Par Guillaume Pakula · Publié le 27 octobre 2026
La certification HAS demande à chaque établissement de santé d'agir pour la transition écologique à 2 niveaux : la direction pilote une stratégie et suit des indicateurs, les équipes de soins mènent leurs propres actions. Au 1er janvier 2027, le référentiel change : l'établissement doit améliorer ses indicateurs environnementaux, et le bilan des émissions de gaz à effet de serre y apparaît pour la première fois, en exemple. Voici ce que vérifie l'expert-visiteur, et ce qui sert de preuve.
Depuis le 1er septembre 2025, la Haute Autorité de santé (HAS) certifie les hôpitaux et les cliniques sur le référentiel de son 6e cycle, avec une visite tous les 4 ans. Dans sa version de 2025, 3 critères portent sur la transition écologique. Le référentiel 2027, validé par le collège de la HAS le 25 juin 2026, n'en garde que 2, réécrits et plus exigeants. Il s'applique aux visites à partir du 1er janvier 2027.
Les 4 premiers éléments relèvent du critère « L'établissement agit pour la transition écologique », que porte la direction. Le dernier relève des équipes de soins, dans un critère à part. Les sections suivantes reprennent les 2 textes, puis la visite et la note.
La certification évalue tous les établissements de santé, publics et privés. Une visite dure 3 à 5 jours et mobilise 2 à 8 experts-visiteurs et 1 coordonnateur, des professionnels venus d'autres établissements. L'établissement connaît la date et l'équipe environ 3 mois avant. Les experts-visiteurs l'évaluent sur un référentiel de critères, chacun décliné en éléments d'évaluation.
Le référentiel range ses critères en 3 niveaux. La version 2025 en compte 118, la version 2027 en garde 101 :
Dans le référentiel 2025, les 3 critères écologiques sont des standards qui s'appliquent à tout l'établissement :
Le texte de 2025 ouvrait le critère sur la transition écologique par un chiffre attribué à l'Agence de la transition écologique (ADEME). La santé pèserait 8 % des émissions de gaz à effet de serre françaises, un chiffre que le texte de 2027 ne reprend pas. Ce que pèse un hôpital, poste par poste, est détaillé dans notre article sur le bilan carbone d'un hôpital.
Pour une visite qui a lieu jusqu'au 31 décembre 2026, c'est le référentiel 2025 qui s'applique. Son critère sur la transition écologique compte 6 éléments d'évaluation. Les 5 premiers relèvent de la gouvernance :
Ces 5 éléments s'évaluent en audit système, une méthode qui part du processus pour descendre jusqu'au terrain. L'expert-visiteur consulte d'abord les documents qui le décrivent. Il rencontre ensuite la direction, la présidence du conseil médical, la direction des soins et les représentants des usagers. Il vérifie enfin, avec les professionnels et leurs encadrants, comment la démarche se décline dans les services.
Le 6e élément s'observe dans les services. « Le tri des déchets est opérationnel », dit le texte, avec des poubelles de tri faciles d'accès pour les différents types de déchets et des affiches qui expliquent les règles. Les observations se font lors de chaque traceur, c'est-à-dire chaque fois qu'un expert-visiteur suit un patient, un parcours ou un processus dans les services.
Les déchets de soins à risque infectieux suivent une filière réglementée à part, avec ses emballages, ses délais et son coût, détaillés dans notre guide des DASRI.
Le référentiel 2027 ne donne pas lieu à une renumérotation générale, pour que les établissements gardent leurs repères : le critère sur la transition écologique reste le 3.4-03. Son texte et celui des équipes sont en revanche réécrits.
Le texte d'introduction décrit une « stratégie de transition écologique structurée et pilotée », avec une « restitution régulière à la gouvernance » des objectifs, des actions et de leurs résultats. Il cite la réduction de la dépendance aux énergies fossiles et la maîtrise des consommations d'énergie. Les éléments d'évaluation passent de 6 à 4 :
La réduction des déchets à la source, la filière par type de déchets et le plan de rénovation des locaux ne figurent plus parmi les éléments du critère. Le changement qui pèse le plus tient au verbe : en 2025, l'établissement « ajuste sa stratégie » ; en 2027, il « améliore ses indicateurs ». Un résultat se mesure, et il suppose un point de départ chiffré.
À partir de 2027, la HAS attend de chaque établissement des indicateurs environnementaux qui s'améliorent.
Le critère des équipes passe de la réflexion à la mise en œuvre. Ses 5 éléments sont évalués auprès des professionnels, service par service :
Mesurer cet impact, acte par acte, relève d'une méthode à part, présentée dans notre article sur l'écoconception des soins. Le choix entre jetable et réutilisable a le sien, détaillé pour les dispositifs médicaux réutilisables.
L'ancien critère « L'établissement s'engage dans des soins écoresponsables » disparaît. Le tableau comparatif publié par la HAS en juillet 2026 indique son transfert vers les 2 autres. À la lecture des textes, les achats écoresponsables rejoignent le critère de la direction ; l'action par service, le référent et la sensibilisation rejoignent celui des équipes.
En 2027 comme en 2025, les éléments de gouvernance s'évaluent en audit système et le tri par observation. La page du critère, dans le référentiel, dit pour chaque élément la méthode qui l'évalue.
Le référentiel ne donne aucune liste de pièces. Son texte permet d'en déduire 5, qui répondent chacune à un élément :
Les fiches pédagogiques de la HAS donnent des exemples de questions. Celle sur la prévention des infections associées aux soins, dans sa version de septembre 2026, propose de demander aux équipes : « Quelles actions écoresponsables avez-vous mises en place sans compromettre la prévention du risque infectieux ? » Elle cite 2 indicateurs de soins écoresponsables : le taux de conformité du tri des déchets et le taux d'ouverture inutile de matériel stérile.
La HAS n'exige pas de bilan des émissions de gaz à effet de serre. Il n'apparaît qu'une fois dans le référentiel 2027, après « ex : », comme un indicateur parmi d'autres, et le référentiel 2025 ne le cite pas. C'est pourtant la pièce la plus solide pour tenir le critère de la direction.
La loi impose déjà ce bilan à une grande partie des établissements. L'article L. 229-25 du code de l'environnement vise les personnes morales de droit public de plus de 250 agents, avec une mise à jour tous les 3 ans. Il vise aussi les personnes morales de droit privé de plus de 500 salariés, 250 en outre-mer, tous les 4 ans. Pour un hôpital public, le bilan compte les émissions directes et les émissions indirectes significatives, dont les achats, qui forment l'essentiel du scope 3 d'un hôpital. Une clinique qui n'est pas soumise au rapport de durabilité peut limiter ses émissions indirectes obligatoires à l'électricité, à la chaleur et à la vapeur qu'elle achète.
Un hôpital public de plus de 250 agents est donc concerné, comme une clinique de plus de 500 salariés. Le bilan s'accompagne d'un plan de transition, rendu public, et ne pas l'établir ou ne pas le transmettre expose à une amende de 50 000 € au plus, 100 000 € en cas de récidive. Le détail est dans notre guide du BEGES obligatoire, et la démarche propre à un hôpital dans notre mode d'emploi du BEGES hospitalier.
Un bilan réglementaire, présenté en instance, couvre une bonne part de ce que demande le critère de la direction :
Un bilan unique ne montre pas que les indicateurs s'améliorent : il faut un 2e point de mesure, calculé avec le même périmètre et la même méthode de calcul. Il ne dit rien non plus de l'action des équipes, du tri observé dans les services ni des solutions de mobilité. Ce lien entre le bilan, le plan et le suivi est au cœur de la formation au BEGES hospitalier financée par l'ANFH, destinée aux agents qui pilotent la démarche.
Chaque élément d'évaluation reçoit une note en pourcentage : le nombre d'évaluations positives sur le nombre d'évaluations. La note d'un critère est la moyenne de ses éléments, celle d'un objectif la moyenne de ses critères, et ainsi jusqu'au score global. En 2027, le critère sur la transition écologique compte 4 éléments : un seul élément entièrement négatif le ramène à 75 % au mieux, juste au repère de la mention : le moindre écart sur un autre élément le fait passer dessous.
À la différence du référentiel 2025, le référentiel 2027 publie des repères chiffrés pour chaque décision. La certification avec mention demande notamment que tous les standards atteignent 75 %. La certification simple demande que 90 % des standards y parviennent, ce qui laisse de la marge à un critère faible.
Un critère écologique sous 75 % ne coûte donc pas la certification à lui seul, mais il peut coûter la mention. La HAS précise que ces repères « ne déterminent pas la décision » et qu'elle reste souveraine. Le référentiel 2025 ne publie aucun seuil : pour une visite de 2026, la décision se lit sur l'écart à la cible de 100 %.
La décision est publique. Le rapport paraît sur Qualiscope, le site de la HAS consacré à la qualité des établissements, et il est transmis à l'agence régionale de santé. Le macaron du niveau obtenu s'affiche aux points d'accueil. Depuis 2017, le niveau de certification compte aussi dans l'incitation financière à l'amélioration de la qualité (IFAQ), qui le valorise dans le financement de l'établissement.
Pour nous, au Projet Celsius, le référentiel 2027 récompense ce qui se mesure. Un établissement qui arrive avec un bilan des émissions, une année de référence et 3 ou 4 indicateurs suivis en instance tient l'élément le plus exigeant de ce critère, celui qui demande des indicateurs qui s'améliorent. Nous recommandons de caler la mise à jour du bilan sur le calendrier de la visite. Entre 2 bilans, sans refaire un bilan complet chaque année, quelques indicateurs annuels suffisent à montrer le chemin : l'énergie consommée, le taux de tri, la part des achats passés avec un critère environnemental.
Pour mesurer l'impact d'un soin et nourrir l'action des équipes, notre article sur l'écoconception des soins décrit la méthode, acte par acte.
Non. Le référentiel 2027 de la HAS cite le bilan des émissions de gaz à effet de serre comme exemple d'indicateur environnemental, sans l'exiger. La loi l'impose en revanche aux établissements publics de plus de 250 agents, tous les 3 ans, et aux établissements privés de plus de 500 salariés, tous les 4 ans. C'est la pièce la plus solide pour montrer des indicateurs qui s'améliorent.
Le référentiel 2027 s'applique aux visites de certification à partir du 1er janvier 2027. Le référentiel 2025 reste applicable jusqu'au 31 décembre 2026. Le référentiel 2027, validé par le collège de la HAS le 25 juin 2026, garde pour l'essentiel la numérotation de 2025 et compte 74 critères standards, 22 impératifs et 5 avancés.
Il est supprimé dans le référentiel 2027. Le tableau comparatif de la HAS de juillet 2026 indique son transfert vers les critères 2.4-04 et 3.4-03. À la lecture des textes, les achats écoresponsables rejoignent le critère 3.4-03 sur la transition écologique ; l'action par service, le référent et la sensibilisation rejoignent le critère 2.4-04 des équipes.
Le critère 3.4-03, « L'établissement agit pour la transition écologique », est un critère standard qui compte 4 éléments. L'établissement améliore ses indicateurs environnementaux, ses procédures d'achat favorisent les achats écoresponsables et il propose des solutions de mobilité durable. L'expert-visiteur observe aussi le tri des déchets dans les services.
À partir du 1er janvier 2027, le critère 2.4-04 demande que chaque équipe de soins développe au moins 1 action en faveur des soins écoresponsables. Les équipes doivent être sensibilisées, en tenir compte quand elles révisent leurs procédures, connaître le référent développement durable et connaître l'impact de leurs actions, émissions de gaz à effet de serre comprises.
Pas à lui seul. Un critère standard ne déclenche pas de fiche anomalie, réservée aux critères impératifs. En 2027, la HAS demande pour la certification avec mention que tous les standards atteignent 75 %, et pour la certification simple que 90 % d'entre eux y parviennent. Ces repères aident la décision, que la HAS garde souveraine.