Par Guillaume Pakula · Publié le 5 octobre 2026
Dans un essai mené en 2023 dans 1 lycée de Turquie, les classes qui révisaient les mathématiques avec une IA qui répond librement ont eu 17 % de moins à l'examen que les classes sans IA. Avec une IA qui donne des indices, aucun écart mesurable n'est apparu. La seule des 3 études retenues qui enregistre l'activité du cerveau porte sur 54 personnes et n'a pas encore paru dans une revue relue par des pairs. Des suivis de plusieurs mois, mis en ligne en 2026 sans relecture par des pairs, portent sur des notes : aucun ne mesure le cerveau.
Sur l'impact de l'IA sur le cerveau, les 3 études que nous retenons ont mesuré 3 choses différentes, pendant une tâche ou juste après : des notes, des réponses à un questionnaire, l'activité électrique du cerveau. Celle dont le niveau de preuve est le plus élevé est un essai, une expérience aux groupes tirés au sort, mené en 2023 dans 1 lycée de Turquie : les classes qui révisaient les mathématiques avec une IA qui répond librement ont eu 17 % de moins à l'examen que les classes sans IA. Aucune de ces 3 études ne dépasse 4 séances.
La seule des 3 qui enregistre l'activité du cerveau porte sur 54 personnes et n'a pas encore paru dans une revue relue par des pairs. Des suivis de 1 semestre à 30 mois ont été mis en ligne en 2026, sans relecture par des pairs : ils portent sur des notes, et aucun ne mesure le cerveau. Cette page a été mise à jour le 5 octobre 2026.
La 1re des 3 études retenues, toutes de 2025, est un essai paru dans une revue relue par des pairs : d'autres chercheurs y vérifient le travail avant publication. La 2e est une enquête par questionnaire, publiée dans les actes d'une conférence, relus par des pairs eux aussi. La 3e est une expérience à tirage au sort, sur un petit effectif : c'est une prépublication, mise en ligne sans cette vérification.
L'essai a paru en juin 2025 dans la revue scientifique américaine PNAS. À l'automne 2023, dans 1 lycée de Turquie, près de 1 000 élèves ont révisé les mathématiques pendant 4 séances de 90 minutes, par classes tirées au sort : sans IA, avec une IA qui répond librement (GPT-4 dans une interface de discussion, comme ChatGPT), ou avec une IA qui donne des indices sans livrer la réponse, à partir de corrigés préparés par des enseignants. Chaque séance finissait par un examen sans aide.
Par rapport aux classes sans IA, l'IA qui répond librement a fait gagner 48 % aux exercices et perdre 17 % à l'examen : 27 sur 100 au lieu de 32 (notre calcul). Compte tenu de l'incertitude statistique, cette baisse se situe entre environ 3 % et 30 % (intervalle à 95 %, notre calcul). L'IA qui donne des indices a fait gagner 127 % aux exercices, sans écart mesurable à l'examen avec les classes sans IA. Les auteurs écrivent n'avoir mesuré que le court terme.
L'enquête a été présentée en avril 2025 par 7 chercheurs de Microsoft Research et de l'université Carnegie Mellon. 319 personnes qui utilisent une IA au travail au moins 1 fois par semaine ont décrit 936 exemples d'usage. Plus elles disaient faire confiance à l'IA, moins elles ont déclaré exercer leur esprit critique ; plus elles avaient confiance en elles-mêmes, plus elles l'ont déclaré. Ce lien statistique entre des déclarations ne dit pas ce qui cause quoi.
La 3e étude, « Your Brain on ChatGPT », a été mise en ligne en juin 2025 par 8 chercheurs du MIT, l'Institut de technologie du Massachusetts, et de 2 autres établissements. 54 personnes, des étudiants pour la plupart, ont été réparties par tirage au sort en 3 groupes de 18 : avec ChatGPT, avec un moteur de recherche, sans outil. Chacune a écrit 3 textes de 20 minutes, des électrodes sur le crâne.
À la fin de la 1re séance, 15 des 18 participants du groupe ChatGPT n'ont pas su citer une phrase de leur texte, contre 2 sur 18 dans chacun des 2 autres groupes ; à la question suivante, aucun des 18 n'a fourni de citation exacte.
Aux 2e et 3e séances, 4 puis 6 participants sur 18 du groupe ChatGPT n'ont pas fourni de citation exacte, contre 2 sur 18 dans chacun des autres groupes. Les auteurs ne rapportent pas de test statistique pour ces 2 séances ; ils écrivent que la difficulté a persisté en s'atténuant, et que la question a pu surprendre les participants la 1re fois.
1 seule des 3 études retenues a enregistré l'activité du cerveau pendant l'usage d'une IA : par électroencéphalogramme, chez 54 personnes en 3 groupes de 18, elle a mesuré des signaux moins liés entre eux avec ChatGPT que sans outil. Notre recherche du 5 octobre 2026 a trouvé 2 études par IRM, l'imagerie par résonance magnétique, des prépublications elles aussi : nous n'y avons pas trouvé de comparaison entre un travail fait avec et sans IA.
Dans « Your Brain on ChatGPT », 32 électrodes posées sur le crâne enregistrent l'activité électrique du cerveau. Cette technique ne produit pas d'image de l'anatomie, et les auteurs demandent d'éviter l'expression « brain scans » (scanners du cerveau). Ils en tirent une mesure de connectivité : le degré auquel les signaux captés par les différentes électrodes sont liés entre eux pendant la tâche.
Cette connectivité a été la plus forte dans le groupe sans outil, intermédiaire avec le moteur de recherche, la plus faible avec ChatGPT : jusqu'à 55 % de moins que sans outil dans une partie des signaux, écrivent les auteurs. Dans leur résumé, ils tirent de leurs résultats « a likely decrease in learning skills » (une baisse probable des capacités d'apprentissage) ; leur discussion parle de coûts à long terme, que leur protocole de 3 séances de 20 minutes n'a pas mesurés.
Les auteurs écrivent que l'électroencéphalogramme ne localise pas précisément les structures profondes du cerveau, et annoncent l'IRM fonctionnelle, qui suit l'activité du cerveau, comme leur prochaine étape. Chaque page de leur fichier porte la mention « Preprint, under review » (prépublication, en cours de relecture) ; le 5 octobre 2026, sa notice sur arXiv, le site où il est déposé, ne mentionnait aucune revue.
Le 29 décembre 2025, 4 chercheurs des universités de Vienne et de Dresde ont mis en ligne un commentaire, une prépublication lui aussi. Selon leur calcul, un plan de ce type demanderait environ 159 participants, près de 3 fois l'effectif de l'étude (notre calcul). Ils relèvent des résultats rapportés de façon contradictoire d'une page à l'autre et, dans une partie des signaux, un engagement plus fort avec ChatGPT que sans outil ; ils jugent certaines interprétations excessives et ne trouvent pas de preuve forte que l'usage de l'IA dégrade la performance elle-même.
La 1re des 2 études par IRM, mise en ligne en novembre 2025, a fait converser 15 enfants de 6 et 7 ans et 16 adultes avec ChatGPT pendant 5 minutes dans l'appareil d'IRM. Les réseaux du cerveau qui servent au contrôle et à l'attention ont été moins liés entre eux chez les enfants que chez les adultes. Nous n'y avons pas trouvé de groupe sans IA : une comparaison entre 2 âges ne permet pas de dire ce que l'IA change.
La 2e de ces études par IRM compare l'activité du cerveau, enregistrée sans tâche à accomplir, de 12 personnes jugées expertes dans la rédaction de consignes pour une IA et de 10 personnes de niveau intermédiaire. Une 3e prépublication, par spectroscopie proche infrarouge, une autre mesure de l'activité du cerveau, n'a enregistré chez 20 personnes aucun changement physiologique lié à l'assistant du logiciel Word.
Aucune des études que nous avons lues ne mesure un effet durable sur le cerveau ; celles qui durent plusieurs mois suivent des notes. L'essai en lycée compte 4 séances de 90 minutes, avec un examen le jour même. Dans « Your Brain on ChatGPT », chaque participant a écrit 3 textes de 20 minutes ; les 4 mois cités dans le résumé sont la durée de la collecte. Aucune de ces 2 études ne mesure si la capacité d'apprendre ou de mémoriser a changé ensuite.
L'étude du MIT comporte une 4e séance, la seule où l'outil change : 18 volontaires sont revenus, 9 anciens utilisateurs de ChatGPT ont écrit sans outil, 9 participants du groupe sans outil ont utilisé ChatGPT. Sur le souvenir du texte, l'étude compte 7 échecs sur 9 dans un groupe et 1 sur 9 dans l'autre, mais ses pages ne s'accordent pas sur le groupe concerné, ce que relève le commentaire critique.
Sur la mémoire après plusieurs semaines, un essai publié fin 2025 au Brésil a interrogé par surprise 85 étudiants qui avaient travaillé un même sujet 45 jours plus tôt, avec ou sans ChatGPT : 57,5 % de bonnes réponses avec, 68,5 % sans. 35 des 120 étudiants tirés au sort n'ont pas passé ce test.
Les auteurs de « Your Brain on ChatGPT » demandent des études qui suivent les mêmes personnes dans le temps. Notre recherche du 5 octobre 2026 a trouvé 3 suivis de 1 semestre ou plus sur l'IA générative, mis en ligne en 2026 : ils portent sur des notes, et ce sont des documents de travail, non relus par des pairs.
Dans 1 comté de Chine, le suivi sur 30 mois de 26 811 collégiens et lycéens, sans tirage au sort, associe l'adoption d'une IA à une hausse de 18 % aux devoirs et à une baisse de 20 % aux examens mensuels en 6 mois. La perte est faible chez les utilisateurs d'IA dont le temps de devoirs est resté proche de celui des non-utilisateurs. Dans une tribune, les auteurs préviennent que ces ordres de grandeur ne se transposent pas directement ailleurs, tout en y voyant un avertissement.
Dans 18 collèges du Tennessee, un essai de 2 ans a fait travailler des élèves sur la plateforme d'exercices Khan Academy avec son tuteur IA, réglé pour guider. Il a mesuré un gain faible en mathématiques, que ses auteurs jugent proche de celui de cette plateforme utilisée sans IA ; les élèves ont peu sollicité le tuteur.
Dans une grande université publique des États-Unis, un essai a donné à une partie de 2 379 étudiants, pendant 1 semestre, l'accès à un tuteur IA dont le réglage par défaut donnait directement l'explication. Entre groupes d'un même cours, la note finale a été plus basse de 0,37 écart-type (une mesure de la dispersion des notes) avec cet accès ; sur l'ensemble des étudiants, l'écart est plus petit et statistiquement moins sûr. Cette note finale est celle que l'enseignant attribue pour le cours, sans épreuve indépendante : les auteurs jugent délicat d'en tirer un effet sur l'apprentissage.
Aucune des études citées ici ne mesure si l'IA affecte davantage les élèves que les adultes. Dans l'essai en lycée, les élèves qui disposaient de l'IA qui répond librement lui ont le plus souvent demandé la réponse ; les auteurs y voient une béquille, et c'est leur explication de la baisse à l'examen. Interrogée 10 fois par les auteurs sur chacun des 57 exercices, cette IA n'a donné la bonne réponse que dans 51 % des cas.
Les élèves n'ont pas perçu la baisse : ceux du groupe de l'IA qui répond librement n'ont pas pensé avoir moins bien réussi l'examen, et ceux du groupe de l'IA qui donne des indices ont pensé avoir mieux réussi, ce que leurs notes n'ont pas montré.
La conception de l'outil a changé le résultat. Avec l'IA qui donne des indices, la note d'examen est restée au niveau des classes sans IA. À Harvard, un essai publié en juin 2025 a porté sur 194 étudiants d'un cours d'introduction à la physique : ceux qui ont suivi une leçon chez eux, avec un tuteur IA aux consignes écrites par des enseignants, ont mieux réussi le test passé juste après que ceux qui ont suivi la même leçon en classe, en groupes. Ses auteurs ne présument pas que ce résultat vaut dans tous les contextes.
En janvier 2026, l'Inserm, l'institut public français de recherche médicale, a publié les avis de 3 chercheurs ; la page ne cite aucune étude sur le cerveau. Le neurobiologiste Jean-Philippe Lachaux y décrit le délestage cognitif, le fait de confier une tâche mentale à un outil : selon lui, cette délégation « favorise la perte des compétences non utilisées ». Il propose que l'élève prédise la réponse avant de la demander à l'IA, pour apprendre de l'écart. Cédric Naudet, spécialiste en sciences de l'éducation, craint que « la fracture scolaire » s'élargisse. Pour la chercheuse Margarida Romero, « tout dépend de l'outil et de son usage ».
1 seule des études lues porte sur des élèves d'école primaire : l'une des 2 prépublications par IRM, qui compare 15 enfants de 6 et 7 ans à des adultes. Les participants des autres études sont des collégiens, des lycéens, des étudiants ou des adultes au travail. En France, le cadre d'usage publié par le ministère de l'Éducation nationale en juin 2025 prévoit, à l'école primaire, une sensibilisation sans manipulation directe des IA génératives ; il autorise leur usage en classe à partir de la 4e, sous la conduite de l'enseignant. Faire un devoir avec une IA sans autorisation et sans travail personnel y est qualifié de fraude.
Les études lues ont testé 1 seule différence d'usage : recevoir la réponse ou recevoir des indices. Essayer seul avant de demander relève d'un avis et d'une hypothèse ; vérifier les réponses, de ce que des utilisateurs ont déclaré.
Les auteurs de l'essai en lycée écrivent que des indices conçus par des enseignants peuvent atténuer l'effet négatif ; ils n'ont pas testé le cas d'un élève qui demande lui-même un indice à une IA qui répond librement. L'hypothèse des auteurs de « Your Brain on ChatGPT », commencer sans outil, repose sur les 18 participants de leur 4e séance et sur un résultat que leur document rapporte dans 2 sens.
Dans la même série : l'impact de l'IA sur l'emploi, son impact environnemental, boycotter l'IA ou non, réduire son impact et choisir une IA plus sobre. L'étude du MIT consacre une section au coût énergétique d'une requête, que nous détaillons dans ce que consomme une requête à ChatGPT.
Aucune des études que nous avons lues ne le montre, et aucune ne mesure l'intelligence. À la question de savoir si l'on peut dire que ces outils nous rendent « dumber » (plus bêtes), les auteurs de « Your Brain on ChatGPT » répondent « No! » et demandent d'éviter ce vocabulaire ; ils lisent en revanche dans leurs résultats une baisse probable des capacités d'apprentissage, dans une étude de 54 personnes qui n'a pas encore paru dans une revue relue par des pairs. Dans un essai mené dans 1 lycée de Turquie, les classes qui révisaient avec une IA qui répond librement ont eu 17 % de moins à l'examen que les classes sans IA ; avec une IA qui donne des indices, aucun écart mesurable n'est apparu.
54 personnes, des étudiants pour la plupart, ont écrit 3 textes de 20 minutes sous électroencéphalogramme, en 3 groupes de 18 tirés au sort. Les signaux enregistrés ont été les plus liés entre eux sans outil et les moins liés avec ChatGPT. À la 1re séance, 15 des 18 participants du groupe ChatGPT n'ont pas su citer une phrase de leur texte, contre 2 sur 18 dans chacun des 2 autres groupes ; aux 2 séances suivantes, 4 puis 6 sur 18 n'ont pas fourni de citation exacte, contre 2. Cette étude, mise en ligne en juin 2025, n'a pas encore paru dans une revue relue par des pairs, et un commentaire de 4 chercheurs juge son échantillon trop petit.
1 seule des études lues, une prépublication, a mesuré le souvenir d'un texte écrit avec ChatGPT, juste après l'écriture : 15 participants sur 18 n'ont pas su en citer une phrase à la 1re séance, contre 2 sur 18 dans les autres groupes, et l'écart a été plus faible aux 2 séances suivantes. Aucune des études lues sur l'IA générative ne mesure la mémoire en général. Un essai publié fin 2025 au Brésil a interrogé par surprise 85 étudiants qui avaient travaillé un sujet 45 jours plus tôt, avec ou sans ChatGPT : 57,5 % de bonnes réponses avec, 68,5 % sans.
Aucune des études que nous avons lues ne le mesure. Dans « Your Brain on ChatGPT », le nombre de participants du groupe ChatGPT sans citation exacte est passé de 18 à 4 dès la 2e séance, alors qu'ils utilisaient toujours ChatGPT. La 4e séance, où 9 anciens utilisateurs ont écrit sans outil, donne sur ce point un résultat que le document rapporte dans 2 sens.
1 seule des études lues porte sur des élèves d'école primaire : une prépublication par IRM a observé 15 enfants de 6 et 7 ans pendant 5 minutes de conversation avec ChatGPT et les a comparés à des adultes. Nous n'y avons pas trouvé de groupe sans IA. L'essai mené en lycée porte sur des adolescents : il a mesuré des notes en mathématiques, sans observer le cerveau. Les autres études portent sur des collégiens, des lycéens, des étudiants ou des adultes au travail. En France, le ministère de l'Éducation nationale prévoit une sensibilisation sans manipulation directe à l'école primaire et autorise l'usage des IA génératives en classe à partir de la 4e, sous la conduite de l'enseignant. Cette page rapporte des études ; pour une question de santé, l'interlocuteur est un professionnel de santé.
Les études lues n'ont testé qu'une différence d'usage : recevoir la réponse ou recevoir des indices. Dans l'essai mené en lycée, l'IA qui donne des indices, dont la consigne contenait des corrigés préparés par des enseignants, n'a pas créé d'écart mesurable à l'examen ; l'IA qui répond librement a fait baisser la note de 17 %. 2 autres pistes n'ont pas été testées : essayer seul avant de demander (un avis de chercheur et une hypothèse) et vérifier les réponses (une pratique déclarée dans une enquête).