Par Guillaume Pakula · Publié le 17 octobre 2026
Un organisme indépendant peut auditer le contenu recyclé d'un emballage, à condition de suivre la matière site par site, de la collecte à l'usine qui fabrique l'emballage, selon une chaîne de contrôle déclarée. Pour le règlement emballages (PPWR), cet audit n'est pas encore obligatoire : l'acte attendu au plus tard le 31 décembre 2026 « peut » l'imposer. Au contact des aliments, un tiers certifie déjà la collecte et la pré-transformation depuis le 10 octobre 2024. Aucun barème public n'existe pour son prix.
À partir du 1er janvier 2030, toute partie en plastique d'un emballage mis sur le marché européen devra contenir une part minimale de plastique recyclé issu de déchets post-consommation. Ce taux se calcule comme une moyenne par usine de fabrication et par année (article 7 du règlement (UE) 2025/40, présenté dans notre guide du PPWR). Le fabricant ou l'importateur le démontre dans sa documentation technique. La manière de vérifier ce chiffre reste à écrire : c'est l'objet d'un acte d'exécution de la Commission.
Le type d'audit dépend de 2 choses : ce que touche l'emballage et l'endroit où la matière a été recyclée. Une bouteille pour boissons et un pot alimentaire relèvent déjà de textes qui font intervenir un tiers ; un flacon de lessive ou un film de regroupement, pas encore. Les sections suivantes reprennent ces cas, puis ce que l'audit vérifie et comment le préparer.
Le règlement fixe 4 taux pour 2030, de 10 à 35 % selon l'emballage, puis des taux plus hauts en 2040, détaillés dans notre article sur les seuils de plastique recyclé. Il dit surtout ce qui compte comme recyclé, et qui doit le prouver.
Seul compte le plastique issu de déchets post-consommation, collectés dans l'Union ou dans un pays tiers aux normes équivalentes. Il doit aussi avoir été recyclé dans une installation soumise aux règles européennes d'émissions, ou à des règles équivalentes. Les chutes de production rebroyées en usine n'en font pas partie. Une partie en plastique de moins de 5 % de la masse de l'unité d'emballage sort du calcul, comme les emballages de médicaments et de dispositifs médicaux exemptés au paragraphe 4.
La conformité est démontrée par les fabricants ou importateurs, au moyen de la documentation technique de l'annexe VII, celle qui fonde la déclaration UE de conformité. Selon la FAQ de la Commission d'août 2026, la moyenne annuelle porte sur le recyclé de chaque type et format d'emballage, produit pour chaque fabricant dans une usine donnée. La marque a donc besoin du chiffre de chaque usine qui fabrique un de ses emballages, et des preuves qui le portent.
L'acte prévu au paragraphe 8 établira la méthode de calcul et de vérification et le format de la documentation technique. Son appel à contributions, ouvert du 14 août au 16 septembre 2026, a reçu 188 réponses. Il liste les points à trancher : les flux de données, la chaîne de contrôle, le niveau d'agrégation, les preuves à conserver et les « audits effectués par des tiers indépendants, le cas échéant ».
Au 17 octobre 2026, aucun projet d'acte n'est publié, et le calendrier dépend de lui. Le calcul devra suivre ses règles au 1er janvier 2029 ou 24 mois après son entrée en vigueur, et les taux s'appliqueront au 1er janvier 2030 ou 3 ans après cette entrée en vigueur, si ces dates sont plus tardives. Le calendrier du PPWR situe ces échéances parmi les autres.
Pour le seul PPWR, non. Le paragraphe 8 dit que la méthode de vérification « peut inclure l'obligation de réaliser des audits indépendants par des tiers ». Ces audits viseraient 2 types d'entreprises : les fabricants de contenus recyclés dans l'Union, c'est-à-dire les recycleurs, et les fabricants d'emballages vendus vides. Pour la matière recyclée hors de l'Union, le paragraphe 10 va plus loin : l'équivalence des règles se vérifiera « y compris au moyen d'audits par des tiers », selon un 2e acte attendu à la même date.
Le règlement (UE) 2022/1616 encadre le plastique recyclé destiné au contact des aliments. Les déchets y sont suivis de la collecte à la pré-transformation par des systèmes d'assurance de la qualité certifiés par un tiers indépendant, une obligation applicable depuis le 10 octobre 2024. Ces systèmes assurent la traçabilité de chaque lot jusqu'au premier tri (article 6). Le recycleur inscrit son installation au registre public de l'Union, et chaque lot vendu porte une déclaration de conformité et son pourcentage de recyclé (articles 5, 24 et 29). Les autorités auditent les recycleurs lors de leurs contrôles officiels (article 27). Le même emballage doit aussi respecter les seuils de PFAS des emballages alimentaires.
La directive sur les plastiques à usage unique impose déjà 25 % de plastique recyclé dans les bouteilles en PET depuis 2025, puis 30 % dans toutes les bouteilles en 2030, en moyenne sur un État membre. La décision d'exécution (UE) 2026/1425 du 30 juin 2026, qui remplace celle de 2023, en fixe le calcul et la vérification, et une déclaration accompagne chaque lot. Les opérateurs du recyclage chimique, qui calculent en bilan massique sur des matières non polymères, passent en plus chaque année une vérification sur place par un vérificateur accrédité et indépendant (article 8).
Pour un flacon de lessive, un pot de crème ou un film de regroupement, aucun texte n'impose de tiers aujourd'hui. La preuve vient des déclarations des fournisseurs, et un audit n'a lieu que si un client ou la marque l'exige. En France, une mention « recyclé » portée sur l'emballage doit toutefois donner le pourcentage de matière recyclée incorporée, et ce chiffre se prouve comme toute allégation.
Pour la plupart des emballages, c'est l'acte attendu fin 2026 qui dira si un audit tiers devient obligatoire.
Un audit de contenu recyclé ne se fait pas au laboratoire : il suit des quantités et des documents. L'auditeur remonte la matière d'un site à l'autre et vérifie, à chaque transfert, que ce qui sort est couvert par ce qui est entré, selon les règles d'une chaîne de contrôle.
2 normes publiques servent de base aux certifications. La norme EN 15343 (2007) précise les modes opératoires qui assurent la traçabilité des plastiques recyclés et fonde le calcul de la teneur en recyclé d'un produit. La norme ISO 22095 (2020) fixe le vocabulaire et les modèles de chaîne de contrôle ; 2 parties publiées en mars 2026 la complètent, l'une sur le bilan massique, l'autre sur les certificats échangeables. Aucune n'est une norme harmonisée au titre du PPWR, et l'appel à contributions demande justement quels systèmes de certification existent déjà.
Les certifications du marché s'appuient sur ces normes. RecyClass certifie la traçabilité du recyclé chez les transformateurs et les négociants, à condition que leurs recycleurs soient eux-mêmes certifiés selon l'EN 15343. Son référentiel suit cette norme et le modèle de mélange contrôlé de l'ISO 22095, et son certificat, délivré après un audit sur site, vaut 1 an. ISCC PLUS couvre aussi le recyclage chimique, en ségrégation, en mélange contrôlé ou en bilan massique, avec un certificat par site valable 12 mois.
Le modèle retenu change ce qu'une marque peut annoncer. En ségrégation, le recyclé circule à part, et chaque emballage en contient physiquement la part déclarée. Entre les 2, le mélange contrôlé mêle recyclé et vierge dans une proportion connue, que chaque lot contient réellement. En bilan massique, recyclé et vierge se mélangent, et l'entreprise tient un compte : la quantité attribuée aux produits ne dépasse jamais la quantité entrée. Pour les bouteilles, la décision de 2026 encadre ce compte : par installation, sur 3 mois au plus, sans solde négatif ni transfert entre sites (article 7).
Dans l'exemple ci-dessus, l'usine reste à 30 % au sens du PPWR quel que soit le modèle, puisque le taux se calcule par usine et par an. Ce qui change, c'est la mention qu'une marque peut porter sur sa bouteille : l'audit protège aussi de l'allégation trompeuse, que la directive EmpCo encadre davantage.
L'auditeur vérifie aussi que le recycleur sépare les déchets post-consommation des chutes de production, dans ses entrées comme dans ses déclarations, une distinction que toutes les attestations de fournisseurs ne font pas.
Le PPWR ne réserve pas encore l'audit à une catégorie d'organismes. La décision de 2026 sur les bouteilles donne un repère : le vérificateur y est un organisme d'évaluation de la conformité accrédité selon le règlement (CE) n° 765/2008, et il reste indépendant de l'entreprise vérifiée (articles 1er et 8). C'est un bon critère dès aujourd'hui, y compris là où rien n'est imposé.
Un certificat de contenu recyclé ne vaut que pour ce qu'il nomme. Avant de l'accepter, 4 mentions se vérifient :
Avant de retenir un organisme, ou d'accepter celui d'un fournisseur, 4 questions permettent de comparer :
Certaines offres promettent plus que les textes ne permettent :
Les mêmes réflexes valent pour un audit des allégations environnementales, pour faire vérifier un bilan carbone, choisir un vérificateur de FDES ou un expert de revue critique d'ACV : celui qui vérifie n'a pas construit ce qu'il vérifie.
Pour les bouteilles, la décision de 2026 impose au vérificateur une analyse des risques, un plan de vérification avec ses méthodes d'échantillonnage et la liste des intrants et des extrants de chaque installation (article 8). Les certifications de chaîne de contrôle suivent un déroulement proche, en 4 temps :
Le certificat atteste qu'un site sait tenir sa chaîne de contrôle ; il ne dit rien d'une livraison précise. C'est la déclaration par lot, émise par le fournisseur certifié, qui porte le pourcentage de recyclé de ce qui est livré. Dans le régime des bouteilles, le certificat des opérateurs en bilan massique vaut 1 an, 3 ans pour une PME, et chaque opérateur garde les déclarations reçues au moins 5 ans (article 8). L'exemple ci-dessous montre les 2 écarts qui font le plus souvent tomber la preuve d'une livraison : la date et le site.
Aucun barème public n'existe pour ces audits. La charge dépend du nombre de sites, de polymères et de fournisseurs, et du modèle : un bilan massique demande plus de contrôles qu'une ligne séparée. L'appel à contributions de la Commission relève lui-même que les PME peuvent être touchées de manière disproportionnée quand ces coûts sont principalement fixes. Le délai réel tient souvent aux fournisseurs, dont chaque site doit être certifié pour que la chaîne tienne.
Pour une marque, l'audit le plus utile n'est souvent pas le sien mais celui de ses fournisseurs. Le dossier se prépare en partant des emballages vers l'amont :
Sur un exemple construit : une usine qui produit 2 000 t de bouteilles en PET par an avec 600 t de PET recyclé post-consommation est à 30 %, le seuil 2030 des bouteilles. Si 100 t de ce recyclé ne sont couvertes par aucun certificat valable sur la période, le taux démontrable tombe à 25 %. Un importateur porte la même preuve que le fabricant ; ce qui relève de chaque rôle est détaillé dans notre test suis-je concerné par le PPWR, et le cas d'un vendeur établi hors de France dans un article à part.
Pour nous, au Projet Celsius, attendre l'acte d'exécution pour regarder ses certificats serait une erreur : ceux des fournisseurs existent déjà, et ce sont leur site, leur période et leur modèle qui décideront du taux démontrable en 2030. Nous recommandons de recenser dès maintenant les sources de recyclé de chaque usine, de demander à chacune un certificat de site et une déclaration par lot, et de refaire le calcul chaque année. Notre accompagnement PPWR organise cette revue, et notre guide d'éco-conception des emballages prépare le reste des exigences de 2030.
Les taux eux-mêmes sont détaillés dans notre article sur les seuils de plastique recyclé, et le dossier qui accueille ces preuves dans notre guide du dossier technique PPWR.
Pas encore. L'article 7 du règlement (UE) 2025/40 prévoit que la méthode de vérification, fixée par un acte d'exécution attendu au plus tard le 31 décembre 2026, peut inclure des audits indépendants par des tiers chez les recycleurs et les fabricants d'emballages vendus vides. Au 17 octobre 2026, aucun projet d'acte n'est publié ; la Commission prévoit une adoption au 4e trimestre 2026.
C'est la norme européenne de 2007 sur la traçabilité du recyclage des plastiques et l'évaluation de la conformité et du contenu recyclé. Elle précise les modes opératoires qui permettent de suivre un plastique recyclé d'un site à l'autre, et sert de base au calcul de sa teneur en recyclé. Ce n'est pas une norme harmonisée au titre du PPWR.
C'est un modèle de chaîne de contrôle où le recyclé et le vierge sont mélangés, et où l'entreprise tient un compte : la quantité de recyclé attribuée aux produits sortis ne peut pas dépasser la quantité entrée. Pour les bouteilles pour boissons, la décision (UE) 2026/1425 l'applique par installation, sur 3 mois au plus, sans solde négatif ni transfert entre sites.
Oui, pour une partie de la chaîne. Le règlement (UE) 2022/1616 exige depuis le 10 octobre 2024 que les systèmes d'assurance de la qualité de la collecte et de la pré-transformation soient certifiés par un tiers indépendant. Le recycleur inscrit son installation au registre public de l'Union, et chaque lot vendu porte une déclaration de conformité avec son pourcentage de recyclé.
Oui, s'il vient de déchets collectés et recyclés selon des règles équivalentes à celles de l'Union. Un acte d'exécution attendu fin 2026 fixera la méthode d'évaluation, de vérification et de certification de cette équivalence, y compris par des audits tiers. Pour les bouteilles pour boissons, la décision (UE) 2026/1425 ne compte le recyclé hors UE qu'à partir du 21 novembre 2027.
Aucun barème public n'existe. Le coût dépend du nombre de sites et de polymères, du modèle de chaîne de contrôle et du référentiel retenu. Dans son appel à contributions d'août 2026, la Commission note que les PME peuvent être touchées de manière disproportionnée quand les coûts de certification et d'audit sont principalement fixes.