreinte carbone moyenne d'un laboratoire de recherche ?

6,2 tCO2e par personne et par an en moyenne, pour une médiane de 5,6 t, sur plus de 300 bilans de plus de 200 laboratoires français, achats comptés sur 108 d'entre eux (étude publiée en 2024), hors construction, déchets et repas. Les achats en font environ la moitié ; missions, chauffage et trajets domicile-travail pèsent 10 à 15 % chacun, l'électricité 8 %. Les écarts sont forts d'un laboratoire et d'une discipline à l'autre.

Un laboratoire doit-il publier un BEGES ?

Non. Le BEGES réglementaire est dû par la personne morale : l'organisme de tutelle public de plus de 250 agents, tous les 3 ans, ou la fondation privée de plus de 500 salariés, tous les 4 ans. Un laboratoire, souvent une unité mixte à plusieurs tutelles, fait son bilan de sa propre initiative.

Quelle différence entre GES 1point5 et un Bilan Carbone® ?

GES 1point5 estime les postes les plus significatifs d'un laboratoire et donne un ordre de grandeur, gratuitement et en ligne. Le Bilan Carbone® vise l'exhaustivité de tous les postes d'une organisation et peut servir de base à un BEGES. Le premier convient à un laboratoire, le second à un institut ou un établissement entier.