Par Guillaume Pakula · Publié le 5 octobre 2026
Les études lues n'ont pas mesuré de baisse d'ensemble de l'emploi attribuée à l'IA. Aux États-Unis, dans un échantillon de fiches de paie, l'emploi des 22-25 ans a baissé dans les métiers les plus exposés et augmenté dans les autres depuis fin 2022 : 19 % d'écart, sans cause établie. En France, l'Insee a relevé un recul chez les moins de 30 ans dans l'informatique, qu'il juge impossible d'attribuer directement à la seule IA. Les 40 % d'emplois exposés du FMI sont une estimation, qui ne compte pas de suppressions.
Sur l'impact de l'IA sur l'emploi, les chiffres qui circulent relèvent de 3 niveaux : les parts d'emplois exposés sont des estimations, les écarts observés des mesures, les annonces des prévisions. Aux États-Unis, une étude suit les fiches de paie de plusieurs millions de salariés. Pour 100 emplois de 22-25 ans en novembre 2022 dans chaque groupe de métiers, elle en a compté en juin 2026 environ 89 dans les métiers les plus exposés à l'IA et 110 dans les autres, soit 19 % de moins. Ses auteurs disent ne pas en établir la cause, et l'emploi total de leur échantillon a augmenté sur la période.
En France, l'Insee a relevé un recul de l'emploi des moins de 30 ans dans l'informatique, qu'il juge impossible d'attribuer directement à la seule IA. Cette page a été mise à jour le 5 octobre 2026.
Près de 40 % des emplois dans le monde sont exposés à l'IA selon le Fonds monétaire international (FMI, janvier 2024), et 1 emploi sur 4 est exposé à l'IA générative, celle qui produit du texte, des images ou du code, selon l'Organisation internationale du travail (OIT, mai 2025). Exposé veut dire qu'une partie des tâches du métier pourrait être faite ou aidée par une IA. Les 2 chiffres ne mesurent pas la même chose : le FMI retient l'IA au sens large et classe les métiers les uns par rapport aux autres ; l'OIT ne retient que l'IA générative et note les métiers tâche par tâche. Aucun des 2 ne compte d'emploi supprimé.
Dans les économies avancées, où il chiffre l'exposition à environ 60 % des emplois, le FMI estime qu'environ la moitié des emplois exposés pourraient pâtir de l'IA, et que les autres pourraient y gagner en productivité.
L'OIT précise que ses chiffres mesurent une exposition, qu'elle distingue de l'effet réel sur l'emploi : ils donnent un plafond, atteint si la technologie était pleinement déployée. Sa catégorie la plus exposée, où la plupart des tâches du métier pourraient être automatisées, pèse 3,3 % de l'emploi mondial.
D'une étude à l'autre, la part des emplois exposés va de 5 % à 60 %, relève la direction générale du Trésor dans une note de juin 2026. Parmi ces emplois, écrit-elle, seule une partie pourrait être remplacée par l'IA ; les autres verraient leurs tâches évoluer sans disparaître.
Pour la France, le Trésor cite une étude de l'assureur-crédit Coface, parue en 2026 : 3,8 % du contenu du travail serait à risque d'automatisation par l'IA générative, et jusqu'à 16,3 % d'ici 2 à 5 ans. Selon le Trésor, cet indicateur compte une part des tâches effectuées dans l'ensemble des métiers et ne désigne pas la part des emplois menacés de suppression. Il ne se compare donc pas aux 40 % du FMI.
Un rapport d'information du Sénat du 28 avril 2026 écrit, en citant cette étude : « Lorsque l'IA agentique sera massivement déployée, d'ici deux à cinq ans, 16,3 % de l'emploi français serait menacé, soit près de 5 millions de personnes. » L'IA agentique désigne des IA capables d'enchaîner seules des tâches. À l'Assemblée nationale, le 8 avril 2026, Axelle Arquié, coautrice de l'étude, avait précisé que celle-ci « ne parle pas de 5 millions d'emplois détruits, mais d'un pourcentage de tâches potentiellement automatisables ».
Aux États-Unis, dans un échantillon de fiches de paie, l'emploi des 22-25 ans a baissé d'environ 11 % dans les métiers les plus exposés à l'IA entre novembre 2022, mois du lancement de ChatGPT, et juin 2026, et augmenté d'environ 10 % dans les autres. C'est le constat de 3 économistes de l'université Stanford, dans une étude mise à jour en août 2026. Elle exploite les fiches de paie de 3,5 à 5 millions de salariés, fournies par ADP, un prestataire de paie américain.
L'étude classe les métiers en 5 groupes selon leur exposition à l'IA et compare les 2 plus exposés aux 3 autres : l'emploi des 22-25 ans y est inférieur de 19 % (89 contre 110). Avec les données de juillet 2025, le même calcul donnait 15 %. Les salariés plus âgés n'ont pas montré d'écart comparable.
Sur la même période, l'emploi total de l'échantillon a progressé d'environ 6 % : les auteurs n'y ont pas trouvé d'indice de destructions d'emplois généralisées. Cet échantillon ne retient que des entreprises présentes sur toute la période, ce qui peut gonfler la hausse. Chez les 22-25 ans, l'écart est passé par les embauches, qui ont ralenti ; les auteurs n'ont pas trouvé d'indice que les départs l'expliquent. La baisse s'est concentrée dans les métiers où l'IA sert surtout à automatiser des tâches.
1re réserve des auteurs : les courbes des métiers plus et moins exposés divergeaient déjà en partie avant ChatGPT, autour de la pandémie. 2e réserve : quand ils ont tenu compte de la part de diplômés du supérieur dans chaque métier, la différence estimée entre le groupe le plus exposé et le moins exposé est passée de 18 à 9 points de pourcentage parmi les entreprises suivies depuis 2018. Parmi celles suivies depuis 2021, elle est passée de 19 à 6, sans plus se distinguer de zéro. Selon eux, le diplôme peut être une autre explication, ou le canal par lequel l'IA agirait.
3e réserve : sur 2022-2024, cette différence a été de 13 points dans leurs données, contre environ 2 dans l'enquête annuelle du Bureau du recensement américain, un chiffre que sa marge d'erreur ne permet pas de distinguer de zéro. Les auteurs écrivent que leur travail n'estime pas un effet causal de l'IA et invitent à ne pas extrapoler ces ordres de grandeur à toute l'économie. ADP, qui fournit les données, soutient financièrement leur laboratoire et peut relire l'étude pour protéger ses informations confidentielles.
Le Budget Lab de l'université Yale écrit, dans son suivi mensuel mis à jour le 15 septembre 2026, que la répartition des métiers ne change pas encore d'une façon qui corresponde clairement à l'arrivée de l'IA. Au Danemark, 2 économistes ont écarté tout effet supérieur à 2 % sur les salaires et les heures travaillées, 2 ans après ChatGPT. Sur les jeunes, une étude publiée en mars 2026 par Anthropic, une entreprise d'IA, a relevé une baisse de 14 %, par rapport à 2022, du taux d'entrée des 22-25 ans dans les métiers exposés ; ses auteurs disent ce résultat à peine assuré statistiquement.
Les suppressions de postes attribuées à l'IA ont représenté entre 4,5 % et 6,2 % des licenciements annoncés aux États-Unis en 2025, note le Trésor, pour qui l'IA est parfois un prétexte qui masque d'autres motifs. Il conclut que les études empiriques ne permettent pas de déterminer l'effet total de l'IA sur l'emploi.
En France, selon une analyse par secteur publiée par l'Insee en mars 2026, l'emploi salarié des 15-29 ans, hors alternants (apprentis et contrats de professionnalisation), a reculé sur 1 an, au 4e trimestre 2025, de 7,4 % dans les activités informatiques, de 5,8 % dans l'édition et de 3,7 % dans le conseil en gestion. Pour la même tranche d'âge, le recul a été de 0,7 % dans l'ensemble des secteurs marchands hors agriculture (notre lecture du graphique de l'Insee).
L'Insee juge « évidemment impossible d'attribuer directement cette évolution à la seule arrivée de l'IA générative » : l'emploi ralentissait dans tout le pays, et ces secteurs pouvaient subir un ralentissement passager. Il ajoute que l'activité y restait bien orientée, après 20 ans de croissance régulière des effectifs : « le retournement paraît ainsi brutal et plutôt concomitant de l'arrivée de cette nouvelle technologie ». Comme aux États-Unis, écrit-il, la baisse semble passer d'abord par les recrutements de début de carrière.
Selon les estimations lues, l'exposition est plus forte dans les emplois administratifs, chez les femmes et dans les pays riches. L'OIT range 13 métiers dans sa catégorie la plus exposée, en majorité administratifs : opérateurs de saisie, employés de comptabilité, gestionnaires de paie, employés de bureau, mais aussi analystes financiers et développeurs web.
Cette catégorie représente 9,6 % de l'emploi des femmes contre 3,5 % de celui des hommes dans les pays à revenu élevé, soit 2,7 fois la part des hommes (notre calcul) ; dans le monde, 4,7 % contre 2,4 %. L'OIT précise qu'être exposé n'implique pas l'automatisation immédiate d'un métier entier. Dans la plupart des pays qu'il a étudiés, le FMI relève un écart de même sens et note que les femmes exposées se répartissent à peu près également entre les métiers que l'IA pourrait remplacer et ceux qu'elle pourrait aider : il y lit à la fois plus de risques et plus d'opportunités.
L'exposition augmente avec le revenu du pays. L'OIT la chiffre à 34 % de l'emploi dans les pays à revenu élevé contre 11 % dans les pays à faible revenu ; le FMI, à environ 60 % dans les économies avancées contre 26 % dans les pays à faible revenu. L'OIT l'explique par la place qu'y tiennent les emplois administratifs, de la finance et de la relation client.
Les prévisions ne chiffrent pas la même chose : l'une compte des emplois créés et supprimés dans le monde, l'autre annonce la disparition possible d'une partie des emplois de bureau aux États-Unis.
Dans son rapport de janvier 2025, le Forum économique mondial prévoit 170 millions d'emplois créés et 92 millions supprimés entre 2025 et 2030, soit 78 millions de plus. Ce solde additionne toutes les tendances : technologie, démographie, transition écologique, incertitude économique, tensions géopolitiques. Pour l'IA et le traitement de l'information, il prévoit 11 millions d'emplois créés et 9 millions supprimés. Ces nombres extrapolent les réponses de 1 043 employeurs à 1,18 milliard de travailleurs, une partie de l'emploi mondial.
Le 28 mai 2025, le site américain Axios a rapporté les propos de Dario Amodei, dirigeant d'Anthropic, l'entreprise qui développe l'IA Claude. Selon Axios, Dario Amodei estime que l'IA pourrait supprimer la moitié des emplois de bureau de débutants aux États-Unis et porter le chômage entre 10 et 20 % d'ici 1 à 5 ans. Cette phrase est une formulation des journalistes, tirée d'un entretien. Dario Amodei y dit parler pour pousser les pouvoirs publics et les entreprises d'IA à se préparer ; Axios relève qu'il construit lui-même la technologie dont il annonce les effets.
Le Trésor rappelle qu'en 2013, 2 chercheurs d'Oxford ont estimé à 47 % la part des emplois américains exposés à l'automatisation. Pour lui, les projections de destructions massives formulées à cette époque « ne se sont pas matérialisées » : l'exposition d'une tâche n'entraîne pas forcément le remplacement du salarié. Il n'exclut pas pour autant un remplacement massif si des IA plus autonomes se généralisent. Les auteurs de l'étude de Stanford écrivent ne faire aucune prévision et ne pas affirmer que la tendance se poursuivra.
Pour expliquer que l'écart porte sur les plus jeunes, les auteurs de l'étude de Stanford avancent une hypothèse : l'IA remplacerait mieux les savoirs codifiés, ceux qu'on apprend dans les cours et les manuels, que les savoirs tacites, acquis par la pratique. Dans leurs données, l'emploi des 22-25 ans a moins progressé dans les métiers qui reposent le plus sur des savoirs codifiés. Ce lien n'a plus été établi statistiquement quand ils ont tenu compte de la part de diplômés du supérieur dans chaque métier, et ils le disent descriptif.
Pour le Trésor, l'IA peut accélérer l'acquisition de compétences en début de carrière ; elle automatise aussi les tâches qui suivent des règles explicites, souvent l'essentiel des missions confiées aux jeunes salariés. Il en naît des craintes, écrit-il, pour leur insertion dans l'emploi et, à plus long terme, pour la relève des salariés expérimentés.
Parmi les employeurs interrogés par le Forum économique mondial, 77 % prévoient de former leurs salariés à travailler avec l'IA, et 40 % de réduire leurs effectifs là où elle peut automatiser des tâches. 7 entreprises sur 10 jugent essentielle la pensée analytique ; ces réponses décrivent des intentions.
Les sources lues ne disent pas si l'écart mesuré aux États-Unis est causé par l'IA, si les jeunes qui ne sont pas embauchés dans ces métiers travaillent ailleurs ou reprennent des études, et si un écart comparable sera mesuré en France. Aucune ne permet de dire quel métier choisir.
Dans la même série : l'impact de l'IA sur le cerveau, boycotter l'IA ou non, qui range l'emploi dans l'une de ses 5 familles de risques, l'impact environnemental de l'IA, réduire son impact et choisir une IA plus sobre. Pour une entreprise qui déploie l'IA : l'IA dans le Bilan Carbone®.
Des prévisions l'annoncent ; les mesures lues n'ont pas montré de baisse d'ensemble. Aux États-Unis, l'emploi total de l'échantillon suivi par Stanford a progressé d'environ 6 % entre novembre 2022 et juin 2026. Un écart est apparu chez les 22-25 ans : pour 100 emplois en novembre 2022, environ 89 dans les métiers les plus exposés et 110 dans les autres, sans que la cause soit établie. Côté prévisions, le Forum économique mondial annonce 11 millions d'emplois créés et 9 millions supprimés d'ici 2030 pour l'IA et le traitement de l'information. Dario Amodei, dirigeant de l'entreprise d'IA Anthropic, a évoqué en mai 2025, selon le site Axios, la disparition possible de la moitié des emplois de bureau de débutants aux États-Unis d'ici 1 à 5 ans.
Selon l'Organisation internationale du travail, les métiers les plus exposés sont surtout des emplois administratifs : opérateurs de saisie, employés de comptabilité, gestionnaires de paie, employés de bureau, mais aussi analystes financiers et développeurs web, soit 13 métiers dans sa catégorie la plus exposée. Dans cette catégorie, exposé veut dire que la plupart des tâches pourraient être automatisées ; l'OIT précise que cela n'implique pas l'automatisation immédiate d'un métier entier. Le Trésor cite parmi les secteurs les plus exposés la finance et l'assurance, les services informatiques, l'édition et les services professionnels techniques.
Les entreprises qui adoptent l'IA créent plus d'emplois qu'elles n'en détruisent, selon 2 études citées par le Trésor, sans que la cause soit établie ; à l'échelle de l'économie, les mesures lues ne permettent pas de le compter. Le Trésor ajoute que ces créations peuvent se faire aux dépens des entreprises concurrentes, et que les plus productives adoptent l'IA plus vite. Le Forum économique mondial prévoit 11 millions d'emplois créés par l'IA et le traitement de l'information d'ici 2030, pour 9 millions supprimés. Le Trésor juge incertain l'effet net de l'IA à long terme.
Les études lues ne permettent pas de le dire : l'étude de Stanford a mesuré un écart par âge, chez les 22-25 ans, sans en établir la cause. Aux États-Unis, dans un échantillon de fiches de paie, leur emploi a baissé d'environ 11 % dans les métiers les plus exposés et augmenté d'environ 10 % dans les autres entre novembre 2022 et juin 2026, sans écart comparable chez les salariés plus âgés. Entre le groupe de métiers le plus exposé et le moins exposé, la différence estimée s'est réduite de moitié ou davantage, selon l'échantillon, quand les auteurs ont tenu compte de la part de diplômés du supérieur dans chaque métier (notre calcul). En France, l'Insee a relevé un recul de 7,4 % en 1 an, fin 2025, de l'emploi salarié des 15-29 ans, hors alternants, dans les activités informatiques, qu'il juge impossible d'attribuer directement à la seule IA.
Le seul nombre lu, près de 5 millions de personnes, vient d'un rapport du Sénat d'avril 2026, qui présente 16,3 % de l'emploi français comme menacé d'ici 2 à 5 ans, quand des IA capables d'enchaîner seules des tâches seront massivement déployées, en citant une étude de la Coface. Le Trésor cite les mêmes pourcentages, 3,8 % en 2026 et jusqu'à 16,3 % d'ici 2 à 5 ans, comme une part du contenu du travail : il précise que l'indicateur compte des tâches et ne désigne pas la part des emplois menacés de suppression. Axelle Arquié, coautrice de l'étude, a déclaré à l'Assemblée nationale, le 8 avril 2026, que celle-ci « ne parle pas de 5 millions d'emplois détruits, mais d'un pourcentage de tâches potentiellement automatisables ». Aucune des sources lues ne donne un nombre d'emplois supprimés par l'IA en France.
Aucune des sources lues ne le garantit pour un métier donné. Les estimations situent les métiers les moins exposés du côté des tâches physiques : le Trésor cite l'agriculture, la construction et une partie de l'industrie. Environ 3 emplois sur 4 dans le monde sont hors des 4 catégories d'exposition de l'OIT (notre calcul). Le Trésor ajoute qu'un emploi exposé peut voir ses tâches évoluer sans disparaître. Ces estimations ont été publiées entre 2024 et 2026 : le Trésor n'exclut pas un autre scénario si des IA plus autonomes, ou capables d'agir dans le monde physique, se généralisent.