Par Sébastien Pierfederici · Publié le 5 octobre 2026
En Belgique, le bilan carbone d'une PME est volontaire. Il devient pourtant nécessaire dès qu'un client soumis à la CSRD interroge ses fournisseurs ou qu'un marché de travaux flamand récompense les entreprises certifiées CO2. Il coûte en général 10 000 à 15 000 € HTVA pour une PME, et les aides au conseil ont été en grande partie suspendues, restreintes ou supprimées en 2026.
En Belgique, aucune loi n'impose à une PME de faire son bilan carbone. La demande vient d'ailleurs : des clients soumis à la CSRD qui interrogent leurs fournisseurs, des marchés publics flamands qui récompensent les entreprises certifiées CO2, des banques et des plateformes d'évaluation. En 2026, le cadre a beaucoup bougé : le champ de la CSRD se réduit, l'échelle CO2 s'étend aux marchés de travaux, et une grande partie des aides au conseil a été suspendue ou supprimée.
Ce guide s'adresse aux dirigeants et responsables RSE d'entreprises wallonnes, bruxelloises et flamandes. Il fait le point sur ce qui vous concerne réellement, sur le prix d'un bilan carbone, sur les aides encore ouvertes au 5 octobre 2026, et sur la façon dont nous le réalisons avec vous.
Ni le fédéral ni les régions n'imposent de bilan d'émissions de gaz à effet de serre aux entreprises. Le décret wallon « Neutralité carbone » du 16 novembre 2023 fixe des objectifs régionaux et organise des conventions carbone, mais n'impose aucun bilan aux entreprises. L'Agence wallonne de l'air et du climat (AWAC) précise d'ailleurs que son guide du bilan GES s'utilise « uniquement dans le cadre d'un exercice volontaire ». Seules les installations soumises au marché européen du carbone (SEQE-UE) déclarent chaque année leurs émissions directes, ce qui n'est pas un bilan d'organisation.
Quelques règles visent des entreprises précises, souvent sur l'énergie plutôt que sur le carbone :
La plupart des PME qui font un bilan carbone y sont poussées par leurs clients. Un donneur d'ordre soumis à la CSRD doit rendre compte des émissions de sa chaîne de valeur, le scope 3, et envoie des questionnaires à ses fournisseurs. Les banques intègrent le carbone dans leur analyse de crédit, et les plateformes d'évaluation comme EcoVadis demandent des émissions chiffrées. Le bilan sert enfin à ce pour quoi il est fait : repérer les postes qui pèsent et réduire les émissions, souvent en même temps que la facture d'énergie.
La Belgique a transposé la CSRD par la loi du 2 décembre 2024 relative à la publication d'informations en matière de durabilité. Elle vise, avant la réforme européenne, les sociétés qui dépassent 2 des 3 critères suivants : 250 travailleurs, 50 M€ de chiffre d'affaires net, 25 M€ de total du bilan, ainsi que les entités d'intérêt public. La loi du 12 décembre 2025 a transposé le report européen dit « stop-the-clock » : les autres grandes entreprises publient pour la première fois sur l'exercice 2027, et les PME cotées sur l'exercice 2028.
La directive (UE) 2026/470, dite Omnibus, réserve la CSRD aux entreprises de plus de 1 000 travailleurs et plus de 450 M€ de chiffre d'affaires. La Belgique l'applique en 2 temps. La loi du 15 juillet 2026, publiée au Moniteur belge le 31 juillet 2026 (doc. Chambre 56K1596), dispense de rapport sur l'exercice 2026 les entités d'intérêt public de la première vague qui ne dépassent pas l'un de ces 2 seuils. La transposition complète fait l'objet d'un avant-projet approuvé en Conseil des ministres le 18 juillet 2026, qui doit encore être examiné par le Conseil d'État puis voté. La date limite européenne est le 19 mars 2027.
Pour une PME, l'effet est double. Elle a encore moins de chances d'être soumise elle-même à la CSRD, mais ses grands clients restent tenus de rendre compte de leur chaîne de valeur. L'avant-projet prévoit aussi un régime de protection des entreprises de la chaîne de valeur, qui limite les informations qu'un groupe soumis à la CSRD peut exiger de ses fournisseurs non soumis. Notre article sur le bilan carbone et la CSRD détaille ce qu'attend la norme climat ESRS E1.
Le bilan carbone d'une PME belge n'est presque jamais imposé par la loi : il l'est par un client, un marché ou un financeur.
Si votre entreprise répond aux marchés de travaux de la Flandre (routes, voies navigables, transports publics), un certificat CO2 peut vous faire gagner un marché sans baisser votre prix. Depuis 2025, le domaine flamand Mobilité et Travaux publics applique l'échelle de performance CO2 (CO2-prestatieladder) : lors de la comparaison des offres, il retire de 2 à 10 % au prix des entreprises certifiées, selon leur niveau de 1 à 5. Le marché reste payé au prix offert.
Un exemple : 2 entreprises remettent une offre pour le même chantier. La première demande 1 000 000 € et n'a pas de certificat. La seconde demande 1 040 000 € et a un certificat de niveau 3. Pour comparer, l'administration retire 6 % à la seconde offre, soit 977 600 € : c'est elle qui remporte le marché, et elle est payée 1 040 000 €.
L'ordre de service MOW/MIN/2024/02 du 25 avril 2024 étend la règle par étapes, à 8 entités dont l'Agence des routes et du trafic, De Vlaamse Waterweg et De Lijn :
Le niveau annoncé dans l'offre doit être prouvé après l'attribution par un certificat « CO2-bewust » délivré par un organisme certificateur accrédité. Ce certificat repose sur un inventaire des émissions de l'entreprise, puis sur des objectifs de réduction et, aux niveaux supérieurs, sur un travail avec la chaîne de valeur : le bilan carbone en est la première pierre. Le référentiel de l'échelle passe à une nouvelle version, ce qui pourrait faire évoluer ces règles à partir de 2027.
Il n'existe aucun barème public. Le prix d'un bilan carbone dépend surtout du nombre de jours de travail, lui-même lié au nombre de sites, à la disponibilité des données et à la profondeur du scope 3. La collecte des données absorbe à elle seule 60 à 70 % du temps : c'est là que se joue le devis.
Le taux journalier d'un consultant climat senior se situe autour de 800 à 1 200 € HTVA. Pour une PME mono-site, un bilan complet des scopes 1, 2 et 3 avec plan d'action coûte en général 10 000 à 15 000 € HTVA, et la plupart des bilans réalisés par un consultant se situent entre 10 000 et 30 000 € HTVA, davantage pour un site de production industriel complexe. Une collecte préparée avec vos équipes peut réduire la facture de 30 à 50 %.
L'AWAC met à disposition un calculateur carbone gratuit pour les TPE et PME. Il donne un premier ordre de grandeur, mais il simplifie le scope 3 et peut sous-estimer les émissions. Les logiciels en abonnement accélèrent la collecte sans garantir la qualité du résultat, qui dépend du référent interne. Un accompagnement coûte plus cher la première année, mais il produit un bilan que vos clients et un certificateur peuvent relire. Nous comparons ces options dans notre article logiciel ou cabinet.
Les entreprises belges travaillent surtout avec le GHG Protocol et la norme ISO 14064-1, que cite l'AWAC ; l'échelle CO2 s'appuie aussi sur ISO 14064-1. La méthode Bilan Carbone® est également proposée en Belgique. Les 3 méthodes couvrent les mêmes scopes ; notre comparatif GHG Protocol ou Bilan Carbone® explique leurs différences, et le bon choix est souvent celui que demande votre client ou votre certificateur. Nos réponses aux questions fréquentes complètent ce point.
L'année 2026 a fortement réduit les aides au conseil carbone. Voici ce qui est encore ouvert au 5 octobre 2026.
Les chèques-entreprises couvrent 8 thématiques, mais aucun chèque n'est dédié au bilan carbone. Le chèque Énergie finance 75 % d'un audit énergétique réalisé par un auditeur labellisé, avec un plafond de 6 000 € de subside par an pour un audit global. Les chèques Croissance, à 50 % du coût hors TVA, couvrent la « gestion environnementale » (hors stratégie de développement durable), une rubrique où un bilan carbone pourrait entrer : c'est à confirmer avec Wallonie Entreprendre avant de signer.
Ces chèques sont réservés aux PME dont le siège d'exploitation est en Wallonie, et le prestataire doit être labellisé ; les nouvelles labellisations sont suspendues depuis juillet 2025 pour la plupart des chèques, dans l'attente d'une réforme. Les entreprises en convention carbone dont le plan d'action est validé ont aussi accès à des appels à projets : celui de juillet 2026, clôturé le 25 septembre, mobilisait un peu plus de 39 M€ pour leurs investissements.
Le kmo-portefeuille ne finance plus de conseil en durabilité depuis février 2026, et le Gouvernement flamand a annoncé l'arrêt du dispositif. La strategische ecologiesteun peut financer des études environnementales, mais seulement dans le cadre d'un projet d'investissement d'au moins 1,5 M€.
La prime à la consultance pour la transition économique prenait en charge 50 à 80 % d'une mission de conseil sur la stratégie ou la mesure d'impact environnemental, une rubrique où un bilan carbone pouvait entrer. Faute de budget, la Région a suspendu ses primes au conseil à partir du 12 août 2026, pour toute l'année budgétaire 2026. Le régime de 2027 n'est pas encore fixé.
Projet Celsius est un cabinet de conseil spécialisé dans la mesure et la réduction de l'empreinte carbone des organisations et des produits. Nos consultants ont réalisé une vingtaine de missions de bilan carbone pour des organisations comme Bacardi-Martini, Avanade, l'Institut Pasteur ou le Réseau Astre. Notre méthode tient en 4 étapes :
Une mission dure 6 à 10 semaines quand les données sont rassemblées en amont, 3 à 4 mois quand la collecte doit être structurée en profondeur. Nous travaillons à distance avec vos équipes et venons sur site pour le lancement et la restitution. Le bilan prépare aussi la suite : plan de transition, trajectoire SBTi pour une PME industrielle, ou analyse de cycle de vie d'un produit. Découvrez notre offre bilan carbone ou contactez-nous : un consultant senior vous répond sous 24 h ouvrées.
Le bon moment pour faire son bilan carbone est celui où un client, un marché ou un financeur le demande, et idéalement un peu avant. Pour situer vos ordres de grandeur, notre article sur ce que mesure vraiment un bilan carbone est un bon point de départ.
Non. Aucune loi fédérale ou régionale n'impose de bilan carbone d'organisation aux entreprises ; seules les installations soumises au marché européen du carbone déclarent leurs émissions directes chaque année. Les entreprises soumises à la CSRD publient leurs émissions dans leur rapport de durabilité, et les grandes entreprises doivent faire un audit énergétique (ou, en Flandre au-delà de 0,1 PJ, un plan énergie) tous les 4 ans, mais une PME n'a aucune obligation légale de bilan carbone.
Il n'existe pas de barème public. Le prix dépend du nombre de jours de travail, avec un taux journalier autour de 800 à 1 200 € HTVA pour un consultant senior. Pour une PME mono-site, un bilan complet des scopes 1, 2 et 3 avec plan d'action coûte en général 10 000 à 15 000 € HTVA, et la plupart des bilans se situent entre 10 000 et 30 000 € HTVA.
Comptez 6 à 10 semaines quand les données sont rassemblées en amont, et 3 à 4 mois quand la collecte doit être structurée en profondeur. La collecte des données absorbe 60 à 70 % du temps de la mission.
Elles sont devenues rares. En Wallonie, aucun chèque-entreprise n'est dédié au bilan carbone : le chèque Énergie finance 75 % d'un audit énergétique, et les chèques Croissance pourraient couvrir un bilan au titre de la gestion environnementale, à confirmer avec Wallonie Entreprendre. En Flandre, le kmo-portefeuille ne finance plus de conseil en durabilité et son arrêt a été annoncé. À Bruxelles, les primes au conseil sont suspendues depuis le 12 août 2026 pour le reste de l'année.
C'est une certification CO2 en 5 niveaux, la CO2-prestatieladder, utilisée par le domaine flamand Mobilité et Travaux publics. Lors de la comparaison des offres, le prix d'une entreprise certifiée est réduit de 2 à 10 % selon son niveau, alors qu'elle est payée au prix offert. Elle s'applique aux marchés d'investissement d'au moins 3 M€ en 2026, puis aux marchés d'investissement et d'entretien d'au moins 1 M€ à partir de 2027.
Avant la réforme européenne, la loi du 2 décembre 2024 visait les sociétés dépassant 2 des 3 critères suivants : 250 travailleurs, 50 M€ de chiffre d'affaires, 25 M€ de total du bilan. La directive Omnibus réserve désormais la CSRD aux entreprises de plus de 1 000 travailleurs et 450 M€ de chiffre d'affaires ; la Belgique a déjà exempté, pour l'exercice 2026, les entités d'intérêt public de la première vague qui ne dépassent pas l'un de ces seuils, et prépare la transposition complète, attendue avant le 19 mars 2027.